La santé des migrants n’est pas si mauvaise... mais la France doit faire beaucoup mieux !

Paris, le mardi 17 octobre 2017 – Certains y voient malicieusement une pirouette acrobatique par rapport à ses décisions récentes : Emmanuel Macron se consacre aujourd’hui à la lutte contre la pauvreté, notamment celle qui touche les enfants, alors qu’est organisée ce 17 octobre la trentième journée mondiale du refus de la misère. Cette manifestation n’est pas uniquement destinée à rappeler les souffrances vécues par des millions de familles à travers la planète, mais également à mettre en évidence les difficultés auxquelles font face de nombreuses personnes vivant dans des pays riches.

Ainsi, la France compte aujourd’hui 9 millions de personnes vivant avec moins de 1 000 euros par mois selon l’INSEE. Pour faire face à cette pauvreté, le Président Emmanuel Macron devrait dévoiler ses priorités, notamment vis-à-vis des plus jeunes.

Une prévention inexistante quand on est pauvre

En dépit de dispositifs permettant un accès quasiment gratuit aux soins, la pauvreté représente un obstacle majeur pour bénéficier d’une prise en charge optimale. L’association Médecins du Monde (MDM) le rappelle tous les ans à l’occasion de cette journée du 17 octobre. Se référant aux résultats collectés dans ses centres installés dans plus de 30 villes en France, l’organisation relève que chez les utilisateurs de ces structures (qui sont majoritairement des migrants), moins d’une personne de plus de 15 ans sur deux est à jour de ses vaccinations contre le tétanos, la diphtérie, la polio et le BCG. Médecins du Monde relève encore que le suivi des femmes enceintes est très défaillant : seules 40 % des futures mères reçues dans les centres ont eu accès à des soins prénataux.

En bonne santé physique, mais des carences dans la prise en charge de la santé mentale

Si ces chiffres confirment comme le souligne la présidente de MDM que « quand on ne sait pas où l’on va dormir le soir ou ce que l’on va manger » il est difficile « d’entrer dans une démarche de prévention », il ne faut cependant pas en conclure que l’état de santé des migrants soit mauvais. Le diagnostic est plus contrasté relève le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dans un avis publié hier : « la santé physique corporelle des personnes (…) ne peut être qualifiée globalement de mauvaise. Cette appréciation de "bonne santé physique corporelle" ne peut dissimuler cependant des réalités difficiles, en particulier dans le domaine de la santé mentale et des violences faites, y compris en France, aux femmes et aux mineurs isolés », peut-on lire dans le communiqué de presse du CCNE.

Les outils existent, mais la volonté politique fait défaut

Il ne faudrait donc pas se satisfaire de cette « appréciation » ni du fait qu’il existe de nombreuses associations assurant la prise en charge de la santé des migrants. Le CCNE estime que « les instruments existent pour un accueil décent des migrants » et ajoute encore qu’il « n’existe aucune difficulté insurmontable ». Or, aujourd’hui, il existe un manque de volonté politique certain, comme en témoigne par exemple l’absence d’harmonisation des permanences d’accès aux soins de santé (PASS) « qui remplissent, de ce fait, très irrégulièrement leurs obligations légales » déplore le CCNE qui réprouve également le fait que la « mise en œuvre de l’aide médicale d’Etat, qui ne représente qu’une charge minime dans le budget de la santé, pose divers problèmes liés à des contraintes de procédure irréelles et inefficaces ». Aussi, le CCNE formule-t-il plusieurs recommandations. Certaines visent l’hôpital et le système de soins auxquels « il appartient (…) de savoir inspirer confiance et d’appréhender les personnes qui font passer la nécessité de se dissimuler avant celle de se soigner ». Le CCNE insiste encore sur le fait que « les professionnels de santé doivent avoir la volonté d’établir des priorités dans les actions destinées à assurer le bien-être des migrants ». Autant de préconisations qui s’adressent à l’ensemble de la communauté médicale, mais également aux pouvoirs publics.


L’avis du CCNE

Le rapport de MDM

Aurélie Haroche

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