La psychiatrie européenne, en quête d’une meilleure image

Dans un article signé collectivement par quatorze auteurs de neuf pays d’Europe différents (Allemagne, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Espagne, Hongrie, Italie, Pologne, Royaume-Uni et Suisse), la revue European Psychiatry présente les recommandations de son instance tutélaire (l’Association Européenne de Psychiatrie, European Psychiatry Association, EPA)[1] pour « améliorer l’image de la psychiatrie et du psychiatre. » Redorer l’image de la profession et tempérer la mauvaise perception populaire des troubles psychiatriques est en effet une démarche nécessaire pour réduire, parallèlement, la stigmatisation frappant les malades mentaux eux-mêmes, un facteur toujours péjoratif pour l’évolution de leurs propres problématiques. C’est en définitive l’objectif essentiel, car comment espérer que le public se rapproche volontiers des psychiatres, en cas de nécessité, si la confiance dans ces médecins décriés fait cruellement défaut ? Les auteurs rappellent l’importance d’« identifier les principaux sujets de stigmatisation en psychiatrie » (touchant même les psychiatres fictifs dans la littérature ou le cinéma, un discrédit nuisible subséquemment pour les praticiens réels et pour leurs patients !) et de combler le déficit d’« image publique de la psychiatrie. » Les psychiatres doivent contribuer largement à modifier cette image médiocre, et impliquer dans ce changement indispensable toutes les parties prenantes : les patients et leurs proches, les médias, les professionnels de santé (sans oublier les étudiants en médecine qui incarnent l’avenir de la spécialité) et les décideurs politiques. Étant les principaux concernés en la matière, les psychiatres doivent prendre un rôle moteur dans ce combat contre la stigmatisation ordinaire de leur profession, et se montrer résolument les meilleurs « avocats des malades mentaux et de leurs familles » en s’engageant notamment auprès des organisations représentatives (à la fois celles concernant les patients et les instances médicales et sociales). C’est à ce prix qu’on pourra revaloriser l’image chancelante de la psychiatrie et faire reconnaître ses réalisations, sans laisser ses inévitables échecs submerger ses réels succès.    

[1] http://www.europsy.net/

Dr Alain Cohen

Référence
Bhugr D et coll.: EPA guidance on how to improve the image of psychiatry and of the psychiatrist. European Psychiatry 2015 ; 30 : 423–430.

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Vos réactions (1)

  • Guy Debord, encore et toujours..

    Le 16 juillet 2015

    Je ne suis pas psychiatre, mais néanmoins surpris de lire de telles "recommandations", comme si les praticiens, médecins spécialistes, devaient subordonner leur pratique, voire leur droit à exister, à la fabrication d'une image destinée à rectifier "l'image publique" de la spécialité , à la "dé-stigmatiser" etc...
    Leur faudra t-il aussi accorder des faveurs aux représentants des medias?
    Le psychiatre comme clown triste et quémandant, petit avocat plaidant sa propre cause, quètant les suffrages de la foule des "proches de patients" , se pliant aux rituels grotesques et pathétiques de la société du spectacle?
    Dr YD

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