La xérostomie, probablement une des rançons de l’âge

Nombreux sont les sujets âgés ou a fortiori très âgés à se plaindre d’une sécheresse buccale permanente et gênante, soumise à des paroxysmes qui peuvent affecter sévèrement la qualité de vie. Cette xérostomie est mal comprise et les moyens thérapeutiques pour la neutraliser ou simplement l’atténuer restent dérisoires, face à un symptôme dont l’origine est multifactorielle et la pathogénie certainement complexe. Une étude scandinave sans prétendre résoudre la problématique évoquée donne une plus juste idée de son ampleur, en termes de prévalence et d’incidence annuelle, mais aussi d’aggravation éventuelle au fil des ans au sein d’une cohorte composée de sujets âgés de 50 à 80 ans. Les facteurs associés ont été également passés en revue, de même que l’influence de cette xérostomie sur les performances quotidiennes au moyen d’un index validé : l’OIDP (oral impacts on daily performances).

En 1992, un questionnaire a été envoyé à 8 888 personnes âgées de 50 ans résidant toutes dans deux comtés suédois. La même opération a été répétée en 2007 dans la même population, chez tous les sujets âgés de 75 ans, alors au nombre de 5 195, puis en 2012 aux participants âgés de 70 et 80 ans. Aux âges respectifs de 50-, 70- 75- et 80 ans, les taux de réponses ont été respectivement de 71,4 %, 72,2 %, 71,9 % et 66,4 %. Entre 50 et 70 ans, 40,3 % des participants ont répondu aux cinq questionnaires et dans le groupe 75-80 ans, le chiffre est de 49,5 %.

Prévalence plus élevée chez les femmes

Dans toutes les tranches d’âge, la prévalence de la xérostomie s’est avérée plus élevée Chez les femmes. C’est ainsi qu’à l’âge de 80 ans, « une fréquente sensation d’avoir la bouche sèche la nuit » était rapportée par 24,3 % des femmes, versus 16,2 % pour les hommes. La prévalence de la xérostomie a augmenté avec l’âge, tout en se révélant plus fréquente la nuit. Sa persistance confinant à la chronicité a été signalée par 61,4 % à 77,5 % des sujets, son aggravation dans 11,5 % à 33,0 % des cas et sa rémission plus rarement (5,7-11,3 %). L’incidence annuelle est comprise en moyenne entre 0,99 % et 3,28 %. La  prévalence de la xérostomie était plus élevée chez les patients qui rapportaient d’un impact négatif sur l’OIDP. Les facteurs les plus étroitement associés à la xérostomie étaient les suivants : (1) glossodynie et stomatodynie ou burning mouth syndrome (odds ratio, OR = 12,0) ; (2) sentiment de n’être pas en forme ou d’aller mal (OR = 5,0) ; (3) exposition à divers médicaments (OR = 3,9).

Il s’avère donc que la xérostomie est très fréquente chez le sujet âgé et cette étude permet de quantifier le phénomène, tout en soulignant la fréquence de sa chronicité et de son aggravation.  Les comorbidités doivent être prises en compte avant de procéder à des soins dentaires qui ne sauraient négliger la xérostomie et ses facteurs favorisants, une rançon de l’âge qui mériterait plus d’attention…

Dr Philippe Tellier

Référence
Johansson AK et coll. : Self-reported dry mouth in 50- to 80-year-old Swedes: Longitudinal and cross-sectional population studies. J Oral Rehabil. 2019 : publication avancée en ligne 23 août. doi: 10.1111/joor.12878.

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