La migraine autrement !

On sait que la prise en charge globale de la migraine comporte des lacunes et que le migraineux se trouve souvent seul face à ses crises, ce qui le pousse parfois à des initiatives mal justifiées, comme des restrictions drastiques de régime ou le recours à des traitements inédits, tout en négligeant les mesures préventives homologuées ; le tout n’étant pas mentionné en consultation, car jugé secondaire.

Si l’on considère les recommandations consensuelles d’experts à propos des indications d’une prophylaxie, on voit qu’elle peut être proposée à partir de 2 crises longues et invalidantes par mois, d’après le US Headache Consortium. D’autre part, selon les conclusions de la nouvelle American Migraine Prevalence and preventive Study (AMPP), cette solution s’offre en cas de 6 jours de crise par mois, au moins, même si les accès ne sont pas très durs à supporter. Elle s’adapte aussi à des séquences de 4 jours par mois, au moins, même en cas de gêne modérée ou de séquences de 2 jours si l’alitement est nécessaire ou si l’activité est gravement compromise ; une adaptation individuelle de ces repères étant aussi à envisager, éventuellement.

Comme il est bon de le rappeler au patient, le système nerveux du migraineux est particulièrement sensible et réactif, ce qui implique de devoir le ménager. Il est ainsi possible par exemple de modifier son mode de vie dans le sens d’une certaine régularité : 6 à 8 heures de sommeil par jour, avec un coucher à peu près fixe (ce qui n’est pas facile à observer dans la vie courante !).

La pratique d’exercice physique modéré (avec adaptation personnalisée) est une autre priorité, dans le but d’améliorer le bien être global. Dans le même esprit, différentes techniques de relaxation, de biofeedback sont à entrevoir. Quelques études ont d’ailleurs prouvé une certaine efficacité dans cette indication.

Sur le plan du régime, c’est plutôt les patients qui prennent des initiatives en s’infligeant des restrictions, parfois drastiques, avec suppression d’alcool, de chocolat, de soja… En fait, différents travaux ont montré qu’il subsistait pas mal d’inconnues sur leur nocivité : l’alcool, l’aspartame, les nitrates, le glutamate de sodium, sont à classer parmi les substances dites de grade B dans l’échelle des facteurs déclenchants des migraines, c’est- à dire qu’ils ont révélé une influence négative significative dans une seule étude randomisée, ou dans plusieurs essais non randomisés, ou encore de façon variable à travers de multiples travaux. Dans le cas de certains vins, on peut penser qu’il existe des sensibilités individuelles qui ne dépendent ni du taux d’alcool, ni des concentrations d’histamine ou de tyramine. De plus, la crainte préalable de ressentir un effet délétère majore, bien sûr, les réactions résultantes.

Dans les situatios « stagnantes », où les crises continuent à miner la vie des patients et  quand la relation médecin-malade est en jeu, on peut être amené à avoir recours à une pharmacopée non traditionnelle, voire à des compléments alimentaires. Il reste à connaître ce qui a été prouvé sur leurs propriétés (tout en gardant à l’esprit la puissance de l’effet placebo dans cette pathologie). Parfois, c’est la tolérance des médicaments qui représente un frein au suivi des traitements, d’où un engouement pour les thérapeutiques alternatives ou les compléments alimentaires.

Parmi les substances n’appartenant pas à l’arsenal classique, on peut citer, par ordre d’intérêt décroissant, le petasites (ou chapeau du diable), tiré d’une plante herbacée, non disponible en France, le magnésium, la grande camomille, la riboflavine, le coenzyme Q10 et l’acide alpha- lipoïque.
Le petasites hybridus possède des propriétés antispamodiques, antiinflammatoires et antagonistes du calcium. Il a fait l’objet de 2 études randomisées contrôlées, contre placebo, l’une sur 60 sujets, l’autre sur 245 dans lesquelles la diminution de 50 % de la fréquence des crises atteignait le seuil de significativité. Un autre avantage : sa bonne tolérance, à part des troubles digestifs mineurs.

Le magnésium semble aussi pouvoir rendre quelque service  dans certaines migraines, surtout en cours de grossesse. Cependant, les différences de formulation de ce produit rendent l’interprétation des études difficiles et la nécessité d’obtenir des essais standardisés. Quant aux autres substances, seules des données fragmentaires s’y rapportent et les compléments d’information sont d’autant plus nécessaires qu’ils n’ont pas tous l’avantage d’un prix bas, comme c’est le cas du magnésium.

De même que les recherches ont permis d’assouplir, en connaissance de cause, les contraintes alimentaires favorables aux migraineux, la poursuite des investigations codifiées élargissent le champ thérapeutique et lui permette de s’adapter à des formes cliniques discrètes et à des patients atypiques. Cependant, un grand nombre de données manquent encore dans ce domaine, comme les effets à long terme, par exemple. De nouvelles études sont d’autant plus nécessaires que les éléments actuellement connus sur les démarches alternatives ne se prêtent pas à une méta-analyse.

Dr Françoise Ponchie Gardelle

Référence
Taylor FR. : Lifestyle changes, dietary restrictions, and nutraceuticals in migraine prevention. Techniques in Regional Anesthesia and Pain Management 2009 ; 13 : 28-37.

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Vos réactions (2)

  • Pensée unique ?

    Le 25 décembre 2009

    Un bien bel et long article pour ne rien dire...
    Et toujours le recours systématique à la seule chimie. Et si le vivant de répondait pas seulement à la chimie ?
    J'entends encore une interwiew récente du Pr L Montagner qui,lorsqu'on lui demande ce qu'il ferait si il devait recommencer sa vie,répond que, en plus de la médecine, il ferait de la physique, car la seule chimie ne répond pas à tout.
    La migraine répond aussi de manière plus étiologique aux normalisations osthéopathiques (ça y est le mot est laché!) du rachis cervical supérieur et des tissus intra-craniens, et ce avec avec de réels succès.
    Mais il semble que celà n'interesse pas grand monde.
    Pensée unique ?

    Laurent Henry

  • "Le migraineux se trouve souvent seul face à ses crises" ?

    Le 02 janvier 2010

    Et pourtant, les solutions radicales existent !
    Dans le même sens que la réaction précédente : une mauvaise posture de la mandibule et/ou sa dysfonction va de pair avec des fameuses "algies cervicales atypiques" médicales, associées ou non à un état migraineux ; tous deux étant le plus souvent à prédominance homolatérale.
    Ce dernier point est une caractéristique essentielle du diagnostic différentiel avec d'autres maladies migraineuses non posturales.
    Tout ceci fait partie de l'occlusodontie (1), branche de l'odontostomatologie.
    (1) Voir "Pathologie" sur http://occlusion.be/

    Guy Cotton, DG
    Bruxelles

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