Le cancer de la prostate n’est pas plus grave après une exposition prolongée à la testostérone

Aux États-Unis, les prescriptions de testostérone (TST) chez les sujets âgés ont triplé dans la dernière décennie, mais il n’ya pas eu d’étude contrôlée pour constater l’effet éventuel de ce traitement sur l’incidence des cancers de la prostate (KP) et sur leur gravité. Or, depuis les travaux de Huggins (1941), la TST est réputée favoriser le développement et les « poussées agressives» de KP, même si de multiples études longitudinales ont battu ce dogme en brèche en cas d’administration sur une courte période (un an). Les auteurs américains ont cherché à savoir si une exposition prolongée (5 ans) à la TST présentait un risque accru et s’il y avait une dépendance à la dose injectée.

Ils se sont référés à un registre couvrant environ 28 % de la population des États-Unis. Sur 52 519 porteurs de KP enregistrés entre 2001 et 2006, 574 (1,09 %) avaient pris de la TST avant de connaître leur diagnostic.

Les doses totales de TST reçues en injection I M., quel que fût le sel utilisé (propionate, énanthate, cypionate, etc.) ont été mesurées ; le premier critère de jugement était d’évaluer si le grade des KP (score de Gleason) était plus élevé et dose-dépendant chez les malades ayant reçu de la TST, et le 2ème,  s’ils étaient plus souvent soumis à un traitement anti-androgène (AA). Le score de Gleason a été considéré comme sévère au-delà de 7.

Un pourcentage de cancers de haut grade moins important dans le groupe traité par testostérone

Les 2 groupes de malade traités (GTST) et non traités (GNTST) étaient comparables en termes d’âge, de statut marital, d’origine ethnique, mais les GTST avaient plus de maladies associées, davantage d’indications à une thérapie par TST (fatigue, troubles érectiles, ostéoporose), et de plus fréquents dosages de l’antigène spécifique de la prostate (PSA) dans les 2 ans qui ont précédé le diagnostic.

Le pourcentage de scores de Gleason > 7 était curieusement moindre chez les GTST (20,1 %) que chez les GNTST (27 %) ; même chez ceux ayant reçu des doses cumulées importantes de TST, ce pourcentage n’a pas dépassé 24 %.De fait, le fait d’avoir reçu de la TST expose à un risque de KP de haut grade diminué de 15 % par rapport à la cohorte totale et n’augmente pas avec la dose reçue. La probabilité de se voir proposé un traitement par AA n’est pas non plus majorée.

Ces considérations devraient remettre en question les contre-indications au traitement par la testostérone chez les malades déficitaires en cette hormone.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Baillargeon J et coll. : Long-term exposure to testosterone therapy and the risk for high-grade prostate cancer. J Urol., 2015;194:1612-1616

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Vos réactions (1)

  • Remises en question ?

    Le 25 janvier 2016

    Je cite : « Le cancer de la prostate n’est pas plus grave après une exposition prolongée à la testostérone. » J’ajouterais que, bien au contraire, il est moins agressif selon cet article si on donne quelque crédit au score de Gleason par ailleurs assez critiqué dans la même livraison du JIM.

    /« Aux États-Unis, les prescriptions de testostérone (TST) chez les sujets âgés ont triplé dans la dernière décennie»/. Ce seul fait peut nous rassurer sur les bénéfices/risques de cette prescription. La TST serait-elle responsable d’une moindre fréquence du cancer prostatique chez les hypogonadiques ?

    De plus chacun reconnaît que, dans une population normale, la testostérone baisse avec l’âge, tandis que le cancer prostatique apparait de plus en plus fréquent dans les tranches d’âge élevées.
    Depuis les travaux de Huggins sur le chien (1939), on sait que des doses importantes de testostérone (10 mg de propionate de T. j) ne font pas apparaître le moindre cancer prostatique chez cet animal.
    En est-il protégé mais alors comment ? Ou bien, seconde hypothèse, ces doses importantes le protègeraient du cancer. Huggins ne s’est pas attaqué à cette question, ni en 1939, ni par la suite.

    Il est incontestable que les traitements de Huggins chez des patients atteints de métastases à l’aide, soit de la castration, soit à l’aide de Stilboestrol, apportent tous les deux à parts égales une amélioration spectaculaire des douleurs squelettiques (1941).

    Peu d’entre nous ont retenu que le même Huggins, et ici dans la seule série des castrations, trois ans après le geste chez ses patients de 1941 relate voir leur cancer réapparaître de façon biologique par les phosphatases acides ; mais, cette fois, ce second cancer est hormono-indépendante (1945).

    L’explication de Huggins, à l’époque, est assez sommaire, compte tenu des possibilités réduites de dosages des androgènes et des œstrogènes ! Voici le texte et le point de vue de Huggins en 1945 : /« la castration est à l’origine de la perte de contrôle des androgènes
    ». Remarquable concision !

    A notre époque, nous savons que la castration est toujours suivie d’une suppléance en androgènes non aromatisables. Voilà les androgènes dont parlait Huggins ; mais ils sont intracellulaires.
    De nos jours, chacun sait que les récepteurs des androgènes (RA) capturent dans les cellules les molécules de T. circulantes et les transforment par réduction en DHT non aromatisable, et que le reste subit une aromatisation en Oestradiol (E2).
    Le taux de cette dernière (E2) peut être élevé si les RA délivrent le restant des molécules de T. circulante en cas de surprescription en T. Une gynécomastie paradoxale en témoigne.

    A l’inverse, dans le testicule féminisant, faute de RA absents congénitalement, toutes les molécules de T sont aromatisées en E2. Ce seul fait transforme un homme XY en une femme presque complète : une grosse poitrine mais pas d’utérus.
    On ne peut s’empêcher de penser, dès lors, que les molécules E2 interviennent dans les processus apoptotiques qui font disparaître les ébauches masculines du patient (e) atteints de ce syndrome. Mais alors E2 pourrait être également responsable du rétrocontrôle (Huggins écrit contrôle et Wiener parle de feed-back) modérant le processus néoplasique.

    On voit donc que les craintes que la TST puisse favoriser le développement et les poussées du cancer sont assez mal fondées ; d’autant plus que multiples études longitudinales ont battu le dogme du danger au moins sur une période d’un an. Et plus !
    /« Les auteurs américains se sont référés à un registre couvrant environ 28 % de la population des États-Unis. Sur 52 519 porteurs de KP enregistrés entre 2001 et 2006, 574 (1,09 %) avaient pris de la TST avant de connaître leur diagnostic de cancer/ ».
    Ces considérations devraient au moins remettre en question les contre-indications au traitement par la testostérone chez les malades déficitaires en cette hormone.
    Et même chez les porteurs d’un cancer prostatique. Mais là il faut de grosses preuves ! Certains américains sont sur cette piste.

    Dr Jean Doremieux

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