La dermatite atopique protège-t-elle du mélanome ?

La dermatite atopique (DA) a-t-elle une influence sur l’apparition des mélanomes ?  Peut-être, mais laquelle ? Deux théories semblent s’opposer. L’une soutient que l’atopie pourrait avoir un rôle protecteur contre les cancers, par augmentation de la surveillance immunitaire. L’autre au contraire suggère que l’atopie est associée à une élévation du risque de cancers par stimulation immunitaire permanente, à laquelle s’ajoute, pour la DA, l’utilisation de traitements immunosuppresseurs et la photothérapie UV. Le mélanome étant un cancer immunogénique, il n’est pas illogique de penser que tout effet sur l’immunité peut en influencer l’apparition.

Une équipe norvégienne s’est appuyée sur les résultats d’études antérieures montrant qu’il n’y avait pas d’augmentation du risque de mélanome chez les patients atteints de DA, alors qu’était notée une augmentation des lymphomes, des cancers de l’œsophage ou des carcinomes épidermoïdes.

Une analyse rétrospective a inclus 6 280 patients ayant consulté dans un service de dermatologie, au moins une fois pour une DA entre 1960 à 2004. Les données ont été confrontées à celles du registre national du cancer pour la même période.
Alors que 14 mélanomes étaient attendus, il n’a été retrouvé « que » 6 tumeurs de ce type parmi ces patients avec DA : 3 mélanomes superficiels extensifs (SSM), 2 nodulaires et un in situ.

L’âge moyen au moment du diagnostic était plus bas que dans la population générale (41,2 ans vs 61,8 ans), mais la prévalence du mélanome dans les tranches d’âge les plus basses était cependant inférieure à celle de la population générale (3,47 pour 100 000 vs 5,73 pour 100 000), ce résultat n’étant cependant pas statistiquement significatif.

L’épaisseur moyenne des mélanomes (indice de Breslow) était de 0,7 mm chez les patients souffrant de DA et de 2,4 mm dans la population générale. Toutefois ceci peut s’expliquer par le fait que les atopiques sont examinés plus fréquemment avec des tumeurs moins évoluées au moment du dépistage.

La comparaison statistique ajustée à l’âge et au sexe au moment du diagnostic donne une réduction de risque pour le mélanome de 50 % dans la cohorte des patients avec DA.

Ces résultats sont en adéquation avec ceux d’une étude antérieure qui montrait que les patients souffrant de DA, bien que traités par immunosuppresseurs locaux ou généraux et par photothérapie UV, avaient moins de naevus mélanocytaires que la population générale, donc moins de risque de dégénérescence maligne. 

Les auteurs concluent à la nécessité d’une étude comportant un plus grand nombre de sujets et avec un suivi à plus long terme. Elle serait utile pour confirmer ces résultats sur une plus grande cohorte, mais aussi pour élucider le rôle des facteurs pro- inflammatoires présents dans l’atopie, cytokines et TNF-alpha notamment, dans la formation et la maturation des naevus et le risque de mélanomes.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Synnerstad I. Et coll. : Low risk of melanoma in patients with atopic dermatitis.J Eur Acad Dermatol Venereol. 2008; 22(12): 1423-8

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