La Roumanie s’engage à fermer ses « établissements spécialisés » pour personnes handicapées

Paris, le lundi 13 janvier 2020 – Le tableau est idyllique. En 2018, sur le portail européen dédié à l’école inclusive, à l’occasion d’une réunion transnationale sur le sujet, l’Office centrale de la coopération à l’école (OCCE) proposait un point sur la « scolarisation des élèves en situation de handicap en Roumanie ». La présentation se révélait très positive. On découvrait notamment qu’au sein des établissements spécialisés roumains « tout y est gratuit pour les familles ». L’article remarquait par ailleurs que « les établissements spécialisés ont une plus grande ouverture vers l’extérieur que les établissements médico-sociaux français et la porosité entre les deux systèmes favorisent les parcours au bénéfice de l’inclusion sociale des élèves. Ces va-et-vient sont rendus possibles car les écoles de "masse" et les écoles spécialisées dépendant administrativement du même ministère : celui du ministère de l’Éducation nationale. Et c’est bien là, la différence avec notre système français ».

Conditions indignes

Cet éloge, s’il témoigne d’une véritable volonté politique en faveur de l’inclusion des enfants handicapés en Roumanie, ne saurait faire oublier une autre réalité, bien moins positive. Depuis la chute de la dictature des Ceausescu, la Roumanie est régulièrement secouée par la mise en évidence des conditions désastreuses d’accueil des enfants, adolescents et adultes handicapés dans des établissements géants accueillant plus de 50 personnes où le soin et l’éducation sont remplacés par un gardiennage rudimentaire voire violent. Ainsi, encore, en août dernier, les journaux révélaient que cinq patients d’un établissement psychiatrique étaient morts faute d’avoir reçu une prise en charge adéquate, alors qu’ils présentaient initialement des blessures ou des pathologies curables. Quelques mois plus tard, les sordides conditions d’accueil d’un centre d’Urlati (Sud) étaient largement commentées. Interdictions de sortie, enfermements des journées entières dans des pièces sans fenêtre, brimades perpétuelles : tel était le quotidien des 175 personnes résidentes d’un établissement spécialisé.

Pire qu’il y a dix ou quinze ans

Face à des dérives qui ne sont pas exceptionnelles, le ministre roumain du Travail et des Affaires sociales a annoncé que les établissements spécialisés comptant plus de 50 personnes handicapées allaient être fermés d’ici 2022 pour laisser la place à des structures plus petites et on l’espère plus respectueuses de la dignité de leurs résidents. Violetta Alexandru s’est montrée très dure pour commenter la situation actuelle estimant qu’elle était plus accablante encore qu’il « y a dix ou quinze ans. L’État et ses institutions ignorent aujourd’hui les besoins de ces personnes, se préoccupant davantage des besoins du système ».

Difficile de savoir cependant dans quelle mesure cette promesse pourra être tenue alors que le manque de moyens est régulièrement dénoncé par les spécialistes du secteur.

Aurélie Haroche

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