L’acide norursodésoxycholique, prometteur dans la cholangite sclérosante primitive

La cholangite sclérosante primitive (CSP) est une affection inflammatoire de cause inconnue se traduisant par une fibrose progressive entourant les voies biliaires extra- et/ou intra-hépatiques. Cette fibrose obstrue progressivement les voies biliaires et détermine une cholestase chronique évoluant vers une cirrhose biliaire. Il n’y a pas actuellement de traitement curatif. Le traitement par l’acide ursodésoxycholique est généralement conseillé par les spécialistes (1). Il améliore modestement les tests hépatiques, mais n’a pas d’effet démontré sur la survie ou le recours à la transplantation, qui reste le seul traitement efficace.

Ce travail rapporte les résultats d’un vaste essai de phase II, randomisé en double aveugle de  l’acide 24-norursodésoxycholique (2),  un homologue de l’acide ursodésoxycholique qui stimule fortement la sécrétion de HCO3  par les cholangiocytes et protège ainsi les voies biliaires de l’effet toxique des acides biliaires physiologiques. Il a en outre un effet anti-inflammatoire et anti-fibrosant. Un effet bénéfique a été démontré dans un modèle de CSP chez la souris.

L’essai a été conduit dans 38 centres de 12 pays européens et a porté sur 161 patients atteints de CSP non traités par l’acide ursodésoxycholique. Ils ont reçu de façon randomisée l’acide 24-norursodésoxycholique (500, 1 000 ou 1 500 mg par jour) ou un placébo pendant 12 semaines et ont été suivis ensuite pendant 4 semaines. Le principal critère de jugement était l’évolution du taux des phosphatases alcalines du sérum.

Diminution significative des phosphatases alcalines

Les auteurs ont observé une diminution significative des phosphatases alcalines dans le groupe traitement actif par rapport au groupe placébo, respectivement de 12,3 %, 17,3 % et 26,0 % avec les doses de 500, 1 000 et 1500 mg par jour, tandis que pour les patients sous placébo les taux de phosphatases alcalines augmentaient de 1,2 %. Des résultats similaires ont été obtenus sur les critères secondaires comme la gamma-GT, les transaminases ALAT et ASAT, ou encore la proportion de patients chez qui les phosphatases alcalines baissaient à moins de 1,5 fois la normale. Le prurit n’a pas été modifié. Quelques effets secondaires ont été observés aussi bien chez les patients traités que chez ceux sous placébo.

Ce travail montre clairement que l’acide 24-norursodésoxycholique améliore le taux des phosphatases alcalines (et les autres tests hépatiques) de façon dose-dépendante chez les patients atteints de CSP et que ce médicament est bien toléré. Un essai de phase III est donc pleinement justifié. Est-ce à dire que l’acide 24-norursodésoxycholique est le futur traitement de la CSP ? Il est bien sûr trop tôt pour le dire. Cette étude ne fait que prouver que l’acide 24-norursodésoxycholique est un candidat prometteur. Mais on a vu avec l’acide ursodésoxycholique qu’une amélioration biochimique pouvait ne pas se traduire par un bénéfice clinique. De ce point de vue, on peut noter que l’amélioration biochimique est du même ordre avec les deux acides biliaires. L’essai de phase III est donc particulièrement attendu.

Pr Serge Erlinger

Références
1. Lazaridis KN, LaRusso NF : Primary Sclerosing Cholangitis. N Engl J Med 2016; 375: 2501-2502.
2. Fickert P, Hirschfield GM, Denk G et coll. : norUrsodeoxycholic acid improves cholestasis in primary sclerosing cholangitis. J Hepatol., 2017; 67: 549-558.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article