La question du curage ganglionnaire en cas de microcarcinome papillaire de la thyroïde

L’incidence des cancers thyroïdiens est en augmentation dans de nombreux pays. L’amélioration des méthodes de diagnostic a conduit notamment à un accroissement significatif du nombre de diagnostics de microcarcinomes papillaires, tumeurs mesurant moins de 10 mm de diamètre. Plusieurs études ont suggéré que ces microcarcinomes papillaires ont un faible taux de récidive et de métastases, et un pronostic à 10 ans plutôt favorable.

Pour ces patients atteints de microcarcinome papillaire, il est recommandé de procéder à un curage ganglionnaire cervical si des métastases cervicales sont confirmées. Au Japon, la réalisation d’un curage ganglionnaire systématique, y compris chez les patients cN0 reste controversée.

Pour évaluer la nécessité d’un curage ganglionnaire systématique, il est utile de rechercher l’existence éventuelle de marqueurs du risque d’envahissement ganglionnaire. C’est ce qu’a réalisé une équipe japonaise. Il s’agit d’une étude rétrospective des données de 268 patients atteints d’un microcarcinome papillaire de la thyroïde. Les patients ont tous bénéficié d’une lobectomie conventionnelle confirmant la présence d’un seul nodule de diamètre inférieur à 10 mm. Un curage lymphatique cervical central était réalisé systématiquement chez tous les patients.

Envahissement lymphatique dans 30 % des cas

Il s’avère qu’une métastase lymphatique cervicale est retrouvée chez 30 % d’entre eux : 70 patients ont une métastase seulement dans la chaîne centrale, et 4 patients seulement dans les chaines latérales. Cinq patients ont un envahissement à la fois des chaînes centrales et latérales.

L’analyse des données permet de repérer certains éléments prédictifs. Il s’agit du sexe (le risque est supérieur chez les hommes), de l’âge (risque supérieur chez les plus jeunes) et de la taille de la tumeur à l’échographie (risque supérieur pour les tumeur supérieures à 5 mm). La localisation de la tumeur, l’envahissement de la capsule ou l’existence d’une thyroïdite de Hashimoto ne semblent pas influer sur le risque d’envahissement ganglionnaire, mais les auteurs soulignent que le nombre de patients inclus est peut-être trop faible pour que l’influence de ces facteurs puisse être décelée. Ils notent aussi que d’autres travaux seraient nécessaire pour valider les marqueurs moléculaires, comme la recherche de la mutation BRAF.

Enfin, ils estiment, au vu de ces résultats, que, par précaution, l’ablation d’un microcarcinome par radiofréquence doit être réservée à certains patients : les plus âgés, les femmes ou ceux dont le diamètre tumoral ne dépasse pas 5 mm.

Dr Roseline Péluchon

Références
Gu JH Et coll. : Analysis of risk factors for cervical lymphnode metastasis of papillary thyroid microcarcinoma: a study of 268 patients. BMC Endocrine Disorders, 2019 ; 19:124. doi.org/10.1186/s12902-019-0450-8.

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