La fabuleuse histoire de David Matheson

Salt Lake City, le vendredi 1er février 2019 – Le Jardin d’Acclimatation d’Yves Navarre est un des récits les plus marquants sur les traitements perpétrés contre les homosexuels, dans l’optique de modifier leur orientation sexuelle. A l’instar du héros de ce roman qui par sa beauté littéraire et son sujet ont marqué des générations de lecteurs, des milliers d’homosexuels ont subi au cours du vingtième siècle des traitements agressifs. Outre la lobotomie, la sismothérapie a également été régulièrement utilisée. Parallèlement à ces méthodes, des dizaines de programmes comportementaux ont été développés. Le Williams Institute de la faculté de droit de l’Université de Californie (Los Angeles) estime ainsi que 700 000 adultes homosexuels (hommes et femmes) ou transsexuels ont suivi de gré ou de force une thérapie dite de conversion aux Etats-Unis.

Interdiction officielle dans de nombreux pays

Depuis plus de quarante ans, ces pratiques sont très critiquées et ont été peu à peu dénoncées par une grande partie de la communauté médicale et notamment par les psychiatres. Les présupposés clairement homophobes de ces approches et leurs conséquences délétères mises en évidence par de nombreux travaux ne pouvaient qu’inciter la sphère médicale à désapprouver ces méthodes (même si elle y a initialement pris part). Forts des constatations des praticiens et entendant la souffrance des victimes de ces thérapies de conversion, certains pays ont même décidé d’interdire ces méthodes. Ainsi, quinze états américains prévoient des sanctions contre les spécialistes de santé mentale qui mettraient en œuvre des thérapies ayant pour objectif la modification de l’orientation sexuelle. Mais pas l’Utah.

Devenir homme à part entière

Dans l’état des Mormons, en dépit d’une tolérance affichée, l’homosexualité reste un tabou et l’objet de fortes discriminations. Si l’heure n’est plus (généralement) aux violences, les thérapies de conversion s’appuyant sur un discours positif, connaissent un important succès. Succès qui suppose des stars. Longtemps David Matheson fut une figure incontournable en la matière. Ce mormon est directeur du Centre pour le maintien du genre et a fondé le programme « Les gens peuvent changer ». Il a écrit plusieurs essais destinés à aider les hommes "tentés" par l’homosexualité et son livre intitulé Devenir un homme à part entière est présent dans de nombreuses bibliothèques familiales dans l’Utah. Il estime que son travail a pour objectif « d’aider les hommes qui veulent diminuer une homosexualité non désirée et se sentir pleinement hommes ».

Suffisamment hétérosexuel

La popularité dont jouit David Matheson n’est pas étrangère à son histoire personnelle. David Matheson a en effet pu raconter que s’il était un interlocuteur privilégié pour entendre les hommes venant le consulter, c’est parce qu’il avait lui-même été attiré par des hommes dans sa jeunesse. C’est une thérapie de conversion suivie pendant sept ans qui lui aurait permis de changer, même s’il admettait que le "combat" était permanent. Déclarant se sentir « suffisamment hétérosexuel », David Matheson est marié à une femme depuis plus de 34 ans.

« Les gens peuvent changer »

Mais il y a quelques jours, l’organisation de soutien aux homosexuels Truth Wins Out a reçu un message d’un autre célèbre thérapeute de conversion, Rich Wyler, s’étant également présenté comme attiré par les hommes dans sa jeunesse, qui a été excommunié de l’Eglise mormone et réintégré. Rich Wyler a précisé à l’association que David Matheson n’était plus membre du programme « Les gens peuvent changer ». Quelques heures plus tard, la confirmation a été apportée par David Matheson qui a expliqué qu’il s’identifiait désormais pleinement comme homosexuel.

« Bénédiction »

Il ne s’agit plus désormais pour David Matheson de se présenter comme l’incarnation du combat intérieur contre des penchants homosexuels. L’homme a initié une véritable révolution dans sa vie personnelle en décidant de divorcer. Il juge en effet qu’il ne « pouvait plus continuer son mariage » même s’il a qualifié de « bénédiction » les longues années passées avec son épouse. Par ailleurs, s’il ne renonce pas totalement à son travail de thérapeute, David Matheson dit vouloir rompre avec « un système basé sur la honte et l’homophobie », dicté par l’église Mormone. N’évitant pas des confessions très intimes, il a encore ajouté qu’une « relation intime avec un homme n’est plus quelque chose qu’il veut éviter ». Enfin, il a prononcé des excuses vis-à-vis de ceux qu’il est certain d’avoir pu profondément blesser tout au long de son activité de "thérapeute". Il a néanmoins assuré qu’il avait toujours été guidé par un souci de compassion et a indiqué qu’il ne renonçait pas à sa foi.

Amertume

Les associations de défense des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT) ont accueilli ces déclarations avec un mélange de satisfaction et d’amertume. Saluant le courage de David Matheson et remarquant que ce cas illustre une nouvelle fois la totale inefficacité des thérapies de conversion, elles soulignent que cette évolution n’offrira pas d’apaisement réel aux nombreuses personnes maltraitées par des thérapies dangereuses et homophobes.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Les réponses sont contenues dans les questions

    Le 02 février 2019

    Quand et sous quelle influence, dans la civilisation occidentale de souche (c'est à dire grecque et latine), sont apparues historiquement les interdictions et persécutions contre les homosexuels ?

    De même, quand et sous quelle influence, dans la même civilisation occidentale de souche, est apparue la doctrine d'infériorité des hommes en fonction de leur couleur de peau?

    Dr YD

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.