Le point sur les rhabdomyolyses médicales en USI : fréquence et pronostic

La rhabdomyolyse est un syndrome couramment rencontré dans les unités de soins intensifs (USI). Ses causes sont multiples et variées, volontiers intriquées dans les situations médicales complexes qui conduisent les patients en réanimation. L’atteinte rénale secondaire à la libération massive de myoglobine est particulièrement fréquente et la mortalité à court terme apparaît élevée. Les signes cliniques et les facteurs pronostiques de ces formes médicales de la rhabdomyolyse sont partiellement connus et il reste beaucoup à apprendre sur le sujet. Une étude rétrospective menée dans les USI des hôpitaux lyonnais entre janvier 2006 et décembre 2016 a permis de recueillir 427 observations concernant des patients adultes. Le principal critère d’inclusion était un signe biologique, en l’occurrence des taux plasmatiques de créatine kinase devaient être > 5 000 UI/l. Les éléments suivants ont été pris en compte : données démographiques, comorbidités (score de Charlson), signes biologiques, insuffisance rénale éventuelle, défaillance multiviscérale, pronostic à 28 jours et mortalité à un an.

L’âge moyen des participants a été estimé à 55 +/- 17 ans, le sex ratio (H/F) étant de 1,8. Les deux principales causes retenues ont été l’immobilisation prolongée (n = 159 ; 37 %) et les infections à type de septicémies notamment (n = 116 ; 27 %). Lors de l’admission, le score SOFA (Sepsis-related Organ Failure Assessment) a été estimé en moyenne à 8,8 +/- 5,1, cependant que les concentrations plasmatiques moyennes de CK étaient de 16 184 +/- 28 616 UI/l.  Au cours du séjour en USI, 324 patients (76 %) ont développé une insuffisance rénale aiguë qui a nécessité une hémodialyse près d’une fois sur trois (31 %). La mortalité en USI, puis à 28 jours et à un an a été de respectivement 27 %, 26 % et 32 %. Les taux plasmatiques de CK initiaux n’ont pas différé significativement entre les patients qui ont survécu et ceux qui sont décédés au 28ème jour de l’évolution  (18 186 +/- 30 238 UI/l versus 12 644 +/- 22 617 UI/l), le seuil de signification statistique étant cependant proche (p = 0,05). Une analyse multivariée a révélé que les variables indépendantes associées à la mortalité à 28 jours étaient au nombre de deux: score de Charlson, d’une part, défaillance multiviscérale (cardiovasculaire, respiratoire ou neurologique) d’autre part. Pour ce qui est de la mortalité à un an, les variables pronostiques indépendantes ont été les suivantes : l’âge, le score de Charlson et les valeurs les plus élevées du score SOFA atteintes au cours du séjour en USI (p < 0,05).

Cette étude rétrospective confirme le pronostic péjoratif des rhabdomyolyses médicales sévères admises en USI. L’immobilisation prolongée en raison d’une maladie neurologique handicapante et les infections sont le plus souvent en cause. Les comorbidités et la défaillance multiviscérale sont les déterminants majeurs du pronostic à court et long terme. Les valeurs initiales des taux plasmatiques de CK ne semblent pas avoir de valeur pronostique.

Dr Philippe Tellier

Référence
Gragueb‑Chatti I et coll. : Medical rhabdomyolysis in critically ill patients‑ initial presentation and short‑ and long‑term outcomes. Congrès de la Société de Réanimation de Langue Française (Paris) : 23-25 janvier 2019. Annals of Intensive Care 2018, 9(Suppl 1).

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