Le nombre de victimes d'excisions en très forte hausse en France

Paris, le mercredi 24 juillet 2019 – La dernière estimation du nombre de victimes de mutilations génitales féminines (MGF) vivant en France datait du milieu des années 2000. Elle évaluait à 60 000 le nombre de femmes adultes ayant subi des MGF. 

Auparavant, deux études tendant à chiffrer le phénomène avaient été publiées : ainsi en 1982, on « estimait qu’environ 24 000 femmes et fillettes étaient excisées », tandis que sept ans plus tard, ce nombre était réévalué pour atteindre 27 000.

Ces données sont réactualisées par une publication dans le BEH1 (Bulletin épidémiologique hebdomadaire), dont les conclusions interpellent. 

0,5 % des femmes en France ont subi une MGF

Pour apprécier les effectifs de victimes de MGF vivant en France, les auteurs ont utilisé d’une part  les statistiques de prévalence de cette pratique dans les pays à risque et d’autre part, pour la deuxième génération, les risques estimés d’après l’étude EXH (Excision et handicap), une enquête nationale multicentrique, réalisée en France en 2007-2009 auprès d’un échantillon de près de 3 000 femmes migrantes ou filles de migrants. 

Tableau 1 : Risques d’excision* (en %) dans les 30 « pays à risque », par pays et par groupe de générations

 

Proportion de femmes ayant déclaré avoir été excisée (en %). Sources : EDS et Mics et enquête RISKEDAS pour l'Indonésie

Risques d’excision estimés (en %) en France, par groupes de générations. Enquête Excision et handicap, 2007-2009

 

Note : ces risques d'excision estimés ont été calculés à partir des femmes nées en France dont l'un au moins des parents est né dans un "pays à risque" ("deuxièmes générations"). Cette sous population regroupe d'une part des femmes directement enquêtées et d'autre part une partie des filles des femmes enquêtées, appartenant aux mêmes générations (nées avant 1993). Les risques d'excision correspondent à la proportion de femmes et filles excisées parmi cette sous population ainsi définie. Le statut vis-à-vis de l'excision était connu d'après la déclaration d'ego pour les premières et d'après a déclaration de la mère pour les secondes.

Les données du recensement de la population de 2014 ont permis d’identifier 227 757 femmes nées dans un pays à risque et vivant en France. On estime, par ailleurs, grâce à l’enquête EFL (Enquête famille et logements) à 86 008 les femmes de « deuxième génération » originaires d’une zone à risque.

Au total, on dénombrerait donc en France 313 765 femmes adultes originaires d’un pays à risque, soit parce qu’elles y sont nées (7 femmes sur 10), soit parce que leur père et/ou leur mère y est/sont nés.

En appliquant les risques d’excision observés dans les pays d’origine, ventilés par pays et par groupes de générations, aux effectifs des premières générations, on estime que 86 343 femmes immigrées sont excisées. En appliquant les risques d’excision observés en contexte migratoire via l’enquête EXH, ventilés par groupes de générations, aux effectifs des deuxièmes générations, on estime que 38  012  femmes des deuxièmes générations seraient excisées. Au total, on évalue donc à 124 355 le nombre de femmes adultes vivant en France ayant subi une MGF.

Des chiffres probablement minorés, les femmes ne disposant pas de titre de séjour n’ayant pu être comptabilisées dans cette étude.

Il apparaît donc que la population féminine adulte excisée vivant en France a, au moins doublé en l’espace de 10  ans alors que la pratique a quasiment disparu sur le territoire français depuis une quinzaine d’années, notamment grâce à la criminalisation de cette pratique dans notre droit positif y compris lorsque la victime est étrangère, à condition qu’elle réside habituellement sur le territoire Français. Rappelons que dans un avis pris en Assemblée plénière le 28 novembre 2013, la Cour de cassation indiquait : « jusqu'au début des années 1990, les excisions étaient le plus souvent pratiquées en France. Les procès médiatisés d'exciseuses de la fin des années 1980 ont contribué à faire fortement diminuer la pratique des mutilations sexuelles féminines sur le territoire français, mais l'on ne peut totalement exclure que des exciseuses continuent à pratiquer en France ».

Cette augmentation du nombre de femmes excisées vivant en France, malgré la baisse de la prévalence de l'excision dans de nombreux pays d'Afrique, s’expliquerait par l’arrivée dans notre pays d'un nombre croissant de femmes en provenance des "pays à risque" et par le passage à l’âge adulte des jeunes filles mineures qui n’étaient pas comptabilisées lors des précédentes estimations.

La France est donc (en effectifs absolus) le deuxième pays le plus concerné en Europe après le Royaume-Uni où vivraient environ 140  000  femmes adultes excisées nées dans des pays à risque.

Un phénomène très préoccupant qui est donc loin d’être marginal (contrairement à ce que pourrait laisser penser le peu d'attention qu'on lui porte) puisqu’il touche, a minima 0,5% de l’ensemble de la population féminine de l’hexagone.

Frédéric Haroche

Référence
1. Lesclingand M et al. Estimation du nombre de femmes adultes ayant subi une mutilation génitale féminine vivant en France. Bull Epidémiol Hebd. 2019;(21):392-9.

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Vos réactions (12)

  • Excision (et circoncision)

    Le 24 juillet 2019

    Il faut que tout le monde collabore à son éradication, particulièrement les médecins. Déclencher des enquêtes, et traîner ces familles au tribunal, avec des peines pénales d'emprisonnement.
    Mais on est juste un peu mal pris puisque l'on tolère la circoncision des mineurs, aussi très fréquente.

    Du point de vue tribal, cela est promu et valorisé, mais du point de vue psychologique on ne peut accepter que l'inclusion dans une communauté passe par un mutilation. Ce sont des méthodes de barbares (parmi nous !).

    Dr Virgile Woringer

  • Excision/circoncision

    Le 25 juillet 2019

    Pas de confusion :l'excision est une mutilation ;la circoncision quelle que soit la motivation s'est révélée prophylactique dans le domaine infectieux et n'est pas une mutilation. Malheureusement, il n'y a rien qui puisse neutraliser l'irrationnel.

    Dr Claude Schenker

  • Pas de vagues

    Le 27 juillet 2019

    Soyons clairs, pas de vagues et ne froissons pas les communautarismes: quand on ne veut pas s'intégrer, on s'impose et qui sait, cela sera peut être à la mode pour toutes dans quelques temps.

    Dr Marc Lemire

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