Le Mois sans alcool noyé dans l’ivresse de la cacophonie

Paris, le vendredi 22 novembre 2019 – Selon différentes sources et notamment la Fédération Addiction, Santé Publique France aurait dû annoncer sinon le 20 novembre tout au moins prochainement le lancement d’un Mois sans alcool, devant se dérouler au mois de janvier. Ce programme de sensibilisation aux méfaits de la consommation d’alcool devait s’inspirer de campagnes étrangères similaires (dont le Dry January anglais). Selon le patron du Fonds Addiction, le professeur Michel Reynaud, 600 000 euros avaient été débloqués pour son organisation.

Pas de janvier sec

Cependant, comme l’ont révélé plusieurs responsables d’associations de spécialistes de l’addiction, Santé publique France ne promouvra probablement pas de Janvier sans alcool en 2020. De nombreuses sources ont signalé que ce renoncement serait probablement lié à l’hostilité du Président de la République qui lors d’une rencontre avec des producteurs de champagne se serait déclaré défavorable à un « janvier sec » tout en défendant la nécessité d’une opération de sensibilisation rappelant les recommandations de consommation.

Pas de dérobade ?

Alors qu’Emmanuel Macron et Agnès Buzyn ont été interpellés sur ce sujet par une lettre ouverte signée par les professeurs Axel Kahn (Ligue contre le Cancer), Amine Benyamina (Fédération Française d’Addictologie), Mickaël Naassila (Société Française d’Alcoologie), Nicolas Simon (Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie) et Michel Reynaud (Fonds Addiction), Agnès Buzyn a répondu hier interrogée par France Info. Elle a refusé de reconnaître une quelconque pression des lobbys du vin. Concernant la campagne en cours de préparation, elle a indiqué qu’elle « était en train d’être travaillée. Cette mesure n’a pas encore été validée par le ministère de la Santé, elle ne m’avait pas été proposée » a-t-elle affirmé, quand de nombreux acteurs ont pourtant assuré qu’un lancement imminent pouvait être assuré. Agnès Buzyn a par ailleurs précisé : « Nous avons un comité interministériel dédié à la prévention en santé en février et c’est à ce moment-là que les programmes de prévention sont validés par le gouvernement », semblant confirmer qu’il n’y aurait effectivement pas de Janvier sans alcool en 2020. Elle a par ailleurs observé : « Les équipes de Santé publique France ont travaillé sur des campagnes qui ne sont pas encore abouties et sur lesquelles je dois prendre position mais ça n’est pas forcément ce format-là qui sera retenu ».

Cocktails de campagnes

Autant de déclarations en partie contradictoires (tout en assurant qu’aucune mesure ne lui a été proposée, Agnès Buzyn signale que des campagnes sont en cours de préparation…) qui bien qu’ayant pour objectif de nier une dérobade semblent confirmer que la France se refuse à organiser un Mois sans alcool à l’instar de ce qui existe dans d’autres pays.

Cela n’empêchera pas les initiatives parallèles de se multiplier. Alors que plusieurs associations de patients organisent un mois de janvier sobre, dont le message n’est pas l’abstinence mais le rappel des recommandations de consommation (ce qui aurait davantage les faveurs du Président de la République), les associations d’addictologues devraient lancer leur propre « Dry January » à la française sur les réseaux sociaux.

Aurélie Haroche

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