Le risque d’amputation avec les inhibiteurs de SGLT2 semble surestimé

L’amputation des membres inférieurs est considérée comme une complication exceptionnelle des traitements par les inhibiteurs de SGLT2 (sodium glucose co-transporter-2) ou iSGLT2. Cet évènement indésirable a été décrit pour certains représentants de cette classe thérapeutique mais sa réalité reste douteuse et rien ne prouve à l’heure actuelle qu’il s’agisse d’un effet de classe. La plupart des cas publiés ont été rapportés dans des études rétrospectives sans que le lien de causalité puisse être formellement établi, mais une mise en garde a été émise de manière quasi systématique dans de nombreux pays, principe de précaution oblige.

Une méta-analyse s’est penchée sur le problème à partir d’une revue de la littérature internationale enregistrée jusqu’en février 2020 dans les bases de données classiques.

Pas d’augmentation significative des amputations dans 5 essais randomisés sur près de 40 000 patients

Sur les 1 873 citations identifiées, seules cinq ont été retenues car elles faisaient référence à des essais randomisés menés contre placebo : il y avait été inclus 39 067 patients atteints d’un diabète de type 2, dont 21 395 traités par iSGLT2.

L’IR (incidence rate) d’amputation s’est avéré voisin dans les groupes comparés. Ainsi sous iSGLT2, il était compris entre 0,36 et 3,18 % et les valeurs correspondantes sous placebo étaient respectivement de 0 % et 2,87 %. La durée du suivi dans ces études a été des plus variables, de fait comprise entre 24 semaines et 4,2 années. L’exposition aux iSGLT2 n’a été en aucun cas associé à une augmentation significative du risque d’amputation, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet de 1,31 (intervalle de confiance à 95 % IC 95: 0,92-1,87, I2 = 75 %). Des analyses par sous-groupes distingués en fonction de chaque représentant de cette classe thérapeutique- canagliflozine, empagliflozine ou encore dapagliflozine- ont conduit à des résultats similaires.

Cette méta-analyse qui regroupe cinq essais randomisés (et près de 40 000 diabétiques) semble donc rassurante. Même si elle n’est pas suffisante pour faire disparaître la menace théorique d’une amputation lors d’un traitement par les iSGLT2, elle tend tout de même à rapporter le problème à de plus justes proportions par rapport aux quelques études rétrospectives menées dans le monde réel qui illustrent peut-être une telle tendance mais n’emportent pas la conviction. Un consensus finira par émerger.

Dr Joseph Miller

Références
Miyashita S et coll. Risk of Amputation Associated With Sodium-Glucose Co-Transporter 2 Inhibitors: A Meta-Analysis of Five Randomized Controlled Trials. Diabetes Res Clin Pract 2020 ; 163:108136.. doi: 10.1016/j.diabres.2020.108136.

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