Jeudi noir : hôpitaux et professionnels, entre mobilisation et système D

Paris, le mardi 3 décembre 2019 – En grève depuis le printemps dernier, les services des urgences des hôpitaux qui ont été depuis rejoints par d’autres unités, n’ont pas attendu la contestation contre la future réforme des retraites pour afficher leur malaise. Aussi, la journée du 5 décembre, qui pourrait être marquée par une mobilisation historique dans l’ensemble des services publics (et notamment dans les transports) pourrait être moins spectaculaire dans les établissements de santé, qui préparent d’autres manifestations, notamment le 17 décembre.

Les praticiens hospitaliers refusent un probable recul social

Cependant, de nombreux syndicats et représentants des professionnels de la santé et des secours ont déjà clairement annoncé leur participation ou en tout cas leur soutien au mouvement. Ainsi, les pompiers, qui partagent de nombreuses préoccupations avec les personnels des urgences, quant à la difficulté, face au manque de moyens, d’assurer la sécurité des patients et des sinistrés, ont initié une opération choc : une dizaine d’entre eux campent ainsi depuis hier soir sur la place de la République à Paris, appelant à davantage de reconnaissance et confirmant combien le malaise social actuel est généralisé. Parallèlement, tandis que comme partout ailleurs, la CGT, la CFE-CGC, la CFTC et Sud appellent les personnels hospitaliers à se mobiliser contre la réforme des retraites, tous les syndicats de praticiens hospitaliers, de jeunes médecins et d’internes ont également exprimé leur préoccupation. Ils rappellent ainsi que « Pour les hospitalo-universitaires, le régime actuel particulièrement injuste ne prend en compte que la partie universitaire des émoluments » et espèrent que la réforme saura corriger cette lacune.

Concernant les hospitaliers et les internes, le régime de l’IRCANTEC est déjà proche de celui que le gouvernement projetterait de mettre en place, mais son « rendement actuel autour de 7 % (…) est supérieur au rendement annoncé du régime universel, soit 5,5 % ». Aussi les syndicats ne peuvent-ils que redouter un « recul social », tout en déplorant une absence totale d’écoute du gouvernement, ce qui les incite à soutenir le mouvement du 5 décembre et à s’y associer.

Enfin, les médecins libéraux ne sont pas en reste. Reçus aujourd’hui par le Haut Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, les syndicats sont toujours déterminés à faire entendre leurs revendications, afin de protéger la spécificité du système actuel. Les espoirs sont cependant ténus et deux organisations, la Fédération des médecins de France (FMF) et l’Union française pour une médecine libre (UFML) appellent déjà à la mobilisation le 3 février 2020. 

De la neige en hiver

Néanmoins, en dépit de cette contestation partagée vis-à-vis de la réforme des retraites, jeudi, les professionnels de santé, notamment dans les hôpitaux seront surtout préoccupés par les difficultés d’accès à leur lieu de travail. En Ile de France, en particulier, beaucoup appréhendent la journée de jeudi, alors qu’ils sont également nombreux à devoir faire face à la fermeture des écoles de leurs enfants. Aussi, de nombreuses directions, et notamment au sein de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris ont déjà déployé différentes solutions, qui s’apparentent à la fois au cas par cas mais qui en même temps tentent de répondre à l’ensemble des difficultés prévisibles. Adaptant le "plan neige", les établissements prévoient ainsi que des chambres d’hôpitaux soient réservées et ouvertes aux personnels souhaitant demeurer sur place.  « Il peut s’agir de chambres d’hôpitaux qui ne sont pas occupées ou fermées la nuit. Cela représente une capacité de 500 chambres ; on a aussi eu plusieurs propositions spontanées de médecins qui habitent dans Paris et qui accueillent des collègues en difficulté. Nous essayons de nous organiser équipe par équipe » précise Sylvain Ducroz, directeur des ressources humaines de l’AP-HP interrogé par France-Inter. L’AP-HP a également pris contact avec une chaîne hôtelière afin de faciliter les réservations. Parallèlement, elle a noué un partenariat avec une application de covoiturage : les bons samaritains devraient être récompensés en bons d’achats. Il existera également des dispositifs pour assurer la gratuité des parkings ou encore permettre le remboursement des Vélibs. Les responsables administratifs devraient pour leur part être autorisés à travailler à distance.

Pourvu que ça ne dure pas

En dépit de cette préparation, certaines interventions ont déjà été déprogrammées (tandis que des patients pourraient eux aussi être dans l’incapacité de se rendre à leurs rendez-vous). « On a reporté un patient par chirurgien, du coup, on est à huit patients prévus pour la journée au lieu des douze normalement programmés » indique par exemple un cadre hospitalier parisien interrogé par l’Express. Les répercussions dans les jours qui suivent pourraient être importantes, d’autant plus si le mouvement se poursuivait. Si la préparation d’un plan de secours pour 24 ou 48 heures fait quasiment partie de la routine des établissements, des événements prolongés pourraient fortement fragiliser des organisations souvent déjà chancelantes.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Reconnaissance et admiration

    Le 08 décembre 2019

    Entre les conséquences des 35 heures dans les hôpitaux (reconnues par des hommes politiques tels que M. L. Jospin et M. F.Hollande), le fait que les urgences de ville sont de moins en moins prises en charge par la médecine générale, le recrutement parfois surprenant des patients se rendant aux urgences pour des pathologies négligeables (pour des motifs multiples et divers), il n'est pas sûr que la majoration des moyens apporte une nette amélioration à ce problème.

    Ceci étant, le personnel médical et paramédical qui prend en charge les urgences dans les conditions actuelles mérite notre reconnaissance et notre admiration.

    Dr Claude Krieger

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