Le (baby) blues de la Covid-19

Exerçant aux États-Unis, des contributeurs de JAMA Psychiatry rappellent que la pandémie de COVID-19 représente la plus grande menace pour la santé publique à laquelle la profession médicale se trouve confrontée depuis au moins un siècle.

Évoquant la « réalité déconcertante » sur les risques d’infection, les auteurs notent qu’il faut notamment peser ces risques infectieux dans le contexte de la santé mentale, à propos des besoins de soins psychiatriques pour les femmes enceintes ou venant d’accoucher. Ces femmes constituent en effet une population déjà vulnérable pour des troubles anxieux, thymiques, voire psychotiques (psychose puerpérale), mais l’irruption de la Covid-19 a compliqué leur prise en charge, en particulier parce que des unités psychiatriques sont parfois « réaffectées pour la médecine somatique » (urgences Covid, réanimation) et que les patientes elles-mêmes « hésitent à consulter », par peur de contracter le coronavirus en se déplaçant et a fortiori en étant hospitalisées.

La distanciation sociale est en conflit avec la prise en charge des troubles anxio-dépressifs

On constate ainsi que, soucieuses de réduire les risques pour leur enfant (ou futur enfant), ces femmes s’imposent souvent elles-mêmes des pratiques de distanciation sociale plus sévères, mais que ces pratiques (tendant à un isolement strict) sont « intrinsèquement en conflit » avec les mesures contre les troubles anxio-dépressifs (valoriser la communication et les contacts sociaux). À ce risque de contagion (réel ou redouté), s’ajoute le risque de devoir prendre en charge en ambulatoire, voire de façon « virtuelle » (téléconsultations) une affection grave du postpartum, avec moins de ressources pour le suivi et le soutien, ce qui obère alors le pronostic...

Pour résumer la situation, il faut reconnaître que ces patientes « sont confrontées à des préjudices accrus » car les mesures générales face à la Covid-19 (prônant la distanciation) peuvent interférer avec des besoins psychosociaux, cruciaux dans la période autour de l’accouchement. Pour les équipes concernées par ces soins psychiatriques durant la grossesse et le post-partum, il s’agit donc de relever des « défis » pour « augmenter les capacités de résilience », à la fois chez les intéressées elles-mêmes, bien sûr, mais aussi chez les équipes médicales et paramédicales impliquées dans leurs prises en charge, dans ce contexte sanitaire si particulier.

Dr Alain Cohen

Référence
Hermann A et coll.: Meeting maternal mental health needs during the COVID-19 pandemic. JAMA Psychiatry, 2021; 78(2): 123–124.

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