IVG : le président du SYNGOF rouvre la polémique

Paris, le mercredi 12 septembre 2018 – La clause de conscience, qui permet à un médecin de refuser de pratiquer une IVG, est régulièrement dénoncée par certains militants, qui veulent voir dans son application les raisons des difficultés locales d’accès à l’IVG, quand le manque de moyens (humains et financiers) est plus certainement en cause. Ces discussions houleuses autour de la clause de conscience tendent régulièrement à déborder pour réactiver les positions épidermiques autour de l’avortement. La récente passe d’arme entre une journaliste du Quotidien (de la chaîne TMC) et du président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (SYNGOF) l’illustre une nouvelle fois.

L’IVG : un homicide ?

Le docteur Bertrand de Rochambeau ne cache pas qu’au nom de sa « clause de conscience », il se refuse à réaliser des IVG. S’il s’agit d’une liberté dument reconnue et protégée par le code de déontologie médicale, les explications du praticien ont suscité plus que des crispations. « Moi, je fais un métier avec mes tripes. Je me lève à n’importe quelle heure. La nuit, je fais des opérations très difficiles, avec mes tripes. Et donc aux choses auxquelles je ne crois pas, je ne les fais plus », détaille d’abord le médecin, estimant encore que sa vocation n’est pas de « retirer des vies ».

La journaliste rétorque frontalement : « un enfant à naître n'est pas une vie au sens juridique. Ce n'est pas un homicide de faire une IVG ». Mais le docteur de Rochambeau insiste : « si, Madame ». Le reporter lui oppose alors : « toutes les femmes, j'en suis une, ne considèrent pas qu'avoir un embryon dans le ventre, c'est une vie ». Le médecin conclut et rappelle : « moi, en tant que médecin, je ne suis pas forcé d'avoir votre opinion. Et si je ne l'ai pas, la loi me protège et ma conscience aussi ». 

Ces propos ont immédiatement déclenché l’ire des défenseurs du droit à l’IVG. Tous cependant n’ont pas eu la même lecture de cette altercation. Pour certains, c’est l’affirmation claire par le docteur de Rochambeau de son droit à faire valoir sa clause de conscience qui est scandaleuse. Ainsi, la coprésidente du planning familial, Véronique Séhier affirme que « la clause de conscience est une entrave aux droits des femmes et à leur santé ». Pourtant, de nombreux défenseurs de l’IVG estiment que la clause de conscience doit être maintenue. Ils rappellent que l’accompagnement des femmes ne serait sans doute pas amélioré par la participation contrainte des médecins et signalent que les problèmes d’accès à l’IVG ne sont pas d’abord liés à la clause de conscience.

Néanmoins, les propos du docteur de Rochambeau ont été considérés comme dépassant la seule réaffirmation de la légitimité de la clause de conscience. Si ses quelques rares défenseurs ont voulu rappeler le piège que constitue une interview, réalisée entre deux portes, dont l’objectif était manifestement écrit d’avance et dont seule une partie a été diffusée, la très grande majorité des voix ont regretté des propos qui semblent dépasser le champ de la conviction personnelle. Ainsi, les rappels à l’ordre ont été nombreux.

Le SYNGOF se désolidarise de son président attaqué par l’Ordre

Mercredi, dans la journée, le SYNGOF s’est désolidarisé des propos de son président et un interlocuteur dont le nom n’a pas été dévoilé, contacté par France Info a souligné « Bertrand de Rochambeau s'est exprimé en son nom personnel et non au nom du SYNGOF » et a tenu à préciser que : « le Syngof ne remet nullement en cause l'IVG, nombre de gynécologues au sein du Syngof pratiquent les IVG ». 

L’Ordre des médecins a pour sa part tenu à rappeler que la « clause de conscience ne saurait être un moyen de se soustraire à la loi et aux dispositions de déontologie médicale ». L’institution ordinale insiste notamment sur le fait que le médecin qui se refuse à pratiquer une IVG est tenu d’orienter la patiente vers un confrère qui pourra répondre à sa demande. L’Ordre estime par ailleurs que le fait que le docteur De Rochambeau soit « également président du Syndicat national des gynécologues obstétriciens (…) pose le problème de la portée de ses propos tenus dans une émission de grande écoute ». Son assimilation très claire entre homicide et IVG, qui paraît une condamnation sans appel de l’avortement et des femmes qui y ont recours, ne paraît en effet pas exactement relever de la simple défense de la clause de conscience. On retrouve la même dénonciation dans deux communiqués de l’Association nationale des étudiants en médecine de France d’une part et des ministères de la Santé et du droit des femmes d’autre part. Agnès Buzyn et Marlène Schiappa rappellent à leur tour l’obligation d’orientation des patientes et refusent le lien clairement établi entre homicide et IVG par le docteur De Rochambeau.

Frédéric Haroche

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Vos réactions (12)

  • Clause de conscience et droit des femmes ... à quoi ?

    Le 14 septembre 2018

    A celles qui estiment que "la clause de conscience est une entrave au droit des femmes et à leur santé", j'aimerais les inciter (les obliger ? par devoir de mémoire et conscience sociétale) à taper dans une barre de recherche internet " Aktion T4"...
    Quand l'état autorisait -et encourageait- l'élimination des inutiles, une clause de conscience indiscutable donc respectée aurait peut être permis aux médecins d'épargner des vies...
    Quoique...si "avoir un embryon dans le ventre n'est pas une vie" si "un enfant à naître n'est pas une vie"... alors pourquoi se gêner?
    Mais alors à quoi sert la médecine fœtale (ma spécialité) ? A quoi servent les sommes colossales engagées dans les suivis de grossesses normales et pathologiques puisqu'elles sont consacrées à des "non vies" ?

    Vous me direz que l'on consacre aussi beaucoup de temps et d'argent - dans ma spécialité- pour le dépistage -et l'élimination- des trisomiques 21...(pourtant, je n'ai pas mémoire d'avoir vu rapporté quelque part, le récit d'une agression d'un ou une citoyenne par une bande de trisomiques...sujets -pas citoyens à l'évidence- pas dangereux... mais inutiles... et pas beaux? c'est sans doute cela leur premier péché)
    Vivement la retraite.

    Dr Christophe Brottier

  • Piètre personnage

    Le 14 septembre 2018

    Les propos du Dr De Rochambeau (un si beau nom si mal porté) ne lui font pas honneur et heureusement que la majorité des professionnels de sa spécialité ne se reconnaissent pas en lui. Cela n'enlève en rien au fait que le remboursement de l'IVG est dérisoire ce qui rend tentant le recours facile à la clause de conscience...

    Dr Jean Pierre Huber

  • Une époque débile et oligophrène

    Le 14 septembre 2018

    Reconnaître la clause de conscience aux objecteurs du même nom qui refusent de défendre leur patrie les armes à la main et la refuser aux gynécologues anti-IVG est grotesque. Quant aux gynécologues qui se désolidarisent de leur président, cela me surprend car je suppose qu'il a été élu par eux. Le citoyen que je suis ne peut se désolidariser de son gouvernement (par ex. de Mmes Buzyn et Schiappa, qui n'ont été élues par personne, à ma connaissance, et dont je suis obligé de subir les opinions et leur "refus d'établir le lien entre IVG et homicide" qui ne devrait engager qu'elles-mêmes.)

    Vouloir rendre obligatoire ce qui était interdit me paraît (mais, là aussi, cela n'engage que moi,), complètement aberrant et lié à une idéologie mortifère qui me conforte dans l'idée que nous vivons une époque débile et oligophrène.

    Dr Jean-Fred Warlin

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