La virémie favorise l’atteinte myocardique de la Covid-19

La prévalence de l’atteinte myocardique au cours de la Covid-19 serait proche de 20 %, tout au moins chez les patients hospitalisés. Le plus souvent, elle se traduit par une élévation significative des concentrations de troponine cardiaque ultrasensible (hs-cTnT).

Les mécanismes qui sous-tendent cette souffrance myocardique également accessible à l’IRM sont mal connus, alors que sa valeur pronostique en termes de morbi-mortalité est bien établie. Une atteinte virale directe a été évoquée au même titre que des lésions induites par le dysfonctionnement immunitaire. La détection d’ARN messager (mARN) viral dans le sérum est un signe biologique de mauvais aloi qui témoigne d’une infection diffuse et sévère, associée à une insuffisance respiratoire aiguë et à une surmortalité hospitalière.

Un petit effectif mais des chiffres parlants

La virémie est-elle par ailleurs corrélée à la prévalence ou à la sévérité de l’atteinte myocardique ? C’est à cette question que répond en partie une petite étude rétrospective du type cas-témoins dans laquelle ont été inclus 70 patients (âge moyen 58 ± 17 ans ; femmes : 39 %) tous hospitalisés pour cause de Covid-19 dans deux centres hospitalo-universitaires. A l’état basal, ont été pris en compte les données cliniques, les taux plasmatiques de hs-cTnT et la virémie. Le principal critère de jugement a été défini par la présence de hs-cTnT à des seuils détectables ≥ 6ng/ml ou encore des taux témoignant d’une souffrance myocardique (hs-cTnT ≥ 14ng/ml ; > 99epercentile des valeurs de référence).

Une charge virale sérique a été détectée chez 21 participants (30 %), plus âgés que le reste de la cohorte. Dans 100 % des cas, cette virémie a été associée à l’apparition de taux détectables de hs-cTnT en cours d’hospitalisation, versus 59 % en l’absence de virémie (p = 0,0003). Une souffrance myocardique a été identifiée chez 76 % des patients en cas de virémie, contre 38 % en l’absence de cette dernière (p=0,004).

Chez les patients hospitalisés pour Covid-19, la virémie est associée à une prévalence élevée de souffrance myocardique définie selon des critères strictement biologiques. Cette étude de type cas-témoins est la première à établir une telle association dont la signification mérite d’être précisée. Les limites méthodologiques sont évidentes, notamment la faiblesse de l’effectif et l’approche transversale.

D’autres études de préférence prospectives s’imposent pour préciser les mécanismes sous-jacents et l’intérêt pronostique du dosage du mARN viral sérique. La virémie est-elle plus discriminante que la concentration sérique de hs-cTnT ? La question mérite d’être posée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Siddiqui HK et coll. Increased prevalence of myocardial injury in patients with SARS-CoV-2 viremia. Am J Med. 2020 (9 novembre) : publication avancée en ligne. doi: 10.1016/j.amjmed.2020.09.046.

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