La science de l’élection

Berkeley, le samedi 18 mars 2017 – Certains semblent faits pour ça. Pérorer pendant des heures, aligner des arguments, donner à l’autre la conviction qu’il est entendu. Séduire, convaincre et finalement susciter assez d’adhésion pour se faire élire. C’est une alchimie entre le talent et éventuellement des prédispositions génétiques. En tout cas, nous n’en sommes pas tous dotés. Cette force ne semble pas être celle de Michael Eisen. Tout au moins, ses maigres expériences des campagne électorale se sont soldées par des échecs. Ainsi, quand il y a une trentaine d’années, encore étudiant, il se présente à un conseil d’élèves à l’université, sa candidature est boudée. Quelques années plus tard, même fin de non recevoir quand il tente d’accéder au bureau de la Société américaine de génétique. Michael Eisen s’est rapidement fait une raison : il ne fait pas partie de la catégorie des élus.

Père fondateur de PLoS

Etre élu n’est de toute manière pas l’ambition première de Michael Eisen qui connaît bien d’autres occasions d’être reconnu. D’abord c’est un scientifique renommé au sein de l’Université de Californie à Berkeley où il est professeur assistant en biologie moléculaire et cellulaire. Il recense de très nombreuses publications sur Pub Med, principalement sur le sujet qui a occupé toutes ses recherches ces vingt dernières années : la régulation des gènes. Parallèlement à ces travaux, Michaël Eisen nourrit une réflexion active sur la question de la diffusion de l’information scientifique. Il est un des pionniers du mouvement visant à démocratiser l’accès aux données de la recherche et à s’émanciper du système fermé des revues à comité de lecture onéreuses et aux pratiques réputées opaques. Ainsi, a-t-il participé dans les années 2 000 aux côtés de Patrick O. Brown et d’Harold Elliot Varmus à la création de Public Library of Sciences (PLoS) dont les publications en accès libre sur internet sont désormais connues dans le monde entier et rivalisent avec les plus prestigieuses revues scientifiques.
Dans le même esprit,  Michaël Eisen a plus récemment ouvert un blog qui connaît un certain succès où il explore notamment les liens entre science et politique, à travers de nombreux sujets, qu’il s’agisse des discriminations sexistes subies par les femmes chercheuses, des a priori sur les athlètes noirs ou encore des considérations budgétaires.

La junk politique

Tant son engagement dans l’aventure de PLoS que ses écrits sur son blog "It’s not junk" (littéralement : "Ce n’est pas de la malbouffe") témoignent de sa conviction du rôle central de la science dans la société et la vie politique. Aussi, l’arrivée de Donald Trump au pouvoir ne pouvait que signifier pour lui une défaite. Un échec électoral de plus et cinglant. A l’instar d’une grande partie de la communauté scientifique. Michaël Eisen a éprouvé au lendemain de l’arrivée du nouveau président à la Maison blanche le sentiment d’une perte de sens. Comment accepter que des décisions politiques méconnaissent quasi systématiquement les faits objectifs, la réalité scientifique ?

Des chercheurs absents à Washington

Aussi, oubliant les échecs cuisants de ses jeunes années, Michael Eisen a décidé de reprendre le chemin des urnes, en se présentant au poste de Sénateur de Californie lors des élections de 2018.  Les scientifiques ne sont pas très nombreux au sein du Parlement américain : si on compte 217 avocats au Congrès, on ne recense que 15 médecins, huit ingénieurs et un chercheur. Cependant, certains membres de la communauté scientifique se sont illustrés par le passé : le physicien Bill Foster (démocrate) a connu une belle carrière au congrès, tandis que Rush Holt, également physicien a tenu son siège pendant seize ans. Cependant, ce dernier, qui avait sèchement perdu sa dernière primaire reconnaît que la route est difficile.

Liberté, égalité, réalité

En bon scientifique, Michaël Eisen est lucide. Il sait que ses chances sont minces, même si le probable retrait de l’actuelle sénatrice, âgée de 82 ans et qui achève son cinquième mandat laisse ouverts quelques espoirs. L’objectif premier de celui qui se présentera sous une étiquette "indépendant" et qui doit encore parfaire ses connaissances ne serait-ce que pour déterminer comment déposer sa candidature, est d’abord de placer la vérité scientifique au cœur du débat et d’encourager les chercheurs à prendre la parole. Son slogan répond à cette ambition : "Liberté, égalité, réalité", scande-t-il. « Nous avons une nouvelle administration, ainsi qu’une partie du Congrès qui ne rejette pas seulement la science au sens étroit du terme, mais qui rejette l’idée fondamentale qui soutient la science : l’idée que nous devons observer le monde et fonder nos décisions sur la réalité, pas sur ce que nous souhaitons qu’elle soit », développe-t-il dans les colonnes de Science.
Un programme subtil dont il espère qu’il sera entendu.

Aurélie Haroche

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