Iron man est-il l’avenir des blessés médullaires ?

Paris, le samedi 26 mai 2018 – Le 5 juin prochain, sous la verrière du grand palais, à l’occasion d’une manifestation dédiée à l’année croisée Israël/France, Anthony Estève s’avancera, à la fois décidé et intimidé. Ce pionnier devrait une nouvelle fois avoir le sentiment de se glisser dans la peau d’Iron Man, super héros particulièrement apprécié des enfants et adolescents. Il ne s’agit pas uniquement d’une vue de l’esprit : avec son exosquelette, le paraplégique revêt des atours qui ne sont effectivement pas sans faire penser au héros de Marvel. Conçu par une firme israélienne, commercialisé par Harmonie Medical Service, l’exosquelette ReWalk est le premier dispositif accessible en France. Commandé grâce à une montre bluetooth, il est adapté à l’utilisateur par un système de sangles. « Je suis assis dans mon fauteuil, je me mets à côté de l’exosquelette, je me transfère tout seul dans l’exosquelette qui est lui aussi assis. J’ai plein de sangles à mes pieds, à mes genoux, à mes hanches et une fois que je suis attaché, j’ai une montre Bluetooth qui me permet, avec des boutons, de me lever, puis de marcher », explique sur France Inter Anthony Estève qui a dû se familiariser avec l’exosquelette au cours de séances d’initiation d’une durée de vingt à trente heures. Approuvé pour son intérêt thérapeutique, ReWalk n’est cependant pas pris en charge par la collectivité et représente un coût très élevé de 80 000 euros. Ce prix pourrait néanmoins diminuer à la faveur du développement de la concurrence. Or, de nombreuses entreprises, en France et partout dans le monde, développent  des exosquelettes, en se concentrant notamment sur la légèreté et l’autonomie du dispositif, des éléments clés.

Renforcer la mobilité

Activés manuellement, ces exosquelettes préfigurent des systèmes prometteurs d’une encore plus grande liberté pour les paraplégiques et tétraplégiques et qui reposent sur des interfaces cerveau/machine. Les équipes sont également nombreuses à travers le monde à travailler sur de tels systèmes guidés par la pensée. Ainsi, à Grenoble, l’équipe du professeur Alim-Louis Benabid, au sein du laboratoire Clinatec, porte le projet EMY (pour Enhancing MobilitY). La captation par des implants dotés de 64 électrodes puis la transformation des signaux électriques du cerveau commandant le mouvement et la marche, analysés auparavant pour chaque patient par imagerie, en ordre intelligible par un logiciel est au cœur de ces travaux. « Les implants, l’algorithme et l’exosquelette en lui-même sont tous des innovations développées spécialement pour le projet » indique Guillaume Charvet, chef de projet et ingénieur, cité par Sciences et Avenir.

Neil Armstrong

Alors que les prémices se sont concentrées sur la miniaturisation du réseau d’électrodes, des tests pour déterminer la faisabilité du contrôle par la pensée sont à présent en cours. « Avec le premier patient, le système n’a pas fonctionné pour une raison technique qui a été élucidée et rectifiée. Avec le deuxième, l’implant fonctionne bien. Le patient vient à Clinatec cinq fois par mois pour apprendre à marcher avec l’exosquelette. Ça se passe bien. La première fois où il s’est levé de son fauteuil roulant et où il a marché, il a eu le sentiment de se sentir aussi léger que Neil Armstrong marchant sur la Lune en 1969 » détaille Alim-Louis Benabid cité par la Croix. Cinq nouveaux patients viennent d’être inclus et une publication est prochainement attendue tandis que l’équipe se montre très enthousiaste, même si de nombreux défis restent encore à relever comme celui de l’équilibre. Grâce au plateau technique innovant que représente Clinatec, réunissant en un même lieu des médecins, des ingénieurs et des informaticiens, le challenge devrait être surmonté.

Aurélie Haroche

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