La vaccination contre la grippe recommandée aux femmes enceintes en France… comme partout ailleurs

Paris, le mardi 10 avril 2012 – L’épidémie de grippe A (H1N1), si elle ne fut pas heureusement la pandémie redoutée, a cependant rappelé la dangerosité potentielle de certains virus grippaux chez la femme enceinte. Ainsi, sur les 461 personnes infectées par le virus A (H1N1) et hospitalisées en réanimation entre le 1er juillet 2009 et le 30 novembre 2009, 25 étaient des femmes enceintes, soit 5,4 % alors qu’elles représentent environ 1 % de la population française. Deux d’entre elles, souffrant de pathologies associées, sont mortes. La France a cependant tout mis en œuvre pour éviter que les futures mères ne paient un trop lourd tribu à l’épidémie. Ainsi, fortes des résultats d’études conduites très rapidement outre-Atlantique ayant mis en évidence le risque accru pour les femmes enceintes de développer une forme grave de l’infection, les autorités françaises ont rapidement recommandé leur vaccination prioritaire. Pas plus les femmes enceintes, cependant, que le reste de la population ne répondirent massivement à cet appel.

Vaccination contre la grippe des femmes enceintes : la France longtemps réticente

Ce refus pourrait ne pas s’expliquer uniquement par le rejet général dont a été victime la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) en France. Il résulte également d’une tradition plus profondément ancrée qui veut que l’immunisation contre la grippe des femmes enceintes a longtemps été repoussée en France. Alors que la majorité des autres pays occidentaux ont depuis quelques années intégré ce réflexe dans leur suivi prénatal, l’hexagone a systématiquement refusé d’appliquer des recommandations semblables. En 2008 encore, un an avant l’épidémie de grippe A (H1N1), le Haut conseil de la santé publique n’estimait pas nécessaire de devoir préconiser la vaccination grippale saisonnière systématique aux femmes enceintes.

Des nourrissons protégés

La grippe A(H1N1) et la publication de nouvelles études ayant démontré non seulement l’innocuité de la vaccination tant pour la mère que pour le fœtus mais également l’incidence moindre de la grippe chez les nourrissons nés de mères vaccinées pendant leur grossesse jusqu’à l'âge de six mois ont changé la donne. Aujourd’hui, le nouveau calendrier vaccinal, publié ce 10 avril par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire recommande « comme dans la plupart des pays industrialisés » reconnaît Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations du Haut conseil de la Santé publique, la vaccination grippale « quel que soit le stade de la gestation ».

Vaccination des obèses : un choix pesant

Autre catégorie de population au sein de laquelle la grippe A(H1N1) a fait des ravages et au sujet de laquelle la pertinence d’une vaccination systématique s’est posée : les obèses. A leur égard, le Haut conseil de la santé publique se montre encore réticent à proposer une immunisation généralisée, soulignant que « les données d’efficacité de la vaccination chez les personnes obèses sont beaucoup moins robustes », aussi limite-t-elle sa recommandation de vaccination grippale systématique à celles présentant un IMC supérieur à 40.

Un vaccin grippal vivant atténué pour l'enfant

Les nouveautés de ce calendrier vaccinal qui, l’admet lui-même Daniel Floret dans son éditorial, sont peu nombreuses se concentrent en grande partie sur la grippe. Parmi les autres innovations, on relève en effet également la recommandation de l’utilisation chez l’enfant à partir de deux ans d’un vaccin vivant atténué qui s’administre par voie nasale. Ce dernier a en effet fait la preuve de son efficacité chez les plus jeunes et même de « sa supériorité par rapport au vaccin inactivé ». Ce spray nasal doit donc dorénavant être utilisé chez les enfants à risque, pour lesquels la vaccination grippale bien que dûment recommandée depuis de nombreuses années, atteint une très « médiocre » couverture. Ces enfants à risque sont décrits par le Haut Conseil de la santé publique parmi les personnes « difficiles à vacciner ». A noter que ce vaccin vivant atténué ne doit pas être utilisé chez les sujets immunodéprimés.

Rougeole: le calme avant une nouvelle tempête

Par ailleurs, pour cette catégorie des personnes immunodéprimées le haut conseil de la santé publique a introduit en 2012 « un tableau synoptique général des recommandations vaccinales ». A cet égard, on relèvera que les préconisations concernant l’immunisation contre le pneumocoque chez l’adulte sont en cours de révision.

Enfin, signe plutôt positif, on relèvera qu’à la différence des deux années précédentes, le message qui accompagne la publication du calendrier vaccinal ne se focalise pas essentiellement sur la rougeole. De fait, l’épidémie « semble actuellement marquer le pas » observe Daniel Floret, mais la difficulté de sensibiliser les adolescents et les jeunes adultes en bonne santé à la problématique de la vaccination laissent craindre de nouveaux pics.

Aurélie Haroche

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