La tibolone efficace sur l’ostéoporose post-ménopausique ? Oui, mais…

La tibolone est un stéroïde de la famille des dérivés de la 19-nor-testostérone.  Elle est approuvée dans 90 pays dans le traitement des symptômes liés à la ménopause. Dans 45 pays, elle  est utilisée dans la prévention de l’ostéoporose. Les métabolites de ce médicament ont des activités biologiques multiples, en fait celles des estrogènes, de la progestérone et des androgènes, ce qui constitue tout un programme. De ce fait, la tibolone aurait des effets thérapeutiques diversifiés : préservation de la densité minérale osseuse (DMO), réduction de la fréquence des bouffées de chaleur, mais aussi peut-être, augmentation de la libido et de lubrification vaginale. En outre, la tibolone n’aurait que peu d’effet sur les concentrations plasmatiques du LDL-cholestérol, mais elle diminuerait les taux du HDL-cholestérol et ceux des triglycérides.

L’étude LIFT (Long-Term Intervention on Fractures with Tibolone) a été menée pour tester plusieurs hypothèses concernant ce médicament, notamment sa capacité à prévenir le risque de tassements vertébraux, en premier lieu. En second, l’effet sur le risque de fracture au niveau d’un autre site du squelette, mais aussi sur le risque de cancer du sein, de thrombose veineuse profonde (TVP) et de maladie cardiovasculaire (MCV).

Cette étude randomisée a inclus 4 538 femmes, âgées de 60 à 85 ans. La DMO  plaidait en faveur d’une ostéoporose post-ménopausique ou sénile, le T-score étant diminué d’au moins 2,5 déviations-standards (DS), au niveau de la hanche ou du rachis, ou d’au moins 2 DS, s’il existait des tassements vertébraux mis en évidence par les clichés radiographiques. Dans le groupe traité, la tibolone a été administrée en une prise quotidienne unique de 1,25 mg, versus un placebo dans l’autre groupe. Une supplémentation vitamino-calcique a été instaurée dans les deux groupes.

Au terme d’un suivi d’une durée médiane de 34 mois, le risque de tassement vertébral radiologiquement décelable s’est avéré plus bas dans le groupe traité que dans le groupe placebo, soit 70 versus 126 cas pour 1000 patients-années, le risque relatif (RR) étant de 0,55 (p<0,001). Il en a été de même pour l’incidence des fractures touchant d’autres sites du squelette, soit 122 versus 166 cas pour 1000 patients-années, avec un RR de 0,74 (p=0,01).
Pour ce qui est du cancer du sein invasif, le risque  s’est également avéré plus bas dans le groupe tibolone, soit un RR de 0,32 (p=0,02). Il en a été de même pour le cancer du côlon, le RR étant de 0,31 (p=0,04).

En revanche, le risque d’accident vasculaire cérébral s’est avéré nettement plus élevé dans le groupe tibolone, avec un RR de 2,19 (p=0,02), ce qui a conduit à un arrêt prématuré de l’étude, à l’initiative du comité chargé de dénombrer les effets indésirables. Pour ce qui est de la maladie coronaire et des TVP, le risque s’est avéré être le même dans les 2 groupes.

Si la tibolone fait preuve d’une efficacité certaine dans la prévention des fractures ostéoporotiques, mais aussi du cancer du sein invasif et du cancer colique, il n’en reste pas moins qu’elle multiplie par plus de deux le risque d’AVC, tout ceci chez la femme âgée atteinte d’une ostéoporose confirmée. Sa prescription suppose une évaluation du rapport bénéfice/risque, au cas par cas… en informant la patiente des bénéfices attendus et des risques encourus.

Dr Peter Stratford

Référence
Cummings SR et coll. The effects of tibolone in older postmenopausal women. New Engl J Med 2008; 359: 697-708.

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