La baisse de l’uricémie, bénéfique seulement pour la fonction rénale ?

La maladie goutteuse est rarement isolée. Elle s’associe volontiers à de nombreuses comorbidités telles que le diabète, l’insuffisance rénale chronique (IRC) et la maladie cardiovasculaire (MCV). L’hyperuricémie n’est pas pour autant considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire. Elle apparaît le plus souvent comme un marqueur d’une situation rénale, cardiaque ou métabolique préoccupante qui peut appeler une prise en charge spécifique, mais la baisse de l’uricémie est un objectif thérapeutique per se, dès lors que la goutte devient cliniquement patente. Il n’en est pas moins inintéressant de rechercher une association entre les variations de l’uricémie au fil du temps et le risque de diabète, de MCV ou encore de déclin de la fonction rénale.

C’est là l’objectif d’une étude de cohorte prospective de grande envergure, du type étude d’observation, dans laquelle ont été inclus, entre 2004 et 2015, 26 341 patients atteints d’une goutte avérée, l’uricémie étant, dans tous les cas ≥ 68 mg/l. Les variations cumulées des taux de cette dernière ont été prises en compte à partir de l’état basal. Des modèles statistiques structuraux marginaux (MSM) ont été utilisés pour traiter les données, en recourant aux probabilités inverses pondérée prenant en compte les : (1) facteurs de confusion potentiels présents à l’état basal : âge, sexe, comorbidités, médications en cours ; (2) les facteurs de confusion évoluant au cours du temps : créatinine sérique, urémie et hémoglobine glyquée. C’est à partir de cette approche statistique qu’ont été estimés les hazard ratios (HRs) et leurs intervalles de confiance à 95 % (IC) correspondant au risque de diabète ou d’IDM, mais aussi à celui d’un déclin significatif de la fonction rénale (soit une réduction ≥30 % du débit de filtration glomérulaire estimé, DFGe).

Pas de variation du risque de diabète et de MCV quand l’uricémie baisse

L’âge moyen des 26 341 patients inclus était de 62 ans et 75 % d’entre eux étaient des hommes. La valeur médiane de l’uricémie basale a été estimée à 86 mg/l (écart interquartile, 77 à 95 mg/l). L’incidence du diabète pour 100 sujets –années a été estimée à 1,63 (IC, 1,51-1,75), celle de la MCV à 0,77 (IC, 0,70-0,84) et celle du déclin de la fonction rénale à 4,32  (4,14-4,49). Pour une réduction de 30 mg/l de l’uricémie amenant ce paramètre à des valeurs moyennes < 60 mg/l, le risque de diabète ou de MCV n’a pas varié de façon significative, les valeurs correspondantes des HRs étant respectivement de 1,04 (0,92-117) et  de 1,07 (0,89-1,29). En revanche, le risque de déclin de la fonction rénale a diminué, le HR étant de 0,85  (0,78-0,92).

Ainsi, il se confirme que chez le patient atteint de goutte, la correction de l’hyperuricémie n’a pas d’impact significatif sur le risque de diabète ou de MCV à long terme. En revanche, elle est associée à un moindre risque de déclin de la fonction rénale, en sachant que cette association n’est pas pour autant assimilable à un lien de causalité, du fait de la méthodologie utilisée. Si l’étude est longitudinale, ce qui est un plus, elle n’en est pas moins non contrôlée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Desai RJ et coll. An evaluation of longitudinal changes in serum uric acid levels and associated risk of cardio-metabolic events and renal function decline in gout. PLoS One. 2018 ;13(2):e0193622. eCollection 2018.

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