La nouvelle première année de médecine est arrivée

Paris, le mercredi 6 novembre 2019 – Le projet avait été porté sur les fonts baptismaux par Emmanuel Macron il y a un an et défloré il y a quelques semaines par les doyens, mais tout n’était pas encore fixé et clarifié. Hier, le gouvernement est sorti de l’ambigüité en publiant les décrets qui font entrer en vigueur les nouvelles voies d’accès aux études de médecine.  

Quoi pour remplacer le numerus clausus ?

Le numérus clausus supprimé, ce sont les universités qui, en lien avec les Agences Régionale de Santé, définiront le nombre d’étudiants qu’elles admettent dans les différentes filières (Médecine, Maïeutique, Ondotologie, Pharmacie, MMOP) : un nombre de places qui devra s’appuyer sur « la démographie des professions médicales (…) anticipée par une analyse nationale [et] à une échelle pluriannuelle des besoins de santé des territoires et des évolutions des métiers ».

Tout PASS, tout L.AS

En pratique, les étudiants auront trois options.

D’abord, pour remplacer directement l’actuelle PACES, sera proposée une première année avec une majorité d'enseignements en santé, correspondant à ce que les doyens avaient qualifié de « portail santé » et qui a été baptisée PASS (Parcours spécifique santé) par le ministère.

Les matières dispensées seront similaires à celles aujourd’hui programmées en PACES. Seule différence, mais de taille, pour favoriser les réorientations, les étudiants devront choisir une « mineure » dans une autre discipline afin de pouvoir poursuivre leurs études dans une autre licence en cas d’échec, un changement important d’autant que l’étudiant n’aura plus la possibilité de redoubler…mais pourra néanmoins retenter sa chance ! Ainsi, les textes prévoient que « tout candidat peut présenter deux fois sa candidature pour une admission dans les formations de médecine, de pharmacie, d'odontologie ou de maïeutique sous réserve d'avoir validé au moins 60 crédits ECTS supplémentaires lors de sa seconde candidature. La condition requise de validation des 60 crédits ECTS supplémentaires lors de la seconde candidature ne s'applique pas aux étudiants ayant déjà préalablement validé 180 crédits ECTS ».

Dans le détail, si l’étudiant inscrit en PASS valide sa première année (soit 60 crédits universitaires ECTS), il peut alors candidater à l’une des spécialités de la filière MMOP pour sa deuxième année. A l’issue de cette candidature (étudiée sur dossier par un jury et sanctionnée par des épreuves écrites et orales), soit il est accepté en MMOP, soit il poursuit en deuxième année de licence, et pourra à nouveau candidater à l’entrée de MMOP à l’issue de l’année étudiante suivante. Si l’étudiant ne valide pas sa première année de licence, il ne peut alors pas candidater à MMOP et ne peut plus redoubler. Il doit se ré-orienter via Parcoursup pour choisir une autre formation. 

Sur la forme, les doyens avaient précisé il y a un mois, qu’ils entendaient que cette première année se rapproche davantage des autres formations universitaires avec une diminution du nombre d’heures en amphithéâtre au profit de l’instauration de groupes de travaux dirigés, ce qui pourrait poser un certain nombre de problèmes organisationnels.

Deuxième option : intégrer une licence universitaire qui offre une « option accès santé » (dite L.AS) afin de pouvoir en L1, L2 ou bien en L3 présenter des épreuves d’admissibilité permettant d’intégrer la deuxième année en médecine, pharmacie, odontologie ou maïeutique.

A l’inverse du PASS, les L.AS seront proposées dans toutes les universités y compris celles qui n’abritent pas de facultés de médecine.

Si l’étudiant valide sa première année (soit 60 crédits universitaires ECTS), il peut alors candidater (selon les mêmes modalités que les étudiants issus de PASS) via une passerelle à la spécialité MMOP de son choix. Si le dossier n’est pas accepté en MMOP, il poursuit sa deuxième année de majeure et peut réessayer, l’année suivante, la candidature en MMOP. 

Si l’étudiant ne valide pas sa première année de licence, il peut redoubler son année ou se ré-orienter via Parcoursup. 

Troisième possibilité : sur un modèle proche des L.AS opter pour une formation de trois ans menant à un diplôme d’auxiliaire médical avant de tenter d’intégrer les cursus MMOP.

En outre, des mesures transitoires assureront aux étudiants admis en PACES à la rentrée 2019 la possibilité d’un redoublement et un contingent spécifique de places.

Pas juste du symbole

Les parcours "alternatifs" sont loin d’être symboliques, contrairement aux passerelles d’aujourd’hui. Ainsi, les textes prévoient que : « le nombre de places proposées pour chaque formation de médecine, de pharmacie, d'odontologie et de maïeutique, pour un parcours ou un groupe de parcours ne peut excéder 50 % du nombre total de places proposées ». Autrement dit même la PASS, qui remplace directement la PACES ne pourra ouvrir à plus de la moitié des places offertes en deuxième année.

Cette réforme, bien que complexe, permettra probablement d’atteindre les objectifs fixés par le chef de l’état, de faire perdre moins de temps aux étudiants recalés et de diversifier les profils. Cependant, on peut craindre de probables dysfonctionnements ainsi que certaines contestations, vis-à-vis notamment du rôle joué dans l’admission par l’étude du dossier et l’épreuve orale qui fait redouter à certains le grand retour de la cooptation et le renforcement des "féodalités" hospitalo-universitaires.  

Comme une image vaut (parfois) mieux qu’un long discours, le JIM reproduit ci-dessous, les trois fiches publiées par le ministre de l’enseignement supérieur.



F.H.

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Vos réactions (2)

  • Premier principe des Shadoks

    Le 10 novembre 2019

    "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?" autrement dit, et je remercie le rédacteur de cet article qui a rendu cette usine à gaz presque intelligible à un chirurgien orthopédiste, c'est dire son mérite :-).On peut s'inscrire soit en première année spécifique, soit en première année non spécifique, et à la fin de ladite première année passer une sorte de concours pas tout à fait anonyme et soit accéder à la formation choisie, soit tenter sa chance une deuxième fois: de même, plus de numerus clausus national, mais une kyrielle de numeri clausi régionaux: et à part ça, les diplômes restent valables au plan national, si j'ai bien compris?

    De mon temps, on était huit cent dans l'amphithéâtre de première année, et le premier jour, le doyen disait quelque chose du genre "mesdemoiselles, messieurs, l'année prochaine, votre voisin de droite et vos deux voisins de gauche auront disparu...à vous de jouer, je n'ai qu'un mot à vous dire, soyez meilleur que les autres, la sélection, ni vous ni moi n'y pouvons rien".

    Nostalgie, quand tu nous tiens…

    Dr Jean-Marc Ferrarini

  • Celà ouvre les portes à tous les passe droit

    Le 10 novembre 2019

    67 ans, pas retraité faute de remplaçant...j'ai connu la premère année du numerus clausus...il n'y avait pas de "magouille" mais avec cette usine à gaz où il y aura un oral...celà ouvre les portes à tous les passe droit, surtout si l'internat classant est supprimé…

    Dr Pascal Carli

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