La « guerre » est déclarée entre l’association Jean-Louis Megnien et les directions hospitalières

Paris, le jeudi 22 décembre 2016 – Certains y verront le signe de la pertinence de l’action et de la justesse de l’analyse de l’association Jean-Louis Megnien. D’autres y verront une querelle sur la légitimité de certaines méthodes. Quoi qu’il révèle, le conflit entre l’association des amis de Jean-Louis Megnien et les directions hospitalières ne peut plus être ignoré.

Rappeler aux directions hospitalières leur rôle et responsabilité

L’objectif de l’organisation de l’association Jean-Louis Megnien n’est pourtant pas uniquement dirigé contre les directions hospitalières. Il concerne la lutte contre le harcèlement dans les établissements hospitaliers et la fin de l’omerta qui souvent pèse sur des situations conflictuelles aux conséquences parfois lourdes pour la vie professionnelle et personnelle des sujets concernés. L’association n’ignore pas et admet fréquemment que les directions hospitalières ne sont que rarement à l’origine directe des problèmes de harcèlement. Néanmoins, l’organisation juge que les directions ont un rôle important à jouer, pour sortir des crises et sauvegarder la dignité des victimes. Pourtant, dans certains cas, les interventions ne font qu’aggraver les difficultés. C’est contre de telles errances que l’organisation entend agir : en rappelant aux directeurs hospitaliers leur responsabilité (responsabilité qui  expose en cas de manquements à des sanctions).

Critique de la méthode (et un peu au-delà)

Ce discours ou tout au moins la façon dont l’association l’illustre (par la publication par exemple d’une "carte" du harcèlement hospitalier) dérange. Et les représentants des directeurs hospitaliers semblent déterminés à manifester leur hostilité. L’ancien secrétaire général du syndicat CFDT des directeurs hospitaliers, Michel Rosenblatt a été le premier à dégainer en dénonçant des « chasses aux directeurs d’hôpitaux ». Après une première réponse de l’association des amis de Jean-Louis Megnien, il persiste dans une lettre publiée par le Quotidien du médecin à épingler des méthodes qu’il réprouve (en ciblant plus ouvertement l’organisation, mais pas directement). « Il est dangereux dans un Etat de droit, que certains s’arrogent la faculté de trancher entre le vrai et le faux, dans des situations dramatiques et complexes, et qu’ils s’autorisent à désigner des coupables. Je maintiens (…) que ce rôle revient à la justice de notre pays et non à des personnes qui s’attribuent le droit d’être des procureurs ou des juges » écrit-il tout en affirmant partager la préoccupation de beaucoup concernant la lutte nécessaire contre le harcèlement. Néanmoins, suggérant que sa critique de la forme pourrait en partie concerner le fond, il appelle à ne « pas tomber dans une généralisation, qualifiant tout conflit interne de harcèlement ».

La FHF et les conférences hospitalières montent également au créneau

Parallèlement à cette joute épistolaire entre Michel Rosenblatt et l’association, la Fédération hospitalière de France (FHF) et les conférences hospitalières ont également exprimé leur « consternation » face à des attaques contre les directeurs d’hôpitaux « qui ne visent en réalité qu’à décrédibiliser et affaiblir le management des hôpitaux publics » jugent-elles. Les signataires du communiqué contestent encore qu’il existe une quelconque « impunité face au harcèlement à l’hôpital », alors que l’association Jean-Louis Mégnien déplore régulièrement que les sanctions ne soient pas appliquées, y compris quand elles sont prononcées par la justice.

Une association tenace

Dans ce contexte d’opposition franche entre l’association et les représentants des directeurs hospitaliers, le cas d’Anne Costa, directrice de l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) au sein duquel le professeur Jean-Louis Megnien s’est donné la mort il y a un an est un paradigme. L’association des amis de Jean-Louis Megnien affirme que l’intervention d’Anne Costa a renforcé la situation de harcèlement dont le praticien était, selon eux, victime. Une accusation que rejettent les représentants des directeurs hospitaliers. Michel Rosenblatt évoque ainsi des « polémiques qui lui ont très injustement porté tort », tandis que Martin Hirsch, patron de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), a demandé hier à Marisol Touraine de soutenir publiquement Anne Costa. Cependant, l’association des amis de Jean-Louis Megnien continue à avancer ses arguments. Concernant Anne Costa, elle observe que « son maintien à la tête des Hôpitaux universitaires de Paris Ouest constitue une anomalie qui aurait du être corrigée depuis longtemps ». Au-delà, à propos de son traitement des situations de harcèlement qui lui ont été signalées, et plus spécifiquement du cas de Jean-Louis Megnien, l’organisation défend son travail d’analyse. Elle note ainsi que concernant le praticien « onze pages d’éléments objectifs qui montrent que les critères du harcèlement tel qu’il est défini aux plans psycho-comportemental et juridique ont été remplis » ont été publiées par ses soins. L’association juge encore que son travail d’investigation n’est nullement une négation de la « présomption d’innocence » et assure qu’elle a confiance en la justice. « Cela n’empêche pas de porter à la connaissance du public les faits et les documents nombreux dont elle dispose et qui éclairent ce drame, que monsieur Rosenblatt et d’autres aimeraient étouffer » écrit encore l’organisation.
Alors que le conflit paraît s’envenimer et que seule la trêve des fêtes de fin d’année pourrait l’atténuer, l’arbitrage de Marisol Touraine est de plus en plus pressement attendu.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.