La prévention du syndrome de mort subite du nourrisson concerne aussi les psychiatres

L’étiologie du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN, en anglais Sudden infant death syndrome, SIDS) [1] demeure énigmatique, et sans doute poly-factorielle. Même si des éléments méconnus de nature génétique ne peuvent être exclus, les facteurs essentiels semblent d’ordre environnemental ou socio-éducatif. Et comme le confirme une étude portant sur la population suédoise (pour la période de 1978 à 2004), l’existence d’une affection psychiatrique chez l’un des parents (ou a fortiori chez les deux) constitue aussi un contexte de prédisposition significatif pour la survenue du SMSN. Probablement car face aux deux principaux facteurs de risque sur lesquels on peut agir (subir un tabagisme environnant ou dormir couché sur le ventre), des parents avec une maladie mentale ou /et dans une situation socio-économique précaire se montreraient moins réceptifs aux campagnes de prévention contre le tabagisme et de sensibilisation sur la position à préconiser durant le sommeil de l’enfant (couché sur le dos) [2].

Au Royaume-Uni, rappellent les auteurs, ce SMSN se trouve désormais « concentré parmi les groupes sociaux défavorisés, plus des 3/4 des cas survenant chez les 20 % des familles les plus pauvres ». Ce constat n’est pas étonnant dans la mesure où les facteurs de risque connus (tabagisme maternel durant la grossesse, tabagisme passif du nourrisson, inobservance du « dodo sur le dos ») sont moins faciles à expliquer à des parents avec des problèmes de compréhension (déficience intellectuelle, mauvaise maîtrise de la langue) ou en détresse psycho-sociale (précarité, chômage, addiction maternelle à une drogue ou à l’alcool). Et si le risque de SMSN est majoré dans toutes ces situations de carences de soins, il s’avère même « deux fois plus important quand l’un des parents a des antécédents psychiatriques », et « sept fois plus élevé, quand ces antécédents concernent les deux parents » ! Concrètement, une vigilance accrue des médecins et des services sociaux (PMI, pédiatres…) s’impose ainsi en cas de grossesse chez une femme suivie en psychiatrie, pour l’inciter à minimiser son tabagisme et s’assurer qu’elle a bien compris ces règles simples de puériculture : coucher le bébé sur le dos, sans trop l’emmitoufler ni l’exposer à la fumée, et sans chauffage excessif de la chambre.

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_subite_du_nourrisson
[2] http://www.phac-aspc.gc.ca/dca-dea/publications/pdf/sids_poster_f.pdf

Dr Alain Cohen

Référence
Webb RT et coll. : Influence of environmental factors in higher risk of sudden infant death syndrome linked with parental mental illness. Arch Gen Psychiatry 2010 ; 67 : 69-77.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.