Le maintien de la maternité de Die aurait-il permis d’éviter une mort in utero ?

Die, le lundi 11 mars 2019 - En janvier 2018, la maternité et le bloc chirurgical de Die, dans la Drôme, ont été fermés, ne satisfaisant pas aux critères de sécurité réglementaires. Une mort in utero, après huit mois de grossesse, a réveillé mi-février la colère des habitants, qui ont lutté âprement contre la décision fermeture. Par ailleurs, une enquête a été ouverte par l’Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes pour faire la lumière sur les conditions de prise en charge de la victime.

Hélicoptère

La mère, qui souffrait d'un décollement placentaire, raconte au Collectif de défense de l'hôpital de Die : « c'était le soir du 18 février 2019. J'étais à la fin de mon 8e mois de grossesse. Je me suis soudainement sentie mal, prise de vertiges et de crampes intestinales. Peu de temps après, l'hémorragie a commencé ». La patiente est transférée, par les pompiers, à l'hôpital de Die où subsiste un service d’urgences. « Plus tard, une sage-femme est arrivée de Valence par l'hélicoptère. Elle m'a enfin auscultée (…) Elle n'a pas entendu le cœur du bébé ». A la suite de cette consultation, la jeune femme a été transportée dans une maternité en hélicoptère où elle a accouché d'un garçon, mort-né, plusieurs heures après son premier appel au 18.

L’enquête ouverte par l’ARS sera menée par un inspecteur sanitaire, un médecin et un référent périnatal pour comprendre si le protocole de prise en charge a bien été respecté par toutes les équipes et si l’on peut légitimement considérer qu’une maternité plus proche aurait permis d’éviter le drame.

Jusqu’ici tout allait « parfaitement » bien

Les autorités régionales de santé rappellent, néanmoins, d’ores et déjà, qu'avec moins de 100 naissances par an, la maternité de Die (qui était la plus petite de France métropolitaine) ne réunissait plus les conditions de sécurité nécessaires, en particulier en raison de la difficulté de recruter des gynécologues et un pédiatre. Ces dernières années, les femmes étaient d'ailleurs tenues de signer un consentement éclairé qui leur signifiait que leurs nouveau-nés ne pourraient être examinés par un pédiatre.

Elles rappellent, en outre, que pour répondre aux conséquences de la fermeture de la maternité, l'hôpital de Die a mis en place « un centre périnatal de proximité », que les urgences ont été « renforcées » et qu’une organisation de transports par hélicoptère a été élaborée. Aussi, l’ARS souligne, un peu maladroitement que jusqu’ici tout fonctionnait « parfaitement ».

Les résultats de l’enquête seront connus à la fin du mois.
 

Xavier Bataille

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Vos réactions (2)

  • Vécu de DPPNI dans les petites maternités (années 60)

    Le 12 mars 2019

    Le décollement prématuré du placenta normalement inséré (DPPNI) est une complication très grave de la grossesse, mettant en jeu, dans l'heure de l'apparition des pertes sanglantes, la vie de la mère (par choc hémorragique avec perte des réserves de fibrinogène et des thromboplastines) et du fœtus (par anoxie) du fait d'une hémorragie le plus souvent massive entre le placenta et l'utérus.

    Sans la présence 24/24 d'un chirurgien qualifié en gynécologie capable de césariser en urgence dans l'heure, sans la possibilité de se procurer de très grosses quantités de provisions de sang et de fibrinogène, un DPPNI est, souvent, mortel. Transférer sur un grand service éloigné me semble, dans ces conditions, assez risqué. Alors que faire, sauf à former plus de chirurgiens?

    J'ai été amené à traiter, dans les années 60, 3 cas de DPPNI (deux césariennes, mère et enfant vivants, mais aussi un cas non traité à temps : double décès) dans deux petites maternités proches de 10 kms, aujourd'hui fermées, faute de chirurgiens qualifiés.

    Désormais, il faut, aux personnes concernées de ces deux villes et alentours, gagner les grandes maternités les plus proches à ... 40 kms. Trop loin pour le cas du DPPNI ! Le DPPNI est imprévisible !

    NB - Le double cas a réussi sans pédiatre mais avec une bonne sage-femme, sans anesthésiste, l'anesthésie étant réalisée par un ambulancier formé sur le tas qui m'a montré une autre façon jamais vue de transfuser à toute vitesse. 15 flacons de sang ont été cherchés au CTS à 30 kms par des motards de la police. Il fallait se débrouiller sans hélicoptère.

    Dr JD

  • Que proposer dans l'immédiat ?

    Le 13 mars 2019

    Je reprends le trépied de Lamy formé dans mon CHU je crois: « Pour accoucher, il faut une sage-femme certes, mais aussi un chirurgien, un anesthésiste et un pédiatre pouvant intervenir sans délai. »

    Alors que faire ? Certaines sages-femmes accepteraient, peut-être, de monter en grade et d’apprendre, au moins les révisions pour hémorragies de la délivrance, le geste le plus urgent dans ce métier. Cela correspond au désir de certaines de réaliser une progression.

    Certaines rares sages-femmes accepteraient, peut-être plus que rares, de monter en grade et d’apprendre au moins de savoir césariser.

    Ces sages-femmes-là seraient des maïeuticiennes (OMS) de premier grade ou de second grade.

    Certains chirurgiens n’ont pas appris la césarienne ou n’ont pas appris à réparer des dégâts des césariennes. J’ai vu un spécialiste de la transplantation inefficace devant une anurie post-opératoire après césariennes : les uretères liés au niveau de la tranche utérine par un maladroit.

    Désormais, le diplôme de chirurgien, en toutes spécialités, devrait comporter un stage de 2 mois en service de gynécologie ayant une activité de plus de 1500 accouchements. Ou alors un certificat attestant que ce spécialiste a assisté à 5 césariennes et réalisé sous surveillance d'un sénior cinq césariennes ?

    Le souci de l’égalité empêche de prendre les bonnes mesures comme pouvoir s’adresser à un chirurgien d’une clinique voisine avec ses attestations vues plus haut et un paiement à l’acte.

    Municipaliser les petits hôpitaux si le conseil municipal y tient devrait être possible ! Ces petites villes, si elles sont volontaires, devraient pouvoir recruter plus facilement en offrant des émoluments supérieurs concurrentiels, des logements de fonction, des avantages locaux.

    Lorsque les praticiens de CHU désirent lever le pied après 60 ans, pourquoi ne pas leur offrir des mutations à la campagne avec ses avantages ?

    Dr Jean Doremieux

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