La (graisse) brune compte pas pour des prunes !

La graisse brune est mystérieuse à bien des égards, mais il semble bien qu’elle joue un un rôle essentiel dans l’homéostasie énergétique. Elle protègerait, dans une certaine mesure, contre les surcharges pondérales induites par les écarts de régime. Cette hypothèse qui fait l’objet d’une recherche active a même conduit à considérer le tissu adipeux brun comme une cible thérapeutique potentielle dans l’obésité et le syndrome métabolique sans aboutir pour autant à des résultats concrets. La tomographie par émission de positons (TEP) couplée à la tomodensitométrie (TDM) et réalisée après injection IV d’un analogue du glucose, le 18F-fluorodéoxyglucose (FDG), permet de visualiser la répartition de la graisse brune quand le sujet est exposé à des températures un peu basses capables d’activer la thermogenèse.

Une petite étude cas-témoins

Les foyers hypermétaboliques, par leur distribution et leur intensité permettent d’évoquer ce processus physiologique qui peut parfois gêner l’interprétation des images. Quelle est leur signification clinique et métabolique ? Faut-il mentionner leur existence dans le compte-rendu de la TEP-TDM, à la lueur des informations précédentes ? C’est à ces questions que répond une étude de cohorte prospective du type cas-témoins dans laquelle ont été initialement incluses 1 834 femmes atteintes d’un cancer du sein dont le bilan d’extension incluait une FDG-TEP-TDM. Les images ont été revues pour rechercher les signes scintigraphiques témoignant d’une activation du tissu adipeux brun.  

L’hyperactivité bilatérale et symétrique caractéristique en regard de la région cervicothoracique a été mise en évidence chez 20 participantes (1,1 %) qui ont été comparées à 119 témoins caractérisés par l’absence d’activation de la graisse brune. Tous les patients ont passé leur examen le même jour alors que la température au moment de l’injection du radiotraceur avait tout lieu d’être identique dans le groupe des cas et dans celui des témoins. A l’état basal, la glycémie à jeun et le bilan lipidique ont été pris en compte, puis surveillés régulièrement au cours d’un suivi d’une durée moyenne de 57 mois. Le risque de diabète à long terme a été estimé à l’aide du modèle des risques proportionnels de Cox.

Un profil métabolique particulier en cas d’activation de la graisse brune

La comparaison intergroupe dans sa dimension transversale a révélé des différences significatives. En cas d’activation du tissu adipeux brun : (1) les patientes étaient plus jeunes (âge moyen 41,8 ans versus 53,7 ans chez les témoins ; p < 0,001) ; (2) l’indice de masse corporelle (IMC) était un peu plus faible, soit 22,0 versus 23,6 kg/m2 (p = 0,049) ; (3) la glycémie à jeun était plus basse, soit 0,903 g/l vs 1,093 g/l (p = 0,029) ; (4) la cholestérolémie totale était également plus basse, soit 1,69 g/l vs 1,90 g/l (p = 0,029).

Au terme du suivi, les paramètres lipidiques se sont améliorés dans le groupe des cas (à l’exception des triglycérides). La cholestérolémie totale n’a pas bougé, mais les taux moyens de LDL-C plasmatiques ont diminué, passant de 1,115 g/l à 0,856 g/l, cependant que les taux de HDL-C faisaient l’inverse, passant de 0,455 g/l à 0,608 g/l.

En analyse multivariée, une seule variable s’est avérée prédictive du risque de diabète après ajustement : il s’agit de l’activation du tissu adipeux brun qui a été associée à une réduction significative de ce risque, le hazard ratio correspondant étant en effet estimé à – 0,9007 (p = 0,014).

Cette étude de type cas-témoins qui porte sur un effectif restreint ne permet aucune certitude, mais elle attire, une fois de plus, l’attention sur la graisse brune qui reste un sujet d’actualité. La découverte d’une activation de cette dernière sur une FDG-TEP-TDM est une information qui peut être utile au clinicien : le compte-rendu doit donc mentionner cette particularité de bon aloi quant au profil métabolique et son évolution à long terme. Le tissu adipeux brun semble être impliqué de près dans le métabolisme des lipoprotéines et le risque de diabète de type 2, en tant que système capable de «brûler» les graisses, à la différence des adipocytes blancs qui ont pour vocation de les stocker.
 

Dr Philippe Tellier

Référence
Park SY : Brown Fat Activation Demonstrated on FDG PET/CT Predicts Favorable Lipid Profile and Reduced Risk of Diabetes. Meeting annuel de la Radiological Society of North America (Chicago) : 1-5 décembre 2019.

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