La dépression facteur de risque des facteurs de risque cardiovasculaire chez le sujet âgé

Selon les statistiques de l’OMS, la dépression affecterait 121 millions de sujets à l’échelon mondial, un chiffre qui est probablement sous-estimé. Le sujet âgé est particulièrement exposé aux troubles dépressifs, ne serait-ce qu’en raison des conséquences physiques et fonctionnelles du vieillissement. La limitation des capacités physiques joue probablement un rôle crucial. Dans une étude récente, réalisée aux Etats-Unis, la prévalence de la dépression serait comprise entre 7 % et 36 %. En Grèce, elle atteindrait 27 %.

Les études d’observation suggèrent que la dépression a des effets délétères sur les comportements et un impact tout aussi important sur le système cardiovasculaire, au travers d’une dégradation de l’hygiène de vie qui se manifeste par un tabagisme chronique, la consommation excessive d’alcool et le stress chronique. D’autres facteurs bio-cliniques vont majorer le risque de maladie cardiovasculaire (MCV) : génétiques, biochimiques (inflammation, troubles de la coagulation), hémodynamiques (notamment hypertension artérielle), psychodynamiques…

L’enquête transversale MEDIS (Mediterranean Islands) illustre le propos, dans la mesure où elle a visé à mettre en évidence des associations entre la dépression et la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaire les plus courants, qu’il s’agisse de l’hypertension artérielle, de l’hypercholestérolémie, du diabète ou encore de l’obésité. Cette étude, réalisée à Chypre, a inclus 300 sujets âgés, dont 136 de sexe masculin, tous en bonne santé apparente. Tous les participants vivaient hors institution. Les troubles dépressifs ont été évalués à l’aide d’une version abrégée de la  Geriatric Depression Scale (GDS).

En l’absence de troubles dépressifs, les facteurs de risque (hypertension artérielle, hypercholestérolémie, diabète et obésité) se sont avérés moins fréquents qu’en cas de symptômes dépressifs modérés ou sévères. Même après ajustement statistique en fonction des variables comportementales (régime, tabagisme, exercice), le risque d’hypertension artérielle et/ou d’hypercholestérolémie est resté élevé en cas de dépression patente. Une augmentation d’une unité du score GDS (0-15) a été associée à  une majoration de 12 % de la probabilité d’un facteur de risque cardiovasculaire additionnel. Cette notion mérite d’être intégrée dans la prise en charge des symptômes dépressifs touchant le sujet âgé, du fait de leur retentissement sur le risque de maladie cardiovasculaire.

Dr Philippe Tellier

Référence
Demosthenes B et coll. : Depressive symptomatology and the prevalence of cardiovascular risk factors among older men and women from Cyprus; the MEDIS (Mediterranean Islands Elderly) epidemiological study. Journal of Clinical Nursing 2008; 17: 688-95.

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