La sclérose en plaques est plus qu’une maladie de la substance blanche…

Les définitions historiques des maladies sont souvent inscrites dans le marbre des textbooks. Elles sont répétées par les étudiants, citées en préambule par les auteurs de revue générale et servent à contrer les impétueux qui oseraient avoir des idées originales. Ces simplifications pédagogiques ont des conséquences réductrices comme l’illustre parfaitement, par exemple, le cas de  la sclérose en plaques (SEP). Pendant longtemps, on a opposé les pathologies de la  substance grise et celles de la substance blanche, la SEP étant donnée comme l’archétype de la maladie de la substance blanche. Pourtant les descriptions histologiques initiales avaient déjà signalé en 1898 qu’il existait une atteinte neuronale au cours de cette affection. Mais il a fallu attendre la fin des années 90 pour que des  travaux établissent l’atteinte précoce des cellules neuronales au cours de la SEP. Le développement des techniques de marquage de la myéline a permis d’identifier une atteinte de la myéline dans la substance grise indépendante de l’atteinte de la substance blanche. Cette atteinte de la substance grise est loin d’être anecdotique car elle permet d’expliquer un certain nombre de symptômes comme l’épilepsie, les troubles cognitifs, le handicap moteur et la dépression. La corrélation entre ces lésions et la symptomatologie a pu être effectuée grâce aux progrès de l’IRM.

Dans une revue générale, Geurts et Barkhof ont détaillé les résultats de ces techniques et les différentes hypothèses physiopathologiques. Deux types d’acquisition des images (3D-DIR et SPGR) peuvent mettre en évidence des plaques dans le cortex mais les études anatomopathologiques ont montré qu’elles avaient une sensibilité insuffisante. Elles permettent notamment de visualiser des plaques plutôt jeunes (œdémateuses) mais non les plaques chroniques. De nombreuses techniques ont montré qu’il existait des anomalies dans la substance grise d’allure normale mais les corrélations avec l’atteinte de la substance blanche sont encore incertaines.

Dans cet article les auteurs font l’inventaire des hypothèses physiopathologiques concernant cette atteinte de la substance grise : dysfonctionnement mitochondrial, excitotoxicité, modification de la répartition des canaux sodiques, inflammation méningée. Une de théories les plus récentes considère qu’à l’instar des démences (vulnérabilité des structures cérébrales proportionnelle à leur utilisation), la perte neuronale surviendrait dans les zones cérébrales très actives. Ce principe nommé «  use-it-and-lose-it » n’a pour le moment pas été vérifié dans la SEP, mais on sait que la répartition des canaux sodiques est modifiée à la surface des fibres nerveuses. Ces cellules sont ainsi particulièrement vulnérables à des modifications des concentrations sodiques qui sont à la base de la conduction nerveuse.

Cet article est très intéressant car il jette les bases de tous les futurs essais thérapeutiques dans la SEP qui ne devront plus se contenter de lutter contre les perturbations immunitaires mais aussi contre les conséquences neurales de celles-ci.

Dr Christian Geny

Référence
Geurts JJ, Barkhof F. : Grey matter pathology in multiple sclerosis. Lancet Neurol 2008; 7: 841–51

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