La douleur est omniprésente dans les myosites idiopathiques 

Les myopathies inflammatoires idiopathiques ou myosites sont des affections systémiques rares qui ont au moins deux points en commun : leur tropisme pour les muscles squelettiques et leur retentissement souvent lourd sur la qualité de vie. Il est possible de les répartir selon des critères cliniques et biologiques dans cinq catégories principales : polymyosite, dermatomyosite, myopathie nécrosante à médiation immunitaire, syndrome des antisynthétases et myosite à inclusions sporadique. Si le symptôme principal est le plus souvent la faiblesse musculaire, des manifestations extra-musculaires sont régulièrement observées, qui concernent au premier chef la peau, le cœur et les poumons. La douleur, pour sa part, est un symptôme largement impliqué dans l’altération de la qualité de vie et l’invalidité, lequel pourtant n’est pas toujours apprécié à sa juste valeur. Sa prévalence au cours des différentes formes de myosite est au demeurant mal connue et sa prise en charge s’avère mal codifiée, volontiers aléatoire, d’autant plus difficile qu’elle est par essence multifactorielle, avec des composantes à la fois centrales et périphériques souvent intriquées.

Plus de 90 % des patients avec une dermatopolymyosite sont concernés

L’organisation étatsunienne à but non lucratif MSU (Myositis Support and Understanding) s’est fixé comme objectif une meilleure compréhension de la douleur et de sa prise en charge dans ces maladies le plus souvent orphelines. C’est dans cette démarche que s’inscrit une enquête à laquelle ont participé 468 patients atteints d’une myosite confirmée. L’analyse des données n’a finalement porté que sur 423 participants représentant trois formes de la maladie : dermatomyosite (n = 183), polymyosite (n = 109) ou encore myosite à inclusions (n = 131). Des manifestations douloureuses actuelles ou antérieures ont été rapportées par l’immense majorité des patients (91,5 %). Dans 99 % des cas, ces symptômes ont été attribués à la myosite. Ils se sont avérés cinq fois moins fréquents, passé l’âge de 60 ans, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet estimé à 0,2 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% 0,1-0,6 ; p = 0,003].

La prévalence de ces douleurs varie significativement selon la catégorie de la myosite : dermatomyosite 97,2 % ; myosite à inclusions 80,9 % et polymyosite 94,5 % (p < 0,001). La probabilité de manifestations douloureuses est multipliée par près de quatre en cas de dermatomyosite, par rapport à la myosite à inclusions, l’OR correspondant étant de 3,7 (IC 95% 1,3- 10,2, p= 0,011). Sur les 387 participants qui ont fait état de ces symptômes, 335 avaient recours à diverses médications antalgiques, majoritairement des opioïdes variés (69 %), avec un risque majeur de pharmacodépendance. La consommation d’opioïdes n’a été affectée par aucun des facteurs suivants : sexe masculin, âge > 60 ans et sous-type de myosite.

La douleur est un symptôme extrêmement fréquent au cours des myosites. Sa prise en charge thérapeutique est loin d’être optimale, car elle accorde une trop large part aux opioïdes. Il convient de changer la donne en évaluant de manière rigoureuse les traitements qui offrent le meilleur rapport bénéfice/risque dans le contrôle de ce symptôme.

Dr Philippe Tellier

Référence
Bhai S et coll. : Pain profile and opioid medication use in patients with idiopathic inflammatory myopathies. Rheumatology 2022 (17 mai) : publication avancée en ligne. doi.org/10.1093/rheumatology/keac271.

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