Le cœur des mères vraiment en danger après une pré-éclampsie

Les troubles hypertensifs de la grossesse (THG) incluent diverses entités pathologiques qui vont de l’HTA préexistante à l’HTA spécifiquement gravidique en terminant par la prééclampsie qui est la forme la plus sévère. Cette dernière est volontiers le point d’orgue des deux formes d’HTA précédentes, mais dans tous les cas de figure, l’amélioration de la prise en charge et les progrès thérapeutiques permettent le plus souvent de faire face et de normaliser la pression artérielle au cours de la grossesse et après celle-ci. Il n’en reste pas moins que les THG incluant la prééclampsie peuvent constituer un marqueur du risque cardiovasculaire ultérieur à l’échelon de la vie entière. Les associations correspondantes ont été évoquées par plusieurs études épidémiologiques, mais elles n’ont jamais été testées dans une cohorte de très grande envergure, ne serait-ce que pour les confirmer et les évaluer avec plus de précision et de puissance statistique.

Deux millions de grossesses examinées

Tel est l’objectif d’une étude britannique inscrite dans le programme CALIBER qui a utilisé les dossiers médicaux électroniques recueillis entre 1997 et 2016 au sein d’une vaste base de données représentative de la population générale. Il s’agit en fait d’une plateforme nouvelle qui relie les données issues de quatre sources appartenant aux soins dits primaires et aux registres nationaux dans une optique résolument big data, d’où le nom de CALIBER (ClinicAl disease research using LInked Bespoke studies and Electronic health Records). Ce ne sont pas moins de 33 études complémentaires qui sont menées parallèlement au sein de ce canevas électronique et informatique. 

L’analyse a de fait porté sur 1,3 millions de femmes et près de 1,9 millions de grossesses menées jusqu’à leur terme, l’âge moyen des participantes au moment de l’accouchement étant de 28 ans. Le modèle multivarié de Cox a été choisi pour évaluer les associations entre les THG et le risque de douze pathologies cardiovasculaires, outre l’hypertension artérielle permanente. La préeclampsie au terme de la grossesse ou avant celui-ci a été particulièrement visée.

Un risque cardiovasculaire majoré à long terme

Au cours d’un suivi de vingt années, ont été dénombrés 18 624 cas relevant des pathologies cardiovasculaires en question, la majorité de ceux-ci (65 %) concernant des femmes âgées de moins de 40 ans.  Un groupe de référence a été constitué par les femmes dont la PA est restée toujours normale au cours de leur grossesse. Par rapport à celui-ci, le risque cardiovasculaire est apparu d’autant plus élevé qu’il s’agissait d’un THG sévère, notamment une prééclampsie survenue pendant au moins une grossesse.  Dans ce dernier cas de figure, le risque varie d’une pathologie cardiovasculaire à l’autre : (1) accident vasculaire cérébral ischémique ou hémorragique : hazard ratio (HR) =1,9 (intervalle de confiance à 95 %, IC 95% 1,53-2,35) ; (2) évènements cardiaques en rapport avec une athérosclérose : HR = 1,67 (IC 1,54-1,81) ; (3) évènements périphériques de même nature ou autre : HR = 1,82 (IC 1,34-2,46) ; (4) insuffisance cardiaque : HR = 2,13 (IC 1,64-2,76) ; (5) fibrillation auriculaire : HR = 1,73 (IC 1,38-2,16) ; (6) mortalité cardiovasculaire : HR = 2,12 (IC 1,49-2,99) ; (7) hypertension artérielle permanente : HR = 4,47 (IC 4,32-4,62). Les différences intergroupe en termes d’incidence cumulée étaient détectables dans l’année qui a suivi la première grossesse pathologique. Des tendances similaires ont été observées pour l’ensemble des THG en termes quantitatifs, à l’exception de la prééclampsie survenue avant le terme de la grossesse, les risques évoqués n’étant que légèrement augmentés dans ce cas.

Cette étude qui porte sur près de deux millions de grossesses menées à leur terme plaide en faveur de la valeur pronostique des THG incluant la prééclampsie. Il semble qu’à long terme, ces troubles gravidiques passagers témoignent d’un risque cardiovasculaire nettement majoré qui peut même se manifester précocement après la fin de la grossesse. Dans ces conditions, les THG devraient alerter en tant que marqueur et être pris en compte dans la prévention primaire de la maladie cardiovasculaire au travers d’une surveillance et d’une évaluation régulière du risque cardiovasculaire absolu ou relatif, selon l’âge de la patiente.

Dr Catherine Watkins

Référence
Leon LJ et coll. Preeclampsia and Cardiovascular Disease in a Large UK Pregnancy Cohort of Linked Electronic Health Records: A CALIBER Study. Circulation. 2019 ; 140(13): 1050-1060. doi: 10.1161/CIRCULATIONAHA.118.038080.

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