L'allaitement gagne toujours du terrain en France selon l'étude Elfe

L'allaitement vu par Andrea Solario

Paris, le mardi 14 mars 2017 – Lancée en 2011, l’Etude longitudinale française depuis l’enfance (Elfe) s’était donnée pour objectif de constituer en France une large cohorte représentative de la population, pouvant être suivie tout au long de l’existence, à l’instar de ce qui existe dans plusieurs pays étrangers. « C’est un outil nouveau dans un pays comme la France. Ça permet de comprendre ce qu’est un enfant, comment il grandit, comment son point de vue sur les autres se compose » détaille sur le site du programme, son directeur adjoint, Bertrand Geay.

Un équilibre complexe à préserver

Les jeunes participants ont été sélectionnés au moment de leur naissance : 18 000 enfants composent aujourd’hui la cohorte, ce qui est légèrement inférieur aux ambitions initiales de pouvoir comptabiliser 20 000 personnes. Cette différence n’est pas totalement anodine quand on sait que le taux d’abandon est élevé : 11 % des participants ont demandé à quitter l’enquête lors de la visite à domicile réalisée peu après leur  troisième anniversaire.  A cela s’ajoute des difficultés financières : « Les fonds vont nous manquer alors que le programme d’investissement d’avenir vient de se terminer » explique Magda Tomasini, directrice de l’Institut national des études démographiques (INED).

2 % des enfants reçoivent du lait de vache ou des laits végétaux avant l’âge de un an

Ces difficultés n’ont pas empêché hier les responsables d’Elfe de présenter plusieurs de leurs premiers résultats, tandis que la cohorte a été utilisée dans le cadre de très nombreuses études annexes (par exemple pour évaluer le taux de vaccination, ou encore le fonctionnement des dépistages néonataux).

Les chercheurs se sont notamment concentrés sur la pratique de l’allaitement. On constate que 70 % des enfants de la cohorte ont été nourris au sein au moment de leur naissance (contre 37 % en 1972 et 53 % en 1998). Au bout de quatre mois, l’allaitement exclusif ne concerne plus que 38 % des nourrissons, taux qui diminue jusqu’à 19 % à six mois. A un an, seuls 5,3 % des enfants sont encore allaités. Ainsi, la durée médiane de l’allaitement est de 17 semaines chez les femmes françaises (contre huit à treize semaines dans les années 90) et en moyenne ces dernières « arrêtent d’allaiter (…) huit semaines avant la reprise du travail » a précisé hier la coordinatrice de l’étude, Marie-Aline Charles. Parmi les facteurs influençant la pratique de l’allaitement, le fait d’être âgée de plus de 30 ans, d’être mariée et de présenter un niveau d’études supérieures encline très certainement à nourrir son enfant au sein. Les femmes nées à l’étranger allaitent également plus souvent (et plus longtemps).

Les chercheurs se sont également intéressés à la diversification alimentaire : l’âge moyen à laquelle elle intervient, 5,2 mois, est conforme aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) (qui préconise une introduction progressive de certains aliments entre le 4ème et le 6ème mois). On notera cependant que 26 % des enfants consomment des aliments autre que le lait avant l’âge de quatre mois (une pratique associée à la jeunesse et au tabagisme maternel) et que 2 % des nourrissons reçoivent du lait de vache ou des laits végétaux, alors que ces aliments ne sont pas adaptés aux plus jeunes.

Comment faire grandir un enfant ?

Dans la continuité de l’alimentation, les chercheurs ont dévoilé des informations sur les différences de perception concernant les soins aux jeunes enfants. L’origine sociale a ici une influence forte. Dans les milieux les plus populaires, on considère que « faire grandir un enfant » consiste à lui apprendre à marcher, manger correctement, jouer seul ou encore dire maman et papa, quand dans les milieux plus aisés la communication et l’éveil précoces sont les objectifs mis en avant. Cette dichotomie se retrouve dans les soins. On observe ainsi que les femmes présentant les niveaux de diplômes les plus élevés s'investissent moins dans les soins à l’enfant, un éloignement relatif que l’on retrouve également chez les pères d’un même niveau social. Plus investis, aujourd’hui, les hommes ne se chargent cependant pas encore des mêmes tâches que les mères. Ainsi, il apparaît que face à certains gestes techniques (comme couper les ongles ou moucher l’enfant), les mères « s’en acquittent par obligation, sans recourir à des stratégies d’évitement, tandis que les hommes délèguent davantage, surtout pour ce qui est de couper les ongles » a observé Olivia Samuel (Université de Versailles, Saint Quentin).

Exposition aux polluants : personne n’est épargné

Enfin, les chercheurs ont également une nouvelle fois présenté leurs résultats concernant l’exposition des mères à un certain nombre de polluants chimiques. L’imprégnation apparaît généralisée et n’épargne personne. En effet, à partir de multiples prélèvements réalisés chez les femmes au moment de leur arrivée à la maternité, les responsables de la cohorte ont pu mettre en évidence le fait que la majorité des substances recherchées était détectée chez pratiquement toutes les futures mères. Des seuils mesurables de bisphénol A (l’étude a été conduite avant son interdiction totale en 2015) et de pyréthrinoïdes ont notamment été détectés. Le glyphosate a contrario était rare (moins de 1 % des échantillons en contenaient). Désormais, les chercheurs se concentrent sur les conséquences de cette exposition des mères sur la santé des jeunes enfants.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article