La diminution de la taille des télomères serait un indicateur puissant de surmortalité

La prévision de la date de la mort qui était l'apanage des astrologues est devenue tout au long du 20ème siècle l'un des objectifs de l'épidémiologie. C'est ainsi que de grandes études, comme celle de Framingham, ont pu définir des facteurs de risques génétiques ou environnementaux de surmortalité permettant d'établir avec plus ou moins de précision l'espérance de vie de chaque individu, à un âge donné.

La découverte d'une équipe de l'Utah nous projette un peu plus loin dans cette médecine prédictive. L'idée originale de Richard Cawthon et coll. est partie de l'étude d'une maladie génétique rare autosomique dominante, la dyskératose congénitale. Dans cette affection, due à des mutations des gènes codant pour la télomérase, les télomères sont courts et les patients présentent des signes de vieillissement accéléré avec décès prématuré par infections secondaires à une insuffisance médullaire. Or, les sujets âgés « normaux » présentent également un raccourcissement de leurs télomères comme en témoigne l'étude de leur ADN sanguin.

L'équipe américaine a donc étudié les corrélations entre la longueur des télomères et la longévité chez 143 sujets sains entre 60 et 97 ans suivis depuis 1982. Les participants ont été classés en deux groupes selon que leur télomère était plus petit ou plus grand que la moyenne. Chez l'homme comme chez la femme l'espérance de vie des sujets aux télomères courts était significativement plus limitée que chez les individus ayant des télomères longs, le taux de mortalité sur la période de surveillance étant multiplié par 1,86 (IC 95 : 1,22 à 2,83 ; p=0,004). Dans le détail cette surmortalité était liée à une multiplication par 3,18 de la fréquence des décès de causes cardiaques (p=0,0079) et de 8,54 de la mortalité par maladies infectieuses (p=0,015).
Cette association entre télomère court et espérance de vie limitée n'est évidemment pas la preuve d'une relation de cause à effet entre les deux phénomènes. Des études épidémiologiques de grandes envergure sont indispensables pour confirmer cette relation et pour déterminer quels sont les facteurs éventuellement associés au raccourcissement des télomères (tabagisme, HTA, hypercholestérolémie... ?).

Si ces résultats étaient validés, l'étude de la taille des télomères pourrait contribuer à définir un groupe de sujets à haut risque de maladies liées à l'âge.

Dr Anastasia Roublev

Cawthon R et coll. : " Association between telomere length in blood and mortality in people aged 60 years and older." Lancet 2003; 361: 393-95.© Copyright 2003 http://www.jim.fr

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