Le microbiote intestinal, au cœur de de la prévention primaire de l’allergie

C’est à l’occasion de la Conférence Scientifique Internationale de la WAO (World Allergy Organization) que s’est tenu un symposium consacré aux dernières avancées dans le domaine de la prévention primaire des pathologies allergiques.

Élever le nourrisson parmi les vaches le protège de l’allergie

Comme le soulignait le Pr Erika Von Mutius (Munich, Allemagne), plus de 40 études menées à travers le monde ont démontré qu’exposer les enfants à l’environnement d’une ferme les protège contre l’asthme, l’atopie et les sifflements respiratoires d’origine atopique ou non. Deux types d’exposition ont une influence sur le risque d’asthme : la fréquentation de l’étable et le fait de consommer du lait de vache cru. L’effet semble corrélé à la durée d’exposition et le microbiote serait partie prenante dans ce lien. En effet, ces deux expositions contribuent à la constitution du microbiote et stimulent, dès les premiers mois de vie, les réponses immunitaire et inflammatoire qui interviennent dans le lien entre l’environnement et le risque d’asthme.

Le microbiote, acteur essentiel de l’allergie

Le Dr Maurizio Mennini (Rome, Italie) retrace l’historique de la « Théorie hygiéniste » qui attribuait la réduction du risque d’allergie au fait d’être exposé à de nombreuses infections. Elle est désormais supplantée par la « Théorie microbienne », selon laquelle la composition de la flore intestinale dans la période périnatale intervient sur la maturation du système immunitaire. Le microbiote périnatal a une réelle influence épigénétique, avec des effets directs sur l’activité du système immunitaire. Sa composition est soumise à de nombreuses influences, qui commencent pendant la grossesse (prise d’antibiotiques par la femme enceinte), se poursuivent au moment de l’accouchement (par voie naturelle ou césarienne), de l’allaitement (maternel ou formules industrielles), etc. La colonisation de l’intestin par les bactéries se fait progressivement, n’atteignant la composition proche de celle de l’adulte que vers 2-3 ans.

Ces différents facteurs ne sont pas toujours favorables, et une dysbiose (déséquilibre de la flore) peut se produire. Un lien a été fait entre certaines dysbioses et le risque d’allergie. Il a été constaté, par exemple, que le microbiote des enfants allergiques au lait de vache présente un nombre total de bactéries et notamment d’anaérobies supérieur à celui des enfants non allergiques, avec un déséquilibre entre les différentes espèces. En revanche, il n’a pas été possible de démontrer que l’allergie alimentaire ou l’eczéma atopique étaient en lien avec l’absence d’une bactérie intestinale en particulier. La dysbiose précède l’allergie alimentaire et semble influencer son pronostic. Par exemple, une richesse du microbiote en bactéries appartenant aux Clostridiae et aux Firmicutes est associée à un meilleur pronostic de l’allergie aux protéines du lait de vache.

Probiotiques et prébiotiques doivent encore faire leurs preuves

Ainsi, les premiers mois de vie constituent-ils une période cruciale pour le développement de facteurs favorisant la survenue d’allergie. Ils doivent être la cible de la prévention.

C’est dans cet objectif de prévention, qu’a été suggéré l’utilisation de probiotiques ou de prébiotiques, chez la mère pendant la grossesse et l’allaitement puis chez le nourrisson. Mais jusqu’à présent, malgré de nombreux travaux sur le sujet, il n’a pas été possible de fournir des preuves solides de cette mesure sur le risque d’allergie. Mais, comme le souligne le Pr Ruby Pawankar (Tokyo, Japon), les revues systématiques et les méta-analyses réalisées sur le sujet mixent des études portant sur des souches de probiotiques différentes d’une étude à l’autre. Or, chaque souche a sans doute ses propriétés particulières. Notons toutefois que la World Allergy Organization (WAO) recommande la prise de probiotiques pour la mère pendant la grossesse et l’allaitement en cas d’antécédents familiaux d’eczéma atopique, et également pour le nourrisson à haut risque d’allergie.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Symposium « Primary prevention of allergic disease ». Conférence Scientifique Internationale de la WAO (World Allergy Organization). Du 16 au 18 juillet 2020 (Virtuel).

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