La forte consommation de viandes rouges, nouveau facteur de risque de DMLA ?

Si le tabagisme est le seul facteur de risque modifiable de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) retrouvé de façon homogène dans diverses études, l’alimentation est au cœur des travaux recherchant d’autres facteurs modifiables susceptibles d’être impliqués dans la genèse de cette maladie, cause majeure de perte visuelle sévère chez les sujet âgés de 50 ans et plus dans les pays développés, dont la prévalence croît avec le vieillissement des populations. Le rôle de la consommation de viande, ayant été suggéré, des auteurs australiens se sont attachés à évaluer la relation entre risque de DMLA et consommation de deux types de viandes : les viandes rouges et celle de poulet.

L’évaluation a porté sur une cohorte de 6 734 sujets âgés de 58 à 69 ans au recrutement entre 1990 et 1994, résidant à Melbourne, enrôlés au sein d’une vaste étude prospective comptant plus de 41 000 sujets, la Melbourne Collaborative Cohort Study, destinée à préciser le rôle de l’alimentation et d’autres habitudes de vie dans la survenue des cancers et du diabète.

La consommation de viande a  été estimée en s’appuyant sur un questionnaire à 121 items incluant toutes sortes de viandes, sous de nombreux modes de préparations, y compris industrielles. Le questionnaire a été complété à l’entrée dans l’étude et lors des examens de suivi, entre 2003 et 2006.

Parmi les 6 734 sujets inclus, 1 757 avaient une DMLA entre 2003 et 2006. Mille six cent quatre-vingt présentaient une DMLA précoce (présence de drusens) et 77 une DMLA tardive (présence de néovaisseaux choroïdiens ou de plages d’atrophie de l’épithélium pigmentaire).

L’étude retrouve la relation entre DMLA et âge, et celle entre DMLA et tabagisme, observées dans nombre de travaux antérieurs, avec un odds ratio (OR) chez les fumeurs (6 % de la cohorte) de 3,07 (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 1,52 et 6,21), après ajustement sur l’âge, en comparaison des sujets n’ayant jamais fumé.

L’analyse de la relation entre DMLA et consommation de viande a pris en compte de nombreux facteurs potentiels de confusion dont l’âge, le tabagisme, l’indice de masse corporelle, les apports énergétiques, les apports protéiques, ceux en vitamines C et E, en bêta-carotène, en zinc et en lutéine/zéaxanthine.
Elle met en évidence une association positive entre consommation élevée de viandes rouges et DMLA précoce, avec un OR de 1,47 (IC95 entre 1,21 et 1,79 ; p pour la tendance < 0,001) lorsque ces viandes étaient consommées 10 fois et plus par semaine en comparaison d’une consommation hebdomadaire de moins de 5 fois. Cette tendance était notée pour la consommation de viande fraîche et pour celle de préparations industrielles.

En revanche, la consommation de poulet, 3,5 fois par semaine et plus, est apparue inversement associée à la DMLA tardive en comparaison d’une consommation hebdomadaire inférieure à 1,5 fois par semaine (OR = 0,43 ; IC95 entre 0,20 et 0,91 ; p pour la tendance = 0,007).

Ces résultats associent significativement forte consommation de viandes rouges et DMLA précoce, et suggèrent un effet protecteur de la consommation de poulet vis-à-vis de la DMLA tardive. La forte consommation de viandes rouges est peut-être un nouveau facteur de DMLA précoce, mais elle peut aussi n’être que le marqueur d’un risque accru lié à d’autres facteurs inhérents au mode de vie. Ces résultats appellent confirmation.

Dr Julie Perrot

Référence
Chog EW-T et coll. : Read meat and chicken consumption and its association with age-related macular degeneration. Am J Epidemiol, Publication avancée en ligne le 20 février 2009.

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