La Grande-Bretagne est le premier pays à autoriser les embryons hybrides

Londres, le mercredi 21 mai 2008 - La première mouture du texte de loi destinée à réviser l’Human Fertilisation Embryology Act (HFE) de 1990, présentée en décembre 2006, prévoyait d’interdire expressément en Grande-Bretagne la création in vitro d’embryons chimères (un embryon humain modifié par l’introduction d’une ou plusieurs cellules animales) et les embryons hybrides (obtention d’un embryon en remplaçant le noyau d’un ovocyte animal par le noyau d’une cellule humaine). Cependant, la version du texte finalement soumise aux Lords puis aux députés autorise pour sa part les embryons hybrides, également appelés embryons cybrides (par contraction de la formulation complète embryon hybride cytoplasmique). En quelques mois, la Grande-Bretagne a assisté à un profond revirement politique sur cette question. Il aura notamment été lié à la consultation de l’opinion publique sur ce sujet qui est apparue moins réticente que ne le supposait la plupart des observateurs. La personnalité du nouveau Premier ministre, Gordon Brown, personnellement soucieux du développement de la recherche, en raison de la situation de son fils cadet qui est atteint de mucoviscidose aura également certainement beaucoup pesé. Enfin, le rapport remis sur cette question par les députés du Science and Technology Select Committee a permis de mettre en évidence l’opportunité de ce type de recherches (notamment face à la pénurie d’ovocytes humains) et l’approbation d’une large part de la communauté scientifique.

Frankenstein

Après le vote favorable des Lords, la présentation du texte aux députés promettait cependant d’être houleuse. L’opposition des catholiques fut notamment particulièrement forte : l’évêque d’Edimbourg O’Brien n’hésita pas à considérer que les pouvoirs publics s’apprêtaient à jouer à « Frankenstein » comme le rappelle le Telegraph. Par ailleurs, la question divisa les traditionnels clivages politiques. Gordon Brown, premier ministre travailliste se retrouva sur cette question dans le même camp que son principal rival, le chef de file des conservateurs, David Cameron. Cependant, plusieurs responsables politiques travaillistes dont des personnalités du gouvernement se montrèrent très opposés au projet : le Premier ministre, conscient des enjeux éthiques, laissa d’ailleurs toute leur liberté de vote aux députés de gauche. La contestation ne l’emporta pas : l’amendement qui visait à interdire les embryons hybrides a finalement été rejeté hier par 336 voix contre 176.

ADN mitrochondrial

La Grande-Bretagne se dote donc d’une loi sans « équivalent au monde » note le Telegraph. Elle permet de mener des recherches pendant quatorze jours sur des embryons hybrides, au-delà de cette date, les embryons qui ne pourront évidemment pas être implantés chez une femme ou un animal devront être détruits. Par ailleurs, les équipes souhaitant mettre au point de tels hybrides devront disposer d’une autorisation individuelle. Si certains pays ont expressément interdits le recours à de tels embryons, comme les Etats-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie ou l’Australie, les législations d’autres pays se montrent plus souples, telles les lois espagnoles qui pourraient ouvrir la voie à la mise au point de ce type d’embryon. Par ailleurs, le comité d’éthique de Singapour a récemment donné son feu vert à cette pratique. La communauté scientifique pour sa part n’est pas unanime sur l’utilité de ces recherches, en raison notamment de la conservation d’ADN mitochondrial animal qui pourrait fausser les observations des chercheurs.

Bébés médicaments, avortement, accès à la FIV aux femmes homosexuelles

Après cette décision phare et très attendue, et l’adoption également d’une mesure qui autorise définitivement les bébés du double espoir (ou bébé médicament), le débat éthique se poursuit aujourd’hui pour les débutés britanniques. Ils devront ainsi se prononcer sur l’accès des couples de femmes et des femmes célibataires à la fécondation in vitro.

L.C.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article