La douleur attendue est déjà la douleur ressentie

Il est bien connu que des facteurs psychologiques interviennent dans l'expérience douloureuse. Le but de cette étude prospective randomisée était d'étudier l'impact d'une information sur la perception de l'intensité de la douleur en partant de l'hypothèse que la représentation mentale des dégâts tissulaires était le facteur crucial qui influençait l'intensité ressentie de la douleur. La seconde hypothèse était que dans l'inconscient, la chaleur était plus destructrice que le froid.

L'étude a inclus 31 étudiants en bonne santé de 18 à 26 ans : 16 femmes et 15 hommes.L'objet de l'étude était d'évaluer l'influence d'une information délivrée sur la douleur à venir lorsqu'une barre métallique refroidie à -25°C était appliquée brièvement dans le cou sans que le participant ne puisse voir l'objet. L'information consistait à dire "C'est chaud" (15 sujets) ou "C'est froid" (16 sujets). La perception de la douleur était ensuite étudiée.

Pour distraire l'attention et contrôler les hypothèses testées et la subjectivité des sujets, 8 différents objets étaient appliqués successivement et dans le même ordre à l'arrière du cou, sans que les participants ne puissent les voir : une plume, un petit miroir, une brosse dure, un papier émeri, un mouchoir en papier, un objet en plastic dur et la règle métallique en aluminium refroidie. Les étudiants remplissaient 8 échelles visuelles analogiques (EVA) par objet testé : doux-dur ; peu ou très piquant ; peu ou très rugueux ; peu ou très perceptible ; peu ou très dangereux ; agréable-désagréable ; chaud-froid ; simple-complexe ; peu ou très douloureux ; très froid ou très chaud.

Le pouvoir de suggestion de l'information a été vérifiée par l'EVA froid-chaud: 13 sujets sur 16 qui ont reçu l'information "froid" évaluaient la barre comme froide et 13/15 comme chaude si l'application était précédée de « C'est chaud ». En ce qui concerne la douleur, 2/16 dans le groupe "froid" et 13/15 dans le groupe "chaud" donnait un score supérieur à la moyenne. 11/15 dans le groupe chaud considérait la barre comme susceptible de causer des dégâts contre 5/16 dans le groupe "froid", ce qui confirme que la représentation des dommages causés était bien le médiateur de l'intensité de la douleur ressentie. Il est à noter qu'aucune différence entre les sexes n'a été observée.

Cette étude confirme ce que la sagesse populaire subodorait déjà mais ouvre également des portes à des thérapies cognitives pour modifier les interprétations de la douleur.

Dr Lucette Ducret


Arntz A. et coll. :"The meaning of pain influences its experienced intensity " Pain 2004; 109: 20-25. © Copyright 2004 http://www.jim.fr

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