L'effet nocebo des téléphones portables

L'apparition récente des téléphones portables a soulevé quelques inquiétudes à propos de leurs risques sanitaires potentiels mais les symptômes qui leur sont attribués sont le plus souvent non spécifiques : sensation de chaleur, de brûlure, de picotements, céphalées, vertiges et fatigue. L'existence d'une sensibilité particulière au téléphone portable n'est pas établie, bien que certains sujets se plaignent de ce type de manifestations lors de chaque communication ou presque : ceci n'est pas sans évoquer «l'hypersensibilité électromagnétique », entité médicalement inexpliquée qui regroupe une grande variété de signes sans spécificité apparaissant en cas d'exposition à différents dispositifs électriques, allant de la ligne à haute tension à la console de jeu.

Pour déterminer si les sujets qui se considéraient comme sensibles au téléphone portable présentaient effectivement des céphalées plus intenses en cas d'exposition aux ondes pulsées d'un appareil qu'en cas d'exposition simulée, une étude randomisée en double aveugle a inclus 60 sujets qui signalaient des céphalées fréquentes au cours des 20 premières minutes d'un appel et 60 témoins, tous âgés de 18 à 75 ans.

Entre septembre 2003 et juin 2005, chacun a participé à 3 séances de 50 minutes, au cours desquelles il était soumis à un signal GSM de 900MHz, à un signal continu non pulsé ou à un placebo. Les céphalées étaient plus fréquentes et plus intenses chez les personnes sensibles, mais dans les 2 groupes leur intensité augmentait au cours de l'exposition à un signal pour diminuer rapidement après l'arrêt de l'expérience, sans qu'aucune différence n'apparaisse entre les 3 types de condition. De plus la proportion de participants qui croyaient à la présence effective d'un signal GSM était légèrement inférieure au cours de l'exposition réelle par rapport à l'exposition feinte, et ceci chez les personnes sensibles (60 et 63 %) comme chez les témoins (58 et 68 %). Néanmoins les symptômes ont parfois été si gênants que l'expérience a du être interrompue prématurément chez 26 participants sensibles (contre aucun témoin).

Ces résultats montrent, comme dans d'autres études sur les effets des champs électromagnétiques, que les signaux émis par les téléphones portables ne sont pas à l'origine des manifestations constatées au cours de leur utilisation, qui semblent pourtant bien réelles. Il pourrait s'agir d'un effet nocebo lié à l'anticipation consciente de symptômes négatifs en cas d'utilisation de la technologie incriminée. Si un tel mécanisme était confirmé, il ne serait pas utile de recommander à ces patients une diminution de l'usage de leur portable, mais plutôt de les orienter vers une thérapie cognitivo-comportementale.

Dr Odile Biechler


Rubin GJ : « Are some people sensitive to mobile phone signals ? Within participants double blind randomised provocation study." BMJ en ligne le 6 mars 2006 avant publication doi: 10.1136/bmj.38765.519850.55 (6 march 2006). © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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