Le SEIPA, cette allergie encore mal connue

Le syndrome d’entérocolite induite par les protéines alimentaires (SEIPA) est une allergie alimentaire non IgE-médiée encore assez mal connue. Son incidence est estimée entre 1,5 et 30 pour 10 000 enfants. Les signes cliniques parfois peu spécifiques font que le diagnostic est difficile et souvent tardif. Les études prospectives et les essais randomisés sur le SEIPA sont rares et les recommandations sont basées sur les données actuellement disponibles et des consensus d’experts. Une mise au point a été publiée récemment pour guider le diagnostic et la prise en charge du SEIPA.

Formes aiguë ou chronique, un diagnostic souvent tardif

Deux formes ont été décrites. La forme aiguë, survenant typiquement dans l’enfance se présente sous la forme de vomissements répétés souvent accompagnés de léthargie et de pâleur, apparaissant 1 à 4 heures après la consommation d’un aliment. Une diarrhée peut être associée et persister jusqu’à 24 heures. La forme chronique, décrite chez des enfants nourris au lait de vache ou avec des formules à base de soja, se manifeste plutôt par des vomissements intermittents et des diarrhées liquides, non corrélés à l’ingestion d’aliment. Au fil du temps s’installe une perte de poids ou une cassure de la courbe de croissance, voire une déshydratation sévère. Tous les aliments peuvent être à l’origine de la forme aiguë du SEIPA, mais les plus fréquents sont le lait de vache, le soja, le riz, les œufs et le poisson. En revanche, les formes chroniques n’ont été décrites qu’avec le lait de vache et les formules à base de soja.

La présentation peu spécifique du SEIPA rend le diagnostic difficile. De nombreux diagnostics différentiels peuvent être évoqués et il n’existe pas de marqueur biologique. Le diagnostic repose donc sur les critères cliniques. Des algorithmes ont été élaborés pour faciliter le cheminement diagnostique.

Un seul traitement, l’éviction de l’aliment en cause

La prise en charge repose sur l’éviction de l’aliment en cause. Au cours du SEIPA au lait de vache, les hydrolysats extensifs sont tolérés par la majorité des enfants, mais une formule à base d’acides aminés est nécessaire dans 10 à 20 % des cas. Les allergies croisées ne sont pas rares entre le lait de vache et le soja (bien que moins fréquents en dehors des USA et chez les enfants de plus de 6 mois), et la prudence s’impose au moment de l’introduction du soja chez un enfant présentant un SEIPA au lait de vache, et inversement. Pour le SEIPA au lait de vache et aux œufs, il n’existe pas de preuve d’une possible tolérance aux protéines cuites et elles ne doivent donc pas être introduites hors contrôle.

Des consignes doivent être données aux parents pour reconnaître et prendre en charge les formes aiguës et pour élaborer un programme diététique avec les aliments considérés comme à risque faible, modéré et élevé. Chaque enfant devrait bénéficier d’un suivi nutritionnel pour contrôler le respect de l’éviction alimentaire et surveiller d’éventuels problèmes nutritionnels et développementaux. Les enfants présentant un SEIPA au lait de vache ou au soja, ou ceux ayant de nombreuses restrictions alimentaires, sont les plus vulnérables.

Des TPO sous haute surveillance

Enfin, des tests de provocation orale (TPO) peuvent être proposés, guidés par les données sur les âges typiques de résolution et les préférences familiales. L’âge de résolution du SEIPA varie selon l’aliment en cause et selon les régions, mais dans la majorité des cas, l’allergie disparaît entre 3 et 5 ans. Le TPO est classiquement proposé à intervalles de 12-18 mois. Si les procédures ne sont pas encore standardisées, une surveillance de 4 heures au minimum après l’ingestion de l’aliment est recommandée.

La recherche des IgE n’est pas utile lors de l’évaluation initiale. Elle est recommandée avant de proposer un test de provocation orale. En effet, le développement d’une sensibilisation IgE-médiée n’est pas rare (jusqu’à 20 % des cas). Ceci correspond à une forme « atypique » de SEIPA et prédit une évolution plus longue, avec un risque de développement de symptômes spécifique à l’allergie IgE-médiée. Le moment où proposer le TPO et la procédure du TPO elle-même peuvent en être modifiés.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Feuille E et Nowak-Wegrzyn A: Recognizing and Treating Food Protein-Induced Enterocolitis Syndrome. Allergy 2019, 74(10): 2019-2022. doi: 10.1111/all.13857.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article