L'avortement au cœur de la polémique en Espagne

Madrid, le lundi 30 juillet 2012. Les propos du ministre espagnol de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon, concernant la loi de 2010 qui réglemente les conditions de l’interruption volontaire de grossesse ont provoqué la colère des associations de défense des droits des femmes. Cette loi, votée sous le pouvoir socialiste (2004-2011), autorise toute femme à avorter jusqu'à 14 semaines et permet l’IVG jusqu'à 22 semaines en cas de «risque pour la vie et la santé» de la mère ou de «grave malformation du foetus». Dans les situations les plus graves, le recours à l’avortement est sans limite de temps sur avis d'un comité d'éthique.

« Je ne comprends pas que l'on empêche un foetus de vivre en permettant l'avortement, pour le simple fait qu'il souffre de handicap ou de malformation », a déclaré Alberto Ruiz-Gallardon dans une interview accordée la semaine dernière au quotidien de droite La Razon. La position du ministre a été confortée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy qui a annoncé dans la foulée son intention de modifier la loi de 2010 dès la rentrée. Pour asseoir cette nouvelle orientation, le gouvernement fait notamment référence aux textes de l'ONU et à l'article 10 de la Convention des droits des personnes handicapées qui réaffirme la nécessité « d'adopter toutes les mesures nécessaires pour garantir leurs droits aux personnes handicapées ».

Pour Santiago Barambio, président de l'association des cliniques spécialisées dans l'IVG, Acai, ces arguments s’apparentent au « comble du cynisme ». Il rappelle que « les Nations unies dans toutes les conférences internationales, toutes les agences sanitaires de l'ONU, l'Organisation mondiale de la Santé, le Conseil de l'Europe, disent de ne pas restreindre l'accès à l'avortement ». Et d’ajouter que « ce que Gallardon veut, c'est interdire, de fait, l'avortement, dans la droite ligne de l'Irlande, la Pologne ou Malte. Ce n'est pas une surprise quand on sait que c'est Gallardon père qui avait contesté la précédente loi de 1985 » (qui autorisait l'avortement en cas de viol, malformation du foetus ou danger pour la santé de la mère). D’après M. Barambio, le ministre « occupe le terrain de l'extrême droite ultra-catholique qui est peut-être minoritaire mais très puissante économiquement, comme par exemple l'Opus Dei », organisation catholique implantée dans les hautes sphères politico-économiques espagnoles.

Des Espagnols largement opposés au projet de réforme

Un collectif d'associations pour le droit des femmes a appelé à manifester hier, à Madrid, contre ce projet de réforme qui « renvoie la législation à une époque proche de la dictature franquiste et éloigne l'Espagne de la plus grande partie de l'Europe en matière de droits des femmes». La centaine de manifestants, en majorité des femmes, a scandé des slogans tels que « Nous donnons la vie, nous décidons » et « pas un pas en arrière ». Des points de vue largement partagés par la population espagnole si l’on en croit un sondage publié dimanche par le quotidien El Pais. 81% des Espagnols se disent contre l'interdiction de l'avortement dans le cas de malformation du fœtus. D’après cette enquête, le projet de réforme est rejeté par 65% des personnes ayant voté pour le Parti populaire (conservateur) aux dernières élections, de même que par 64 % de ceux qui se revendiquent catholiques pratiquants.

 

Illustration : le ministre espagnol de la Justice : Alberto Ruiz-Gallardon

Amandine Ceccaldi

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