Le chirurgien doit apprendre à gérer le stress

Les chirurgiens sont soumis à de multiples facteurs de tension au bloc opératoire (et ailleurs). Souvent les informations dont ils disposent sont incomplètes ou erronées : anamnèse insuffisante ou clichés radiologiques non optimaux. S’y ajoute aussi le facteur temps du fait notamment des contraintes horaires des membres de l’équipe. Cette situation stressante au bloc puis en dehors du bloc, la nécessité de consulter, de visiter, de communiquer avec de nombreux collègues et de publier, engendre une grande fatigue, qui nuit à la performance.

S’écartant de cette routine, des situations encore plus difficiles « à gérer » peuvent surgir : catastrophes sanitaires de masse, malades très graves en unités de soins intensifs, par exemple, qui réclament alors des « compétences non techniques » (CNT).

Or celles-ci ne sont pas enseignées de manière formelle. On peut les distinguer en 4 catégories, elles-mêmes subdivisées en 3 chapitres :

1) Prendre conscience de la situation
    a) rassembler les informations
    b) les comprendre
    c) anticiper la conjecture future

2) Prendre les bonnes décisions
    a) considérer les options disponibles
    b) choisir la meilleure
    c) l’appliquer

3) Mettre en place un travail d’équipe
    a) échanger les informations
    b) s’assurer que la compréhension est partagée par tous
    c) coordonner les activités de l’équipe

4) Faire montre d’autorité
    a) établir les normes
    b) soutenir les autres
    c) faire face aux tensions.

L’observance de tels items aboutit à une baisse significative de la mortalité (18 %) et de la morbidité (15 %), mais qui suit ces « directives »? Une enquête réalisée en 2017 est révélatrice : ce sont les chirurgiens les plus expérimentés qui s’avèrent les moins performants, aggravant chaque année leurs résultats par rapport aux stagiaires, ce qui confirme la nécessité d’un enseignement continu des CNT, au point qu’on a pu décrire un « inventaire des tâches du leadership chirurgical » d’où il ressort que ce sont souvent des comportements fautifs qui engendrent de piètres résultats et qu’il est indispensable de s’entraîner à faire face à des situations de stress, malgré les résistances culturelles.

Chaque service devrait s’obliger à consigner volontairement ses erreurs, à accepter la présence d’observateurs, et à se laisser guider par des leçons de CNT.

Au total, des tensions dans leur environnement affectent la vie quotidienne des chirurgiens ; dans de tels cas, les compétences techniques s’avèrent insuffisantes et il faut insister sur la nécessité d’une mise à niveau permanente du comportement, susceptible d’améliorer considérablement les suites des opérés.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Rob Todd S : Planning and performance under stress. Am J Surgery 2017; 214: 998-1001.

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