La chirurgienne n’est (toujours) pas un chirurgien comme un autre

Les femmes sont de plus en plus présentes dans le monde médical. Cependant, force est de reconnaître que en chirurgie, par exemple, leur carrière se heurte à davantage d’obstacles que celle de leurs confrères et qu’elles atteignent plus rarement qu’eux les hauts grades et honneurs. Ceci est peut-être attribuable à des différences biologiques, diront certains, mais c’est surtout lié à des stéréotypes culturels, aboutissant in fine à un environnement hostile.

Condamnées à « forcer leur talent »

Ces chirurgiennes sont parfois soumises à un harcèlement de la part de leurs maîtres, de leurs collègues, voire de leurs patients, qu’elles n’osent pas rapporter, de crainte d’être moquées. De plus, on les soupçonne d’être moins robustes, (chirurgie orthopédique), moins endurantes (gardes) voire moins compétentes que les hommes. Elles tentent de lutter contre ces idées reçues, en « forçant leurs talents », notamment en cas de grossesse, ou lorsqu’elles sont mères, en tolérant, voire en surenchérissant sur les plaisanteries grivoises, mais aussi en retardant le moment de leur première grossesse ou en taisant leurs règles douloureuses pour se sacrifier à leur métier et ne pas prêter le flanc à l’accusation d’infériorité ; c’est la même raison qui les conduit parfois à abréger leur congé de maternité, considéré par certains de leurs collègues masculins comme un prétexte fallacieux, ce qui amène à une interférence acrobatique entre vie privée et vie professionnelle.

#ILookLikeASurgeon

Ces comportements aberrants sont véhiculés même par les femmes professeurs de chirurgie qui reproduisent sur leurs cadettes les épreuves qu’elles ont subies elles-mêmes, accroissant chez leurs étudiantes le sentiment d’isolement et de découragement.

Toutefois, en prenant conscience de leurs capacités, les jeunes chirurgiennes refusent de plus en plus d’être victimisées, et l’on a vu des réseaux sociaux (tel #ILookLikeASurgeon) démontrer leurs compétences et leur combativité, pour empêcher la chirurgie de rester un club masculin.

D’ailleurs dès 1981 s’est constituée l’association des chirurgiennes aux États-Unis, suivie par d’autres sociétés similaires dans plusieurs pays. Mais il n’est pas certain que ces initiatives louables aient eu un effet de propagation, aboutissant à une représentation plus juste des femmes, notamment dans les instances académiques, et ceci est encore moins assuré en Orient qu’en Occident.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Jain SR et coll. : My thoughts: Unspoken truths about gender inequality in surgery across different cultures and income levels. Am J Surgery, 2021;222:288-289.

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Vos réactions (3)

  • Les chirurgiennes qui furent nos mentors

    Le 11 janvier 2022

    J'ai débuté ma formation comme interne de chirurgie en 1980 (eh oui les gars c'est il y a 42 ans) dans un service de chirurgie générale: les patronnes de chirurgie plastique, de la main et de prise en charge des brûlés ainsi que la cheffe de service de chirurgie pédiatrique étaient des femmes.
    Le premier adjoint de chirurgie digestive, qui gérait aussi les soins intensifs post op, était une femmes. A cette époque, la prof de plastique était une femme très renommée. Nous leur devons beaucoup. Ému aujourd'hui de leur rendre hommage, je m'inquiète de votre article et de sa source: ni en orthopédie, ni sur la lourdeur du travail nos consœurs ne baissent les bras. Ater ego ou haltères ego ?

    Bifurquant vers la médecine d'urgence, j'ai rencontré les mêmes compétences féminines, sans différence d'engagement, de grossesse, de...stop !
    Respect à elles (et merci à celles qui s'y reconnaîtront).

    Dr JM Servais, Belgique (parfois en avance d'un tour le petit plat pays ...)

  • Maltraitance professionnelle en médecine

    Le 12 janvier 2022

    La maltraitance prend des formes variées et, pour paraphraser Descartes, la souffrance est la chose la mieux partagée.
    Que les femmes en soient victimes, ce n'est pas douteux.
    Que les hommes ne le soient pas, ça l'est.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Le genre est inexistant !

    Le 12 janvier 2022

    Je ne suis pas d’accord avec cet article ce qui compte est la compétence et dans toute profession le genre est inexistant! Marie Curie n’a pas demandé qu’on l’appelle physicienne pour s’imposer. De même dans mon métier ce sont mes mains et ma tête qui s’imposent. Je suis chirurgien du foie et de transplantation et je m’impose par mes compétences. Attention de faire croire que le genre est 1'obstacle ceci est faux!

    Dr Jinane Krissat (Londres)

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