Le cas de l’école n’en finit pas d’attiser les controverses

Paris, le mardi 28 décembre 2021 – Sans grande surprise, le gouvernement a repoussé l’idée suggérée par Valérie Pecresse de retarder la rentrée scolaire, bien que l’incidence des infections par SARS-CoV-2 a connu une forte augmentation chez les enfants avant les vacances de fin d’année et que cette situation nourrit l’inquiétude de certains épidémiologistes. On le sait, cette mesure avait notamment été recommandée (parmi d’autres) par une cinquantaine de professionnels de santé dans une tribune publiée ce 26 décembre dans le Journal du Dimanche. Pour rejeter une telle disposition, le gouvernement s’est reposé sur les préconisations de la Société française de pédiatrie (SFP) qui depuis le début de l’épidémie, constatant notamment l’extrême rareté des formes graves de Covid chez l’enfant et les dommages provoqués par l’interruption de la scolarité, s’est toujours opposée à la fermeture des établissements scolaires.

Fanatiques

Cependant, les signataires d’une tribune du JDD (dont plusieurs ont régulièrement manifesté une certaine hostilité vis-à-vis de la SFP) assurent qu’une tendance dangereuse s’observe actuellement. Ils signalent ainsi une augmentation des hospitalisations chez les enfants, confirmée par les données de Santé publique France. Mais tant les préconisations de ces professionnels de santé que leur description de la situation ont suscité des réactions parfois sans nuance d’une partie de la communauté médicale. Les attaques sur les réseaux sociaux ont ainsi été vives. Les résumant, le Dr Martin Blachier qui plaide depuis plusieurs semaines pour un retour à la normale à l’école n’a ainsi pas hésité sur LCI à qualifier les rédacteurs du texte de « fanatiques ». Il a encore suggéré que les chiffres des hospitalisations d’enfants étaient en partie artificiellement gonflés par le fait que tous les jeunes patients font l’objet d’un dépistage de l’infection par SARS-CoV-2 lors de leur hospitalisation et sont en cas de résultat positif comptabilisés parmi les personnes hospitalisées pour Covid, ce qui n’est pourtant pas toujours, loin s’en faut, la raison première de leur séjour.

Les hôpitaux pédiatriques sous tension mais pas à cause de la Covid

Si ces controverses sur le recensement des hospitalisations pour Covid sont aussi anciennes que l’épidémie (et alimentent bien des théories complotistes), les signaux d’une tension dans les hôpitaux pédiatriques se multiplient partout dans le monde. Ainsi, l’État de New-York a indiqué s’inquiéter d’une tendance à la hausse des admissions d’enfants atteints de Covid : les chiffres ont été multipliés par quatre en quelques semaines. Mais nuançant l’impression d’une catastrophe annoncée, le professeur Robert Cohen (hôpital Robert Debré) a décrit ce matin sur LCI : « Les hôpitaux sont pleins de bronchiolites et d'autres pathologies mais les hospitalisations d'enfants à cause du variant Omicron restent très faibles. Il y aura beaucoup de cas chez l’enfant, je n’ai aucun doute, mais tant que les hospitalisations restent basses, il ne faut pas prendre de mesures trop importantes » a-t-il encore considéré.

Vaccination prioritaire des enfants à risque

Si le spécialiste des infections chez l’enfant estime donc inappropriée la fermeture des écoles, il n’en est pas moins favorable à un arsenal de mesures. D’abord, il encourage à la vaccination, même si doivent demeurer prioritaires à ses yeux les adultes et les enfants à risque. « Il faut vraiment le faire tout de suite pour les groupes à risques, qui représentent plusieurs centaines de milliers d'enfants » a-t-il ainsi observé, préconisant dans un second temps l’incitation des autres familles.

Nouvelle modification du protocole sanitaire

Dans les établissements scolaires par ailleurs, un renforcement des dépistages et des protocoles est souhaité, tant par les rédacteurs de la tribune du JDD que par des spécialistes peu enclins à la fermeture des établissements comme le Pr Robert Cohen. Très critiqué depuis le début de l’épidémie et régulièrement suspecté d’une minimisation de la gravité de la situation dans les établissements scolaires, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a voulu donner des gages d’une intensification des contrôles. « Pour revenir à l'école lorsqu'un élève d'une classe a été testé positif, ses camarades ne devront plus seulement présenter un test négatif, mais plusieurs tests, réalisés à plusieurs jours d'intervalle, et nous travaillons sur cet intervalle » a-t-il ainsi annoncé sur France Inter. Il a par ailleurs assuré qu’il y aurait une accélération des équipements des établissements en capteurs de CO2, qui permettent de rappeler l’importance d’une aération fréquente. Enfin, une intensification générale de la politique de dépistage est à l’étude. Sur ce point, le Pr Robert Cohen considère : « Répéter les tests pour augmenter le niveau de certitude est probablement l’avenir. Deux autotests par semaine au moment où on est à une vague extrêmement abrupte, ça ne paraît pas excessif ».

A.H.

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Vos réactions (1)

  • Covid à toutes les sauces

    Le 29 décembre 2021

    Enfin un raisonnement objectif.
    Rare.
    Merci.

    Dr Françoise Albertini

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