Le diabète protège-t-il du cancer de la prostate ?

Les études qui ont recherché une association entre diabète et cancer de la prostate ont abouti à des résultats pour le moins divergents, principalement du fait de leur nature rétrospective et de la multiplicité des facteurs de confusion et de biais. Une revue exhaustive des données publiées dans la littérature internationale entre 1971 et 2005 permet d’en savoir plus sur ce sujet, au travers d’une méta-analyse qui a porté sur 19 études dignes d’intérêt. Les sources potentielles d’hétérogénéité entre ces études ont été systématiquement explorées, tandis que les biais de publication étaient pris en compte.

Une association inverse a été mise en évidence entre le diabète et le risque de cancer prostatique, avec un risque relatif (RR) global de 0,84 (p=0,01 pour l’hétérogénéité). Si l’analyse se limite aux études de cohorte, le RR reste à 0,81 (p < 0,01 pour l’hétérogénéité). Dans le cas des études cas-témoins, le RR est alors de 0,89 (p=0,02). L’hétérogénéité s’est avérée plus ou moins marquée en fonction des analyses par sous-groupes.

Pour les études réalisées avant  que le recours au PSA pour le dépistage du cancer prostatique ne soit généralisé, le RR a été estimé à 0,94 (p=0,15). Il passe à 0,73 pour les études réalisées avec ce dosage pratiqué en routine (p=0,10). Après ajustement en fonction d’au moins trois facteurs de confusion potentiels, le RR reste à 0,74 (p=0,06). Quand l’ajustement est moins strict, le RR est alors de 0,94 (p=0,18).

Cette méta-analyse, avec ses imperfections évidentes, liées notamment à l’hétérogénéité des études, plaide en faveur d’une association inverse entre le diabète et le risque de cancer de la prostate, ce qui ne veut pas dire lien de causalité, loin s’en faut. Les troubles de la glycorégulation freineraient-ils la carcinogenèse prostatique ? A cette question légitime, il convient d’opposer une réponse nuancée qui se doit d’intégrer tous les biais et les facteurs de confusion inhérents à l’approche forcément approximative d’un phénomène éminemment complexe.

Dr Jean-Louis Mirandole

Référence
Kasper JS et coll. : “A meta-analysis of diabetes mellitus and the risk of prostate cancer.” Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2006;15(11):2056-62).

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