Le curcuma, plante magique du 21ème siècle ?

Le curcuma, que tout le monde a déjà consommé sans toujours le savoir (c’est un ingrédient de base du curry) pourrait-il s’avérer bientôt, du point de vue des infectiologues et autres microbiologistes, comme l’un des recours les plus prometteurs contre des infections négligées ou contre l’inéluctable montée en puissance de certaines résistances bactériennes ? C’est ce que laissent entendre quelques publications récentes –dont les deux rapportées ici, l’une consacrée à l’effet antifungique de l’extrait polyphénoloque orange de rhizome de Curcuma longa, l’autre à son efficacité contre Helicobacter pylori. En voici quelques éléments remarquables :

Le premier travail, mené par C V B Martins et coll., cherchait à mesurer l’activité de la curcumine contre 23 souches de Candida, cryptocoques,

Paracoccidioides et autres Aspergillus, et à évaluer un éventuel effet inhibiteur sur l’adhésion de Candida sp  à des cellules épithéliales buccales humaines in vitro. Pour ce faire, ont été mises en œuvre de classiques techniques de détermination de concentrations minimales inhibitrices, et des études d’adhésion avant et après exposition à de la curcumine. Il est apparu que certains micro-organismes étaient très sensibles au Curcuma (comme Sporothrix ou Paracoccidioides, mais pas Aspergillus), et que son action inhibitrice de l’adhésion des Candida s’avérait plus puissante que celle d’une molécule de référence, en particulier pour des souches isolées de mucus buccal de patients VIH séropositifs. Les auteurs soulignent, dans leur conclusion, que la curcumine pourrait être l’un des composés les plus actifs jamais découverts contre P. brasiliensis, agent d’une mycose tropicale négligée ("neglected").

Le second, réalisé par R De et coll., testait l’activité in vitro de la curcumine sur 65 isolats cliniques d’H. pylori et utilisait un modèle murin adapté C57BL/6 pour confirmer un éventuel intérêt clinique. Les CMI, de 5 à 50 mg/L, montraient l’intérêt potentiel du produit in vitro ; in vivo, la molécule dévoilait un fort potentiel thérapeutique tant en matière d’éradication bactérienne que de restauration des dommages induits. La conclusion de ce second essai était que la curcumine possède en la matière le potentiel d’une thérapeutique alternative de qualité, et que s’ouvre le champ de nouvelles études fondamentales.

Certains dérivés du curcuma pourraient donc, selon ces résultats encore partiels, être considérés parmi les produits les plus "exciting" du moment. Le plus surprenant, cependant, est que les infectiologues pourraient ne pas être les seuls à faire bénéficier bientôt leurs patients des vertus du rhizome. Il suffit, pour s’en rendre compte, de taper Curcuma ou un équivalent sur l’habituel PubMed : apparaissent d’innombrables études concernant d’éventuels effets anticancéreux, anti dépressifs et autres, de la curcumine. Si seulement quelques unes de ces promesses étaient tenues, le curcuma apparaîtrait vite comme une plante magique des années à venir. Affaire à suivre…

Dr Jack Breuil

Références
De R et coll. : Antimicrobial activity of curcumin against Helicobacter pylori isolates from India and during infections in mice. Antimicrobial Agents and Chemotherapy 2009; 4: 1592-97
Martins CVB et coll. : Curcumin as a promising antifungal of clinical interest. Journal of Antimicrobial Chemotherapy 2009; 63: 337-339.

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