La grogne des médecins et la Loi santé : une remise en cause de la médecine « libérale et sociale » à la française ?

Paris, le samedi 21 février 2015 – Nous l’avons déjà remarqué à plusieurs reprises, et nous avons dans ces colonnes, laissé la parole à des représentants de médecins libéraux qui l’ont confirmé, la généralisation du tiers payant est la mesure du projet de loi de santé (par ailleurs globalement rejetée) qui cristallise le plus la colère des médecins libéraux. Le gouvernement et jusqu’au Président de la République ont feint de vouloir croire ces derniers mois que la résolution des nombreux obstacles techniques à la mise en œuvre de cette mesure permettrait de venir à bout de la réticence si marquée des médecins.

Pourtant, nombreux parmi les praticiens font valoir que les questions logistiques ne sont pas seules en cause et que c’est la logique même du tiers payant généralisé qui est rejetée, en raison des dangers qu’elle ferait peser sur notre système de santé et sur l'équilibre des comptes sociaux.

Pour nous l’économiste spécialisé dans les questions de santé, Claude Le Pen (professeur à l’université Paris Dauphine) revient sur cette opposition massive. Après être rapidement revenu, pour l’écarter, sur le risque parfois évoqué d’une inflation de la consommation des soins que pourrait provoquer la généralisation du tiers payant, il propose un éclairage très instructif sur les principes qui régissent depuis plus de trente ans les rapports entre les médecins et l’Assurance maladie et que la généralisation du tiers payant heurte de manière frontale. Une analyse qui illustre sous un nouveau jour les enjeux d’un conflit entre les médecins et le ministère de la Santé, dont ce dernier paraît refuser de reconnaître l’impact.

Par Claude Le Pen (Paris Dauphine)

Pourquoi cette opposition si générale chez les médecins au « tiers-payant » généralisé que veut introduire la Loi Santé du gouvernement, alors que le reste de la société le considère plutôt comme une mesure positive et que la Ministre de la santé lui donne des allures de grande réforme sociale ?
Un premier motif d’exaspération réside sans aucun doute dans la lourdeur anticipée du système avec des risques de retards ou d’erreurs de paiement, la nécessité administrative de vérifier les droits des patients et le souci des tâches comptables pour pointer les versements reçus en face des feuilles de soins électroniques (FSE) télétransmises. Ces craintes sont indiscutablement fondées et le Président de la République l’a reconnu implicitement en exigeant un « système simple ».  On verra.

Consommation médicale : pas seulement une affaire de prix

Un autre reproche (très courant) est le risque inflationniste lié à une déresponsabilisation totale du patient. Je n’ironiserai pas sur cette conversion soudaine à la nécessité de maîtriser les dépenses de santé, mais je trouve cette crainte infondée. Deux arguments. D’abord, l’essentiel des patients pour lesquels l’avance de frais (23 euros pour une consultation !) pendant une dizaine de jours représente un réel frein à l’accès aux soins est déjà en tiers-payant via la CMU (au tarif conventionnel !)  et, maintenant, via l’aide à la complémentaire santé (ACS). Pour le reste de la population, la simple avance de frais ne constitue pas un réel obstacle à l’accès aux soins. Contrairement à ce qu’on entend parfois ça et là l’instauration du tiers payant n’a rien à voir avec la gratuité des soins !  Les soins ne seront ni plus ni moins gratuits qu’auparavant et les patients n’y gagneront que le délai de remboursement…   Par ailleurs, et c’est le deuxième argument, les pays où existe une « vraie » gratuité au point de délivrance avec prise en charge à 100 % sans dépassement et sans avance, ne sont pas, et de loin, les plus gros consommateurs. C’est même plutôt l’inverse. La consommation par habitant est souvent plus élevée dans les pays « bismarckiens » où les patients sont remboursés par une assurance maladie publique indépendante que dans les pays dits « beveridgiens » où la santé est un service publique intégralement pris en charge par l’Etat. Pourquoi ? Parce que le prix est loin d’être le seul déterminant de la consommation médicale. Dans les deux sens. On voit des patients qui consomment beaucoup avec un "reste à charge"  non négligeable (en France par exemple) mais aussi des patients qui « renoncent aux soins » dans des pays où ils sont pourtant gratuits ! C’est un paradoxe bien connu de tous ceux qui s’intéressent aux déterminants des inégalités de santé.

1971 : l’acte fondateur des relations entre l’Assurance maladie et les médecins

En fait l’opposition, à mon sens, a un fondement plus profond que celui véhiculé par ces arguments de nature administrative ou économique. Il touche au contrat même Nation-Médecins. On l’ignore généralement mais notre organisation sanitaire ne remonte pas à 45 mais au compromis historique de la première « convention nationale » signée le 28 octobre 1971 entre les caisses d’assurance-maladie et la Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF), qui représentait alors très largement le corps médical. Il faut en relire le préambule. Du côté médical, on affirmait  qu’« une entente (sur les honoraires) entre représentants de la profession et caisses d’assurance-maladie n’était pas incompatible avec un exercice libéral de la médecine ». Cela constituait une révolution copernicienne et la Sécurité Sociale acquérait une sorte de légitimité aux yeux de syndicats qui, dés les premières tentatives d’instaurer des « assurances sociales » en 1928, avait fait de la liberté tarifaire une exigence indépassable !
Du côté des caisses il était reconnu que « les principes fondamentaux de la médecine libérale  (n’étaient) pas incompatibles avec la prise en charge (…) des frais d’honoraires et de prescription médicale par les caisses d’assurance-maladie ». Cela enterrait toute velléité d’une "médecine sociale" à l’anglaise à laquelle d’aucuns avaient pensé en 45.  Ces principes fondamentaux de la médecine libérale, incluant « le paiement direct des honoraires par le malade », étaient au même moment inscrits dans la Loi où ils figurent toujours (Art. L.162-2 du CSS).

Ainsi s’établissaient les principes d’une médecine « libérale et sociale » à la Française, à laquelle adhère toujours une grande majorité des médecins français et qui est perçue comme menacée par la Loi Santé. Certes le compromis de 1971 a connu quelques entorses, des deux côtés, qu’il s’agisse de la création en 1980 du secteur II à « honoraires libres » où des restrictions à certaines libertés, par exemple la liberté de prescription. Mais en dépit de ces coups de canif, ce texte reste, dans l’imaginaire (et parfois l’inconscient) collectif des médecins français la charte régissant leurs rapports à l’Etat.

Une évolution ? Non une révolution !

En proposant comme une « avancée sociale » (sans conséquence pour les finances publiques !) la généralisation du tiers-payant, le gouvernement n’a pas réalisé, qu’au-delà des aspects techniques, il touchait à cette dimension symbolique et essentielle. Eriger le principe tiers-payant en règle universelle  (au-delà de la situation particulière des patients les plus défavorisés) l’étendre aux prestations des assureurs complémentaires, inverser en quelque sorte la règle et l’exception, change profondément la donne. Il ne s’agit plus en effet  pour l’assurance-maladie de rembourser des patients mais de rémunérer des médecins ! Et il faut ignorer toute l’histoire sociale de ce pays pour ne pas sentir la différence. Et cela a été d’autant mal vécu que certaines dispositions de la Loi santé font craindre, par ailleurs, une réduction du domaine conventionnel et une perte de dialogue avec les Caisses au profit d’une logique « territoriale » qui, comme souvent en France, dissimule mal un renforcement de la tutelle centralisée et autoritaire de l’Etat.

Une mauvaise méthode qui ignore les vrais enjeux

Certes, on peut admettre (et c’est mon avis) que le modèle « libéral et social » de 1971 a besoin de se moderniser. Il s’est s’avéré médicalement et socialement efficace mais économiquement très coûteux. Par ailleurs le contexte a dramatiquement changé. La chronicisation des pathologies, la technicité des soins, les nouvelles dimensions de la qualité, les nouvelles exigences des patients,  la croissance des coûts et la crise des financements publics, obligent à de nouvelles formes d’exercice, plus collectives et  plus coopératives ; elles demandent de nouvelles institutions de soins dépassant la dualité hôpital-cabinet ; elles appellent à de nouvelles formules tarifaires rémunérant la prise en charge d’un patient plus que l’exécution d’un acte.

Mais c’est précisément à un nouveau pacte global Médecins-Nations qu’il faut appeler, dans l’esprit de celui de 1971 mais avec des termes correspondant à la médecine nouvelle du XXIème siècle que nous voyons naitre sous nos yeux. Ce pacte doit s’appuyer sur les réalités du terrain et ne pas résulter de la volonté de faire un « coup politique » facile à travers un projet de loi catalogue, dépourvu de ligne directrice qui, parce qu’il ne s’ancre pas dans l’histoire sociale et médicale de ce pays, autorise tous les fantasmes d’acteurs qui, à tort ou à raison, ne sentent pas de la part de l’Etat la reconnaissance et le respect auxquels ils estiment avoir droit.

Référence
Les intertitres sont de la rédaction du JIM.

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Vos réactions (14)

  • Toujours un plaisir de lire cet économiste !

    Le 21 février 2015

    Un bemol toute fois. Si tiers payant = je ne fais plus d'actes gratuit (3 ou 4 par jour) sur 20 à 30 consult par jour (8h-20h) (famille vu avec 3 ordonnances apres 3 examens et une seule facturation par exemple... medecin de famille oblige...). Et ça, c'est nous tous sur le terrain !
    Donc la première année de l’instauration, + 20% pour la lettre C !
    L'acces aux soins c'est les dents, les yeux, et des consultation spécialisées quand necessaire à tres cout terme si initié par le medecin "traitant" puisque ce concept a été créé. Créé d'ailleurs à des fins de controle pour pouvoir pointer du doigt tel ou tel "contrevenant".
    Bof, pourquoi pas, mais alors regardons les bons cotés, les cotés utiles permettant évaluations et améliorations positives des pratiques et non pas les eventuelles differences "statistiques" politico-economiques.
    Sur le terrain, la perte de liberté de prescription déjà en place est multi- quotidiennement gênante pour un médecin generaliste de "ville" et de "campagne". Ex les aerosol de bêta mimetiques, le Crestor, la respiration assistée nocturne, ... et d'autres !

    Dr Patrick Cadot

  • Conforter notre position

    Le 21 février 2015

    Ce que je viens de lire nous apporte une réflexion plus globale du "projet de santé" en dehors de la position des syndicats. Elle nous permet de nous situer dans ce mouvement de mécontentement général de la profession, de conforter notre position et de persister dans notre mouvement de grogne et d'inquiétude!

    Dr Evelyne Peyroutou

  • Un modèle non dispendieux

    Le 21 février 2015

    Le modèle social libéral n'est pas couteux comme l'affirme l'économiste. Bien au contraire, nous
    sommes 3 : 2 médecins et une secrétaire polyvalente à gérer une patientèle de 3000 personnes du lundi au samedi. Combien de personnels dans une structure étatisée faudrait-il ?

    Dr Hervé Cusseau

  • "Mon Dieu,j’ai tellement confiance en vous que parfois, j’ai envie de vous appeler Docteur"

    Le 21 février 2015

    Tout cela c'est le mal français. La médecine libérale et l'hospitalocentrisme sont les deux grandes causes de l'inadaptation de notre système de santé et de notre incapacité à envisager comme nos voisins européens des réformes radicales.
    Nous sommes presque partout moins bons. Le coût financier, les inégalités d’accès aux soins, la qualité des soins.

    Les dépenses : notre pays dépense pour son système de santé 2,3 points de PIB de plus que la moyenne des pays de l’OCDE, écart qui s’est creusé depuis 1990 où il était de 1,5 point.

    La qualité des soins : dans une étude européenne de fin 2012 la France se classe en quatorzième position sur une cohorte de 28 pays européens en matière de mortalité post-chirurgicale, avec un taux de mortalité de 1,36% contre 0,44% en Finlande.

    L’accès aux soins : le taux de renoncement aux soins pour des raisons financières en France est en hausse nette avec deux secteurs nettement plus concernés: le dentaire et l’optique. Avec un taux de 18% plus élevé que dans tous les autres pays européens. On rabote sur les dépenses, en déremboursant, on se retourne vers les complémentaires : la France est le seul pays à disposer d’une couverture par des assurances privées aussi large (96%) sous forme de complémentaires. Avec la loi HTSP, on centralise, on bureaucratise, les vieux démons toujours et encore.
    La médecine libérale est fondée sur l'autonomie du médecin et ceci, en partie au nom de l’intangible colloque singulier. Ah le colloque singulier, que de mythologies autour du colloque singulier. Que d’humanisme bénissant, de psychologies de comptoir, de pâles rêveries matrimoniales ont joué sur le violon du colloque singulier ! En France, il y a encore une certaine perception sacerdotale du médecin qui fait de la relation médecin patient un espace sanctuarisé où nul n'a le droit de pénétrer...
    Il faut remonter plus loin encore que l'année 1971, année du pacte fondateur entre la médecine libérale et la sécurité sociale (comme il est justement dit dans l'article) pour saisir l'enracinement de la médecine libérale dans le paysage social français. C’est une vieille histoire qui mérite d’être racontée. Deux dates font référence ; le hasard ou le destin les ont programmées toutes deux un 30 novembre :

    -Trente novembre 1892, le parlement vote la loi Chevandier. Cette loi supprime les officiers de santé, contre lesquels les médecins étaient en guerre depuis longtemps. À partir de cette date on est médecin ou on ne l’est pas. Monopole.

    -Trente novembre 1927, les syndicats médicaux réunis en congrès, adoptent la Charte de la médecine libérale. Sept articles la composent, un mot la résume : autonomie. Monopole et autonomie. L’avenir de notre système de santé était scellé. La médecine libérale était née.

    Autre date : 9 décembre 1905 : loi de séparation des Églises et de l'État. On se souvient du petit père Combes. La religion catholique n’est plus la religion d’État. La place était libre, une autre religion pouvait naître, la médecine. Désormais la santé remplace le salut. La médecine n’est plus seulement un corpus des techniques de guérison, elle s’octroie le pouvoir de régenter les rapports physiques et moraux de l’individu et de la société. Vingt siècles de christianisme ont préparé cet individu à se soumettre. La vertu fondamentale d’obéissance de la pastorale chrétienne est maintenant offerte au médecin. L’humoriste Sempé croque en un seul dessein cette transmission de pouvoir. Une petite dame avec son sac serré contre sa poitrine, à genoux dans une grande église gothique, prie : « Mon Dieu, mon Dieu, j’ai tellement confiance en vous que parfois, j’ai envie de vous appeler Docteur ».
    Dimension sacrée de la médecine. Espace sanctuarisé de la relation médecin malade.
    A partir de cette représentation de la médecine libérale toute forme d'ingérence devient impossible, tiers payant, contrôle continu, rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP),impossible de concevoir, en France, des généralistes comme ces GP fundholder qui existent en Angleterre. Ces GP fundholder sont des gestionnaires de budget et achètent des soins pour leur patient : « comment donc, nous médecins français, nous ne sommes pas des commerçants! ».
    Voilà ,c'est cela le mal français, cette posture de tout notre corps médical qui a repris à son compte le vieux pouvoir pastoral...

    Dr Laurent Vercoustre (obstétricien, Groupe hospitalier le Havre ).
    (Tiré d'un article proposé au Monde) laurent.vercoustre1@orange.fr

  • Il n'y a pas que le TPG dans cette loi

    Le 22 février 2015

    Elle contient aussi les germes mortifères de l'abandon du secret médical aux assureurs, de l'asservissement de la profession aux financeurs qui auront la main sur les prescriptions.
    Nous en demandons le retrait total. Pas de renégociations. Retrait. Etats généraux de la Santé avec les professionnels en première ligne.

    Dr Lamarche-Arène

  • Un modèle à l'origine d'un dysfonctionnement chronique

    Le 22 février 2015

    Tout le mal du système vient du conventionnement qui a confondu les honoraires et les remboursements; qui a fait croire que la ressource collective devait couvrir tout le champ médical; qui a mis le ver dans le fruit en donnant à la SS (qui n'est qu'une assurance) un rôle dans le choix thérapeutique permis; qui a modifié la relation médecin-malade dans le sens d'un mercantilisme ouvrant les portes à un dysfonctionnement chronique, particulièrement chez les généralistes, avec ses anomalies comme des arrêts de maladies injustifiés, des certificats de complaisance, des excès de consommation de médicaments;...etc C'est le médecin qui devenait demandeur et non plus le patient qui les mettait en concurrence; le tout dans un système gratuit pour le patient; gratuité maintenant dû dans tous les esprits, des patients (ce qui peut se comprendre) mais aussi des médecins. Le plus bel exemple est la situation actuelle car je n'ai entendu aucun syndicat qui puisse envisager un déconventionnement et retrouver une véritable libéralité, pouvant alors servir de socle à la création d'un autre système social, moins démagogique, moins destructeur de toute l'économie française et plus responsable.
    Ce modèle dit "libéral social" est à l'origine d'un dysfonctionnement chronique, et ceci depuis son début même si tout le monde a fermé les yeux, en se disant "après moi le déluge" et en ne regardant qu'un intérêt immédiat, au frais de la princesse.
    La médecine coûte cher, très cher et son coût sera de plus en plus important. Personne ne pourra rien contre cela. Car cela est lié à l'évolution des connaissances et du progrès technique. La ressource collective ne pourra pas fournir le mieux et le plus pour tout un chacun. C'est un mensonge politique. La différence de prise en charge médicale, devra être le fruit d'une prise en charge financière individuelle. Actuellement, personne n'a le courage de le dire cela car cela coute trop cher en voix, lors des élections et les médecins ont peur de choquer ou de perdre des clients, avec de tel propos. Mais cette différence de traitement des individus, existe dans un autre compartiment de la vie de chacun, encore plus important et quotidien que la médecine : il s'agit de l'alimentation car il existe des différences nutritionnelles des aliments (avec des conséquences) selon leurs mode de production et donc leurs prix.
    Si la réflexion sur l'économie de la santé du XXI siècle, se fonde sur le besoin en priorité, cette réflexion sera dangereuse et illusoire; elle doit se fonder d'abord sur les moyens car ce sont les moyens qui permettent d'avoir des objectifs atteignables. Il n'y a pas que les ressources financières qui sont en jeu, il y a les ressources humaines et si le système continue dans la même direction dite "libérale sociale", je doute qu'il deviennent attractif et recrute beaucoup de candidats avec des ambitions professionnelles.
    De bonne idée, au départ, la SS s'est retourné contre l'économie qu'elle voulait favoriser et nous sommes tous responsables de cela.

    Dr Christian Trape

  • Ah, que la médecine est dure à réformer

    Le 24 février 2015

    En lisant les contributions très éclairées, je suis conforté dans mon opinion : la médecine est dure à réformer... et pourtant je me souviens d'affiches en noir & blanc de mai 68 !
    Bref, à force de considérer que les médecins sont tout-puissants et au centre de tout, on en arrive à un splendide isolement.
    Et le colloque singulier est de plus en plus singulier quand il ne dure que 5 minutes...
    Qui a tort, qui a raison ?
    Il faut refonder la santé (pas que la médecine), mais certainement pas en instituant unilatéralement le tiers payant.
    Croyez en un pharmacien fatigué du système, le jour où la sécu est votre payeur... elle devient le décideur (l'employeur).
    Cela peut se concevoir mais doit être négocié et non pas imposé unilatéralement par des technocrates aux visées hégémoniques.
    Bonne chance!

    Moi j'arrête bientôt le métier (passionnant si on essaie de le faire bien) à 58 ans pour faire autre chose ...

    Hervé Chapelle

  • Dernier rempart de la médecine libérale

    Le 01 mars 2015

    La paiement à l’acte est le dernier rempart de la médecine libérale. On le voit: le refus de la télétransmission est quasiment le seul moyen de faire pression sur les pouvoirs publics.
    Quoi qu’en pense M. Lepen, nous avons une très mauvaise expérience du tiers payant avec les patients CMU: ils ne viennent pas sans prévenir, ils viennent sans rendez-vous et veulent être pris tout de suite, la carte vitale n’est pas jour, ils l’ont perdue, ils n’ont pas encore reçu la nouvelle, c’est la femme ou le mari qui l’a, ils l’ont oubliée sur le buffet ou chez le pharmacien, etc… Le tiers payant altère aussi la démarche médicale: non seulement c’est «gratuit» mais en plus le médecin n’a qu’a se démerder tout seul, il est payé pour ça, ils n’ont pas apporté leurs examens ou la lettre du médecin traitant, ça les fatigue de répondre à l’interrogatoire, l’explication des prescriptions est fastidieuse… C’est toute la différence que l’on ressent bien entre une consultation libérale et une consultation hospitalière.
    Sur le plan logistique nous avons aussi beaucoup à craindre. Personnellement je ne pointe pas les CMU, elles passent en perte et profit, ce qui ne sera plus possible si le tiers payant est généralisé. Néanmoins je constate sur les relevés des paiements fractionnés: 20 euros par ci, 3 ou 5 euros par là. Si les paiements n’ont pu être unifiés sur l’échantillon restreint des CMU, pourquoi le seraient-ils lors du tiers payant généralisé? Aussi pourquoi le médecin traitant n’est-il pas dans la carte? Pourquoi toutes les mutuelles ne sont-elles pas dans la carte? Pourquoi c’est le bordel dès que la CMU complémentaire n’est pas gérée par la Sécu? Pourquoi les hôpitaux publics, les EHPAD ou les centres de rééducations qui nous envoient des patients en consultation privée s’obstinent à ne pas les prévenir qu’ils doivent se munir de leur carte vitale et d’un moyen de paiement et exigent qu’on leur adresse une facture? Pourquoi tout ça va fonctionner du jour au lendemain par la grâce du tiers payant généralisé? En fait ça ne va pas fonctionner du tout car les fonctionnaires sont des incapables informatiques. Rappelons nous les délais de mise au point de la carte vitale ou le fiasco du DMP.
    Enfin, chose que personne ne souligne, nous prêtons de l’argent à la Sécu sans intérêt pendant le délai de remboursement. Je vous laisse calculer la somme que représenterait les intérêts sur les encours. La carte bleu santé est une bonne solution: le médecin est payé et le compte du patient est débité à 5 jours lorsque le patient est remboursé. Madame Touraine n’en veut pas. On se demande bien pourquoi?

    Dr Pierre Moreau

  • Absence d'un dossier patient unique

    Le 01 mars 2015

    Concernant le contexte dans lequel évolue et évoluer la Santé, n'oublions pas le vieillissement de la population qui voit diminuer sa mortalité par l'amélioration des soins et des traitements notamment des pathologies chroniques (prévention primaire et secondaire).
    L'enjeu de Santé publique doit tenir compte de cela également.
    La médecine contribue à vivre mieux plus vieux mais cela a un coup pour la société.
    Par ailleurs, notre système de réseaux de Santé de terrain est loin de pouvoir répondre à certaines exigences de la Loi de Santé comme la territorialité à tous les niveaux, la coordination ville-clinique-hôpital avec l'absence du dossier patient unique, synthétique, accessible à tous les professionnels de santé suffisamment performant et sécurisé dans le respect de la confidentialité et de l'Ethique médicale

    Dr Eric Chiale

  • "C'est une révolte? non Sire, c'est une révolution"

    Le 01 mars 2015

    Très intéressé par la vision de Claude Le Pen...et par les réactions de certains médecins.
    Madame Touraine et ses "conseillers" auront eu au moins le mérite (involontaire) de provoquer l'accouchement (aux forceps...) d'un débat sur les fondements de la médecine, sans s'enliser malgré tous leurs efforts démagogiques (soutenus par une presse qui verse trop souvent dans la simplification facile) dans les seules questions de techniques de tarification...
    La médecine est "libérale" par essence; ce n'est pas un "système de santé", et le médecin n'est pas un "agent du système", sauf pour ceux qui se plaisent à le devenir et à le promouvoir pour fuir leur responsabilité personnelle vis à vis du souffrant et leur serment d'Hippocrate...
    En exerçant la Médecine, en offrant du soin, on ne remplit pas une fonction sociale décidée par des "décideurs" essentiellement économiques voulant tout réguler : le médecin se met au service du patient, dans une relation personnelle de confiance, où le soignant a une compétence acquise, un savoir-faire qui lui donne un pouvoir incontestable, pouvoir dont le régulateur "a priori " est le "savoir-être", l'éthique...et celle-ci est basée sur le respect de la personne humaine qui vient en demandeur fragilisé et en perte d'autonomie, même parfois décisionnelle, ce qui ne doit rien enlever à sa dignité, mais qui augmente la responsabilité du médecin...
    Et pour cela, le médecin est "honoré" par son patient, et non pas payé par une société qui, jusqu'à récemment, ne faisait que contrôler a posteriori que l'un et l'autre ne trahissaient pas leur contrat de confiance, et sanctionner (surement insuffisamment) les manquements éventuels.
    Et cette conception du dialogue singulier n'a rien de passéiste, ni de ridicule, ni de sacré au sens strictement religieux du terme. La médecine touche à la préservation de la Vie même et à celle de la dignité de l'être humain vivant, et celles-ci, du moins dans l'héritage historique et culturel spirituel de notre civilisation, sont encore incluses dans le serment d'Hippocrate et le Code de déontologie... et dans la Déclaration des Droits de l'Homme, nouvel évangile "laïque" dont les thuriféraires occultent les sources spirituelles !
    Doit-on considérer qu'il faut renoncer à ces chartes individuelles très contraignantes et soi-disant dépassées pour ne plus avoir comme guides d'exercice que le Code du travail, les procédures de l'HAS, et les statistiques de santé publique?
    La notion de responsabilité personnelle inhérente au pouvoir de soulager les souffrances est absente des débats, dans notre société qui a complètement dévoyé le message des Lumières, et développé un nouvel obscurantisme "scientifique" aux mains de cyniques mercantiles ; une société du désir désespérément inassouvi, mais en permanence stimulé, qui refuse de voir que la vie est une maladie constamment mortelle et à risques permanents...
    La "médecine de papa", personnelle et responsable, affirme le libre choix réciproque du médecin et du patient comme un principe, toujours d'ailleurs inscrit dans le code de la santé publique comme un droit inaliénable de chaque citoyen.
    Tous ces promoteurs d'un système de santé public et universel, de "justice sociale", pseudo-gratuit et bien entendu "efficient", excluant le côté "libéral social" dépassé, sont-ils prêts, quand ils sont concernés par la souffrance et le risque mortel, ou leurs proches, et s'ils peuvent faire autrement, à se faire imposer n'importe quel praticien de la "carte sanitaire" et à se faire opérer, ou à faire opérer un de leurs proches, par n'importe quel chirurgien de n'importe quel établissement public ou privé, sans le connaître ne serait-ce qu'un peu (ne serait-ce que par réputation), et sans avoir pu lui avoir donné sa confiance (et non son consentement "administratif" seul) ?
    Tous ces technocrates sûrs de leur savoir livresque, qui n'ont jamais répondu de leur actions, voire de leurs soins devant un patient quand ils ont fait une erreur, même non fautive , sont des donneurs de leçons irresponsables et hypocrites...
    Et Marisol Touraine a été mettre un fer rouge jusqu'aux racines même de la relation de soin, bien au delà du tiers payant...et elle a réveillé le (bon) Génie de la Médecine au service de l'homme...
    "C'est une révolte? non Sire, c'est une révolution" disait le 14 juillet 1789 le duc de Liancourt à Louis XVI ...
    Ne laissons pas galvauder ce sursaut éthique au moins autant qu'économique des médecins français, pour en faire une simple revendication corporatiste de vieux nostalgiques qui ne voudraient que conserver un pouvoir sans contrôle.
    Dans la querelle permanente des "Anciens" et des "Modernes" depuis le XVIII° siècle, les plus éloignés de l'obscurantisme dogmatique et totalitaire n'ont pas été, pour la plupart, les "Anciens"...

    Dr Pierre Devallet, chirurgien


  • Ce qui est gratuit est peu ou pas respecté

    Le 01 mars 2015

    Le concept du tiers payant supprime les "honoraires". J'aime ce terme : le patient honore le travail et les connaissances de son médecin en lui payant ses honoraires!
    Ce qui est gratuit est peu ou pas respecté. Mon père faisait de la formation pour adultes : certains s'inscrivaient indépendamment, pour d'autres c'était leur entreprise qui payait. Les premiers s'investissaient beaucoup plus, avec un travail suivi en dehors des cours, un taux d’absentéisme quasi nul et un bénéfice très nettement plus grand...
    Ce qui est gratuit est peu ou pas respecté. On entendra de plus en plus "j'y ai droit"... Comme pour les transports sanitaires en période péri-opératoire : quand j'indique au patient demandeur que oui il y a droit, mais que en ce moment avec les difficultés de la Sécurité Sociale, certains n'ont pas été remboursés ... 9 patients sur 10 me disent qu'ils vont trouver une solution avec un membre de la famille ou un voisin ... (combien ai-je fais faire d'économie à la SS depuis tant d'années ?).
    Et enfin, il est évident que je préfère être honoré immédiatement par un patient à la fin de ma consultation, que de dépendre d'un organisme qui forcément un jour ou l'autre menacera de retarder (un peu, beaucoup ...) le versement si je n'accepte pas telle ou telle de ses propositions ... Nous serons dépendants de ces organismes "payeurs" ...

    Dr Philippe Weyne

  • N'acceptez jamais le 1/3 payant généralisé

    Le 02 mars 2015

    Vous avez pour la plupart compris que le 1/3 payant généralisé serait un piège.En effet, l'assurance maladie est toujours en déficit et à la moindre" paille" dans le système...(cf.la grève en décembre 2014 de la carte vitale) l'assurance maladie prend ce prétexte pour n'envisager le remboursement des feuilles de soins de fin décembre 2014 qu'au delà de 16 semaines....!(cet exemple vécu par moi, comme assuré dans la Drôme, suite à un accident personnel nécessitant des frais coûteux...!).Je suis médecin-retraité après 44 ans de M.G.dans le Val d'Oise et je me souviens des heures passées à essayer de récupérer quelques francs ou euros à la suite d'erreurs de comptabilité de l'assurance maladie.N'acceptez jamais le 1/3 payant généralisé car vous passerez des heures, sinon des journées, à essayer de récupérez votre dû, en y laissant aussi votre santé !

    Dr Christian Gosse

  • Favorables au TP: salariés ou en retraite

    Le 07 mars 2015

    C'est quand même assez frappant que les médecins confrères qui sont pour le Tiers Payant sont soit des médecins salariés soit en retraite.
    Ils n'auront pas à gérer le problème. Facile de porter des jugements...

    Dr Joseph Allouche

  • Une vision des choses égocentrée...

    Le 09 mars 2015

    ...comme d'habitude avec Mr Le Pen!

    Dr YB

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