Le diabète empêche un père de bénéficier d’un droit de garde élargi !

Paris, le vendredi 13 juin 2008 – Les personnes atteintes de diabète peuvent être l’objet de nombreuses discriminations, tant professionnelles que sociales. Il ne s’agit en rien d’une formule creuse rabâchée par des associations de patients qui considéreraient que la reconnaissance des malades passe fatalement par une certaine victimisation. Les obstacles rencontrés par les diabétiques sont au contraire bien réels et leur importance paraissait même difficilement soupçonnable. L’Association française des diabétiques (AFD) avait ainsi mis à jour au début du mois d’avril le long combat d’une aide soignante qui après trois ans de contrat et onze CDD s’était vu refuser sa titularisation en tant qu’aide soignante au centre hospitalier Guillaume Regnier sous prétexte que son « diabète insulinodépendant entraînant inéluctablement un congé de longue maladie dans les années à venir est incompatible avec une activité professionnelle salariée dans la fonction publique ». Aujourd’hui, c’est la reconnaissance du diabète insulinodépendant comme motif valable pour refuser à un père séparé de sa compagne un droit de garde élargi qui offusque l’organisation.

Laisser les diabétiques élever leurs enfants : une inconscience !

Guillaume D. est père d’un petit garçon de deux ans. Séparé de sa compagne, il souhaite pouvoir obtenir un droit de garde élargi : du jeudi 18h au samedi 18h. Il sait que la mère n’hésitera pas à mettre en avant son état de santé pour que lui soit refusé ce droit : Guillaume D. est en effet atteint d’une psychose maniaco-dépressive. Cependant, recevant un traitement qu’il suit scrupuleusement, le père a pu présenter une attestation de son psychiatre, affirmant que sa maladie ne présentait aujourd’hui pas un danger pour son enfant. Mécontente de ne pouvoir invoquer les troubles psychiatriques de son compagnon, la mère a alors choisi de se concentrer sur les risques qui seraient liés au diabète de Guillaume D. Elle a été parfaitement entendue par le juge aux affaires familiales de Niort qui a hier rendu une décision refusant l’élargissement du droit de garde au père de l’enfant. Le juge a en effet estimé tout d’abord que le diabète du père présentait un « problème majeur » qui devait appeler à « la plus grande prudence ». Il a notamment mis en avant qu’il pouvait « perdre connaissance (coma diabétique) à tout moment » et que de ce fait il s’associait « aux craintes » de la mère qui estime que l’enfant en bas âge pourrait se « retrouver dans une situation dramatique si son père venait à faire un malaise ». Le tribunal de Niort a également invoqué le danger que pourrait représenter pour le petit garçon un voyage à bord de la voiture de son père : « un malaise au volant de son véhicule pouvant avoir des conséquences dramatiques pour lui-même et l’enfant… sans parler des autres usagers de la route » a estimé le juge, qui a apparemment du diabète une vision particulièrement dramatique ! Aussi, en guise de conclusion, le juge a souligné : « que l’on ne peut se voiler la face devant les risques pour l’enfant en cas de survenance d’un coma diabétique de son père, sauf à être totalement inconscient et irresponsable ».

Caricature

Les attendus du jugement ont évidemment scandalisé l’AFD qui a rappelé que des millions de diabétiques sont aujourd’hui parents et élèvent leurs enfants. Ils ont également choqué le docteur Patrick Vexiau, chef du service de diabétologie à l’hôpital Saint Louis à Paris. « Les phrases qui ont été utilisées dans ce jugement sont un outrage aux patients atteints de diabète » déplore-t-il cité par le Figaro. Et il ajoute : « c’est une caricature qui ne doit pas faire jurisprudence ». La cour d’appel de Poitiers examinera cette affaire le 30 octobre.

A.H.

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Vos réactions (3)

  • Retrait par décison judiciaire de la garde d'enfants

    Le 13 juin 2008

    Je suis scandalisée de cette décision du tribunal de Niort, je suis médecin légiste en Vendée, et il me souvient, il y a déjà 20 ans au moins, qu'un magistrat voulait retirer son bébé à un couple de sourd muets, au motif que s'il pleurait la nuit, il ne l'entendrait pas, mon mari, obstétricien, a dû produire une attestation pour indiquer qu'il n'y avait aucune raison médicale à cela, d'autant que les parents étaient " capables " au sens juridique du terme...
    Dr Françoise Nadau

  • Et pourquoi pas le rhume des foins ?

    Le 15 juin 2008

    Plus dangereux et surtout plus sournois le rhume des foins est la prochaine cause que ce juge va évoquer pour satisfaire son pouvoir. Cette pathologie survenant lors de la conduite automobile peut faire perdre le contrôle du véhicule et celui-ci, avec ses passagers va se retrouver dans le décor à la suite d'un éternuement intempestif. Les allergiques aux piqures d'insectes aussi vont se voir interdire de promener leur famille le dimanche bien avant la crise pétrolière.

    J-P Benmussa

  • Diabète et garde d'enfant

    Le 16 juin 2008

    Il est clair qu'ici certains intérêts particuliers ont pris le pas sur la raison. J'espère que le juge sait si c'est un diabète de type 1 ou 2, si le père est traité par autre chose que des mesures hygiéno-diététiques et si oui, si il y prise de médicaments hypoglycémiants (dont l'insuline) ou normoglycémiants. Quant à la définition du coma diabétique, il ne doit pas bien la connaître !!

    Dominique Ernouf

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