Le darolutamide, un nouveau traitement du cancer de prostate résistant à la castration non métastatique ?

Le cancer de la prostate est le deuxième cancer le plus souvent diagnostiqué chez les hommes dans le monde et la 5ème cause de décès par cancer. En 2018, environ 1,2 million de nouveaux diagnostics de cancer de prostate ont été posés et 358 000 patients sont décédés des suites de la maladie.

Parmi les options thérapeutiques, les antagonistes des récepteurs hormonaux ont représenté un progrès dans presque tous les cas. Mais le cancer finit par devenir résistant à l'hormonothérapie conventionnelle.

Les options disponibles pour les patients résistant à la castration (CPRC) évoluent heureusement rapidement. Cependant, jusqu'à présent, il n'existait aucune option efficace pour les patients atteints de CPRC sans métastases détectables (nmCRPC) dont les taux de PSA sont en hausse alors qu'ils sont sous traitement anti-androgénique. Or, chez les hommes atteints de nmCRPC, un temps de doublement du PSA court a été associé de manière constante à un temps réduit avant la première métastase et au décès.

Le darolutamide, antagoniste expérimental des récepteurs aux androgènes non stéroïdiens, pourrait changer la donne. En effet, en se liant au récepteur, il inhibe la croissance des cellules cancéreuses de la prostate.

Plus de 1 500 patients

L'essai ARAMIS est un essai multicentrique randomisé de phase III multicentrique à double insu contrôlé par placebo évaluant l'innocuité et l'efficacité du darolutamide par voie orale chez des patients atteints de nmCRPC et traités par un traitement anti-androgène (ADT). Ces malades étaient à risque élevé de développer une maladie métastatique car leur taux de PSA était supérieur ou égal à 2 ng/ml et doublait rapidement (10 mois ou moins) au moment de l’inclusion. Au total, 1 509 patients ont été randomisés dans un rapport de 2:1 pour recevoir 600 mg de darolutamide deux fois par jour (n = 955) ou un placebo avec l'ADT (n = 554). Le critère d'évaluation principal de cet essai était la survie sans métastases, définie comme le temps écoulé entre la randomisation et la manifestation de métastases ou du décès. Les critères d'évaluation secondaires étaient la survie globale, le délai d'apparition de la douleur, le début de la première chimiothérapie cytotoxique, le délai avant le premier événement squelettique symptomatique et la caractérisation de l'innocuité et de la tolérabilité du darolutamide.

Les résultats montrent que le darolutamide a augmenté de manière conséquente la survie sans métastases de 18,4 mois sous placebo et de 40,4 mois sous darolutamide (HR = 0,41, p < 0,001) tandis que tous les critères d’évaluation secondaires ont été améliorés de manière significative également. Concernant la survie globale, les courbes se séparent après 18 mois, ce qui signifie qu’il faudra encore attendre un peu avant d’avoir les résultats finaux. La réduction du risque de décès est actuellement de 29 % et le taux de survie à 3 ans de 83 % pour les hommes traités par darolutamide contre 73 % pour ceux du groupe contrôle.

Enfin, le risque d’apparition de douleurs est diminué de 35 %. 

Ces données font du darolutamide un nouveau traitement fort attractif en cas de nmCRPC, a conclu Teuvo Tammela qui rappelait également que ce nouveau produit qui semble mieux toléré que l’enzalutamide et l’apalutide devrait disposer de critères de sélection solides afin de prévenir un surtraitement. Cela dit, faute de disposer d’études comparatives pour ce type de tumeurs, le choix ne devra être fait qu’après discussion entre patient et oncologue.
 

Dr Chloe Vaneeren

Référence
Tammela T et coll. : Darolutamide elicits a strong PSA response in men with nonmetastatic castration-resistant cancer (nmCRPC) : results from the ARAMIS study. European Association of Urology (EAU) congress 2019 (Barcelone) : 15-19 mars 2019.

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Vos réactions (1)

  • Encore un autre antiandrogène, le darolutamide

    Le 10 avril 2019

    Le darolutamide est-il un nouveau traitement du cancer de prostate résistant à la castration non métastatique et il serait, parait-il, plus efficace et mieux toléré que l’enzalutamide et l’apalutide ?

    Il est curieux de constater que le cancer de la prostate, d’une part est le deuxième cancer le plus souvent diagnostiqué chez les hommes dans le monde ; mais qu’il n’est que la 5ème cause de décès par cancer.

    Ainsi en 2018, environ 1,2 million de nouveaux diagnostics de cancer de prostate ont été posés et 358 000 patients (30 %) sont décédés des suites de la maladie. Il existe par conséquent 70 % de patients atteints de cancers non traités et non mortels qui ne devraient pas être pris en charge par un traitement.
    Autrement dit la plupart des patients sont en sur traitement parce que l’on ne parvient pas à distinguer si ce sont des cancers quiescents sans danger ou des cancers métastatiques très dangereux.

    Parmi les premières options thérapeutiques, les deux premières ont été présentées, en 1941, par Charles Huggins : la castration chirurgicale et les œstrogènes artificiels. Tous les deux assez comparables.

    Oui tous deux comparables avec cependant des différences apparues petit à petit avec l’usage (60 ans).

    La transformation en cancers hormonodifférents de cancers initialement hormonosensibles.

    Tandis que les antagonistes des récepteurs hormonaux de LHRH n’ont pris la place de la castration chirurgicale qu’en 1986, sous le nom d’ailleurs erroné d’hormonothérapie alors que c’est une castration.

    Or chacun reconnait, depuis 1995, (SFU de RENNES) que le cancer traité par la castration, qu’elle soit chirurgicale, qu’elle soit chimique finit toujours, en trois ans, un peu plus un peu moins, par réapparaître.

    Au lieu de parler d’un effet iatrogène de la castration, on a alors parlé de résistance : CRPC. C’est curieux, car le cancer naïf n’est jamais résistant. On devrait plutôt parler de cancer iatrogène ?

    Charles Huggins, 1945, uniquement par les phosphatases prostatiques, plus précoces mais moins précises que la remontée du PSA, avait écrit : la castration induit la perte de contrôle des androgènes.

    Dr Jean Doremieux

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