La collaboration ville/hôpital reste à construire

Paris, le mercredi 17 mai 2017 – Parmi les atouts de la plateforme de prise de rendez-vous en ligne présentée hier par l’Assistance publique/hôpitaux de Paris, a été mise en avant la possibilité pour les médecins libéraux de programmer plus facilement, pour leurs patients, une consultation auprès d’un confrère. Les difficultés rencontrées par les praticiens de ville pour entrer en contact avec les équipes hospitalières contribuent de fait à l’alourdissement des tâches administratives, mais surtout confortent l’idée d’un cloisonnement entre la ville et l’hôpital. Aujourd’hui en dépit d’initiatives telle celle de l’AP-HP qui connaît d’autres exemples (des messageries sécurisées sont proposées aux médecins libéraux par d’autres établissements hospitaliers), la collaboration entre la ville et l’hôpital est encore entravée par de nombreux freins et obstacles.

Une enquête réalisée par PG Promotions conduite en partenariat avec le Quotidien du médecin, Annonces médicales et Edimark, révélée ce 16 mai à l’occasion de l’ouverture de la Paris Health Week qui se tient jusqu’à jeudi à la porte de Versailles de Paris révèle ainsi l’insatisfaction majoritaire des 800 médecins ayant participé à la consultation en ligne (parmi lesquels 78,2 % sont des libéraux, généralistes ou spécialistes). Ainsi, 53,6 % des praticiens considèrent que la collaboration n’existe qu’à minima, tandis que 10,4 % vont même jusqu’à la juger inexistante. Ils ne sont que 3,1 % à considérer les liens entre la ville et l’hôpital comme parfaitement fructueux, tandis que 32,8 % évoquent des échanges réguliers. Les difficultés de communication concernent autant la période d’hospitalisation que la sortie de l’établissement. Ces résultats font écho à ceux d’une enquête conduite pour l’Institut Curie qui révélaient, concernant la prise en charge du cancer, que trois médecins généralistes sur dix affirmaient ne pas disposer des éléments suffisants « pour assurer le bon suivi de leurs patients », tandis que 41 % souhaitaient des échanges plus fréquents et plus directs avec les équipes hospitalières traitantes. Les praticiens ne se font par ailleurs guère d’illusion sur ce qui manque pour que la collaboration soit plus solide : avant des solutions informatiques (citées par 25,81 % des répondeurs), plus de temps à y consacrer (8,91 %) ou une loi pour imposer le partage de dossier (10,92 %), les professionnels estiment que c’est l’émergence d’une volonté commune (49,94 %) qui fera évoluer les choses !

Si un tel moteur nécessite des évolutions en profondeur, les outils techniques peuvent constituer des aiguillons importants. Pourtant, on observe une certaine ambivalence vis-à-vis des dispositifs existants. Ainsi, 53 % des praticiens sont convaincus qu’un dossier médical partagé leurs permettraient d’économiser entre une et cinq heures par semaine. Cependant, pour l’heure le système qui existe est loin d’être plébiscité, et les dossiers déjà ouverts ne sont pas toujours régulièrement alimentés. De même, on constate que si 54,9 % des médecins disposent d’une messagerie sécurisée, ils ne sont qu’une petite moitié (50,80 %) à la consulter plusieurs fois par jour, quand 23,80 % ne la consulte pas plus qu’une fois par semaine ; signe, encore une fois, comme les médecins le reconnaissent eux-mêmes, que la volonté est un point de départ indispensable à l’amélioration des liens ville/hôpital.

En dépit de ces résultats décevants, les acteurs du monde de la santé veulent y croire et la convergence ville/hôpital est un des thèmes centraux de la Paris Health Week. « Les professionnels sont prêts à plus de collaborations ville-hôpital, c’est un vaste chantier qui a déjà débuté. Mais cela nécessite que certains acteurs modifient leur champ de compétence et je suis optimiste. Les activités de l’hôpital doivent être restructurées notamment avec l’explosion des maladies chroniques, et en repensant le travail avec la médecine de ville. Les conférences et tables rondes de la 30e édition du Salon infirmier sont d’ailleurs le reflet de cette pluridisciplinarité en marche à l’hôpital et en dehors » remarque Sylvie Gervaise (Cadre supérieure de santé, Directrice du Comité Scientifique du Salon Infirmier).

Aurélie Haroche

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